La rémunération des fonds en euros s’approche un peu plus, chaque année, du zéro pointé ? Pourtant, en parallèle, les assureurs gonflent toujours plus leurs réserves de richesse, censées les aider à limiter la casse.

Doter les réserves, chaque année, pour mener « une politique de gestion à long terme », soigner une réserve « gage de solidité », s’assurer d’un « gage de rendement futur » : voici un florilège des éléments de langage des assureurs concernant la provision pour participation aux bénéfices (PPB), ou provision pour participation aux excédents (PPE), utilisés début 2020 au moment de l’annonce des rendements 2019 de l’assurance vie. Des éléments de langage quasi identiques à ceux des années passées.

Cette fameuse PPB, de quoi s’agit-il ? Une part des bénéfices financiers tirés du fonds en euros que l’assureur ne reverse pas directement aux épargnants. Seule contrainte : cette richesse mise en réserve dans la PPB doit évidemment être bien identifiée, d’un point de vue comptable, et être restituée aux épargnants dans les 8 ans (de façon plus ou moins égalitaire selon les cas). Ainsi les assureurs mettent chaque année un peu de côté, tout en piochant dans cette PPB pour redonner cette réserve à leurs clients avant de dépasser le délai de 8 ans : ce système, de réserve « tournante », est censé permettre de lisser les rendements des fonds en euros. En théorie : amortir les chutes, comme c’est le cas actuellement, puis avoir suffisamment de réserves pour suivre une éventuelle remontée des taux, à l’avenir.

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Tous les assureurs (ou presque tous) répétant à l’envi l’importance de mettre des deniers en réserve dans la PPB, face à l’actuelle conjoncture de taux bas, le relevé annuel des PPB des différents assureurs opérés par le site spécialisé Good Value for Money (GVFM) est d’autant plus instructif. Le tableau suivant, où GVFM livre la part des fonds en euros placé en « stock », dresse un constat d’ensemble : en 5 ans, la PPB a flambé chez les dix plus gros assureurs vie, à quelques exceptions près…

AssureursPrincipaux distributeursProvisions fin 2014Provisions fin 2019
CNPLa Banque Postale, CNP, etc.2,35%5,57%
PrédicaCrédit Agricole et LCL1,59%4,90%
BNP Paribas CardifBNP Paribas2,39%5,27%
Axa France VieAxa2,43%1,09%
ACM VieCrédit Mutuel et CIC2,11%6,28%
Generali VieGenerali2,37%2,79%
SogécapSociété Générale2,31%5,87%
La MondialeAG2R La Mondiale1,76%3,72%
Allianz VieAllianz2,28%3,20%
BPCE VieBanque Populaire et Caisse d'Epargne3,09%4,25%

Provisons pour participation aux bénéficies (PPB), en pourcentage des encours en gestion
Source : Goodvalueformoney.eu

Un grand écart, rien qu’au sein du top 10 des assureurs : ce relevé pointe une stratégie bien différente entre Axa, qui n’a mis en stock qu’environ 1% de ses encours, et ACM Vie (groupe Crédit Mutuel Alliance fédérale) dont la poche de richesse en réserve grimpe à près de 6,5% des encours ! En moyenne, la PBB atteint 4,25% fin 2019 selon Good Value for Money, contre 1,43% en 2012 et 2,08% en 2014 ou 3,90% en 2018.

Le relevé complet de Goodvalueformoney.eu, qui regroupe une soixantaine d’assureurs, permet de constater que certaines « petites » mutuelles d’assurance vie ont mis (volontairement ou non) peu de richesse en réserve. Garance ou Monceau par exemple affichent un taux de PPB inférieur à 1%, Monceau Assurances revendiquant même le fait de ne pas avoir recours à cette mise en réserve, la jugeant trop inégalitaire.

4 leviers pouvant être activés pour relancer les rendements

Ce relevé permet d’avoir une vision des assureurs disposant d’un important stock de richesse en réserve, mais le seul indicateur de la PPB ne livre pas une analyse complète de la « santé financière » d’un fonds en euros, comme l’explique GVFM dans la newsletter accompagnant cette étude, qui liste trois autres indicateurs financiers : « la réserve de capitalisation, les plus-values latentes sur immobilier, et les plus-values latentes sur actions ». Avec la PPB, « ce sont les 4 postes de « richesse en réserve » d’un fonds en euros, susceptibles de venir “doper” ou “soutenir” la performance d’un fonds en euros (donc les taux servis) » au-delà de la pure performance annuelle d’un fonds en euros.

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Les « plus-values latentes » (PVL) offre un véritable curseur pour avoir une idée des performances futures : elles représentent les actifs qui ont pris de la valeur dans le portefeuille des assureurs, mais qui n’ont pas encore été vendus. Là encore, les assureurs gonflent leurs plus-values latentes année après année. Les PVL immobilières représentent plus de 2% des encours, et celles sur actions près de 4%, en moyenne ! Axa, qui se distingue par une PPB faible, possède en revanche plus de 5% de PVL en actions et près de 4% en immobilier…

Des réserves qui ont doublé en 5 ans !

Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Good Value for Money, ne minimise pas le contexte délicat des fonds en euros actuellement, mais il insiste dans cette étude sur le fait que les assureurs ont, en stock, suffisamment de ressources financières pour faire face, ou pour réagir efficacement : en additionnant les 4 postes de richesse en réserve, « les réserves financières globales existantes pour les fonds en euros sont évaluées au global à 11,50% des encours fin 2019 ». Pour simplifier, si les assureurs liquidaient toutes leurs réserves d'un coup, ils pourraient servir une rémunération annuelle de plus de 10% ! Mais leur objectif est évidemment de piocher dans ces réserves petit à petit, et surtout de conserver ce matelas de sécurité. Cinq ans plus tôt, fin 2014, ce stock de richesses global n’était que de 6%. Les assureurs ont pris leurs précautions.

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