« Lassurance-vie devient de plus en plus clairement un produit patrimonial et de gestion privée, de moins en moins un produit populaire. » Cette analyse, cest Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du cabinet spécialisé Facts & Figures, qui la avancée à loccasion de la publication de lédition 2018 de son baromètre de lépargne-vie individuelle.
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Létude Facts & Figures segmente en effet le marché de lassurance-vie en trois grandes catégories : lépargne-vie « standard », patrimoniale et de gestion privée. Lassurance-vie « standard » correspond en résumé aux contrats détenus par les foyers dont le revenu annuel est situé en dessous de 50 000 euros. Un segment de marché assez nettement dominé par lassurance-vie commercialisée dans les réseaux bancaires.
Décollecte sur « lépargne vie standard »
Or, pour la première fois en 5 ans, lassurance-vie « standard » est en décollecte sur lannée 2017, pendant que les autres segments du marché restent dans le vert. Ce marché, qui rassemble donc de nombreuses assurances-vie bancaires et des contrats « grand public » distribuées par les assureurs, pèse pourtant la moitié des près de 1 700 milliards deuros de lassurance-vie. Une part qui a elle aussi tendance à séroder : lassurance-vie dentrée de gamme, représente désormais un peu moins de 50% des encours selon Facts & Figures, alors quelle en pesait plus de 60% en 2009.
Selon cette étude, cette épargne standard se caractérise par une allocation très majoritairement orientée sur le fonds en euros, et avec une assez forte proportion danciens contrats. Bref, des épargnants plutôt frileux et avec une mise modeste (18 900 euros en moyenne) au regard des autres segments de marché : 66 000 euros en moyenne pour lassurance-vie patrimoniale et 196 000 euros pour la gestion privée. Cette décollecte confirme indirectement la tendance relevée par le régulateur banque-assurance (ACPR) en 2017 : une décollecte sur les fonds en euros, uniquement rattrapée par la bonne santé des supports en unités de compte.
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Epargne standard : un rendement moyen de 1,54% en 2017
En cause ? La baisse des rendements est évidemment un élément dexplication. Pourtant, les taux des assurances-vie bancaires se sont plutôt maintenues en 2017. Mais cette stabilisation est survenue après une campagne 2016 marquée par une forte baisse des rendements, de près dun demi-point. Or, en 2017, les épargnants ont décidé de verser ou non sur leur assurance-vie à la lumière des taux 2016
Et lécart de rendement entre les différents segments de marché perdure. Toujours selon Facts & Figures, la rémunération moyenne des fonds en euros de lassurance-vie « standard » était de 1,54% pour lannée 2017, contre 1,88% sur les fonds euros patrimoniaux et 1,93% sur les fonds estampillés « gestion privée ».
Tout en assumant lérosion des performances des fonds en euros, les banques lancent de nouvelles offres « grand public » faisant la part belle à la gestion pilotée et donc aux supports en unités de compte. Le Crédit Agricole, le Crédit Mutuel Nord Europe et le groupe Arkéa ont lancé des offres de gestion sans mandat accessibles au plus grand nombre fin 2017 et début 2018. Leur volonté est sans ambiguïté de convertir leurs clients aux supports risqués, y compris les épargnants « standard », les plus hermétiques à la prise de risque selon létude Facts & Figures. Une politique qui semble, pour l'heure, les couper des épargnants les plus modestes.
Revoir notre article de 2015 sur le sujet : Portrait-robot du détenteur d'assurance-vie




















