Face au spectre des taux négatifs, qui pèsent sur leurs revenus, aucune banque française n’a encore fait le choix de taxer les dépôts de ses clients. Qu’en sera-t-il demain ? Et comment s’en prémunir, en tant qu’épargnant ? Nous avons posé ces questions, et d’autres, à Jérémy Aras, directeur du service financier de l’Institut du Patrimoine.

Jérémy Aras, est-il envisageable de voir une enseigne française taxer les dépôts de ses clients particuliers ?

Jérémy Aras : « Tout est possible. La politique actuelle de la Banque centrale européenne (BCE), qui taxe à hauteur de -0,40% les dépôts des banques, pèse sur leurs revenus. Certaines, notamment en Allemagne, ont fait le choix de répercuter ce taux négatif sur les dépôts de leurs clients, sous certaines conditions. Mais cette solution est à double tranchant, car elle entraîne une sortie massive de cash, dont une partie aurait pu être placée sur les marchés financiers pour aller chercher du rendement. Dans l’immédiat, les banques françaises ont plutôt fait le choix, pour maintenir leur PNB [produit net bancaire, équivalent bancaire du chiffre d’affaires, NDLR], de prélever de nouveaux frais bancaires, par exemple de tenue de compte, à leurs clients. »

« Les fonds euros classiques vivent leurs derniers jours de gloire »
Mieux vaut prévenir que guérir, néanmoins. Comment se prémunir contre le risque de voir ses dépôts taxés ? En se tournant vers les produits à taux garantis, comme le compte à terme ?

J.A. : « Le compte à terme est effectivement une solution, mais je l’estime peu satisfaisante. Les taux offerts, en effet, sont bas et les conditions de détention souvent très contraignantes. C’est comme la tirelire cochon de notre enfance : il faut la casser pour récupérer son argent. Sans compter qu’en France, le compte à terme, en l’absence désormais de fiscalité libératoire, est fortement imposé. Non, le bon choix dans le contexte actuel reste, selon moi, l’assurance-vie. »

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Pourtant, les fonds euros sont, eux aussi, fortement affectés par la conjoncture…

J.A. : « C’est exact, les fonds euros classiques subissent la conjoncture, au même titre que les placements bancaires, et vivent leurs derniers jours de gloire. Ils sont en effet massivement investis dans des titres de dette souveraine, dont le rendement s’effondre également. Pour éviter la chute, il faut donc s’orienter vers des fonds à capital garanti innovant, qui limitent leur investissement en dette d’Etat et préfèrent l’immobilier ou les options de marché. »

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On a le sentiment que l’assurance-vie est la réponse à toutes les conjonctures…

J.A. : « Effectivement, c’est un produit phare, une véritable caisse à outils. Tout est à disposition, à condition de bien savoir l’utiliser. C’est aussi une exclusivité française, dont il faut savoir profiter. »

Est-il possible d’anticiper la sortie de crise et la remontée des taux ?

J.A. : « Non, c’est impossible. La politique de la BCE est une réponse à la nécessité de soutenir la fragile reprise économique en Europe. Tant que la croissance ne sera pas franchement de retour, une hausse des taux est peu probable. »

« L’équation bancaire traditionnelle ne fonctionne plus »
Vous nous expliquez que les taux bas attaquent les profits des banques. Jusqu’à remettre en cause leur modèle économique ?

J.A. : « Oui, je le pense. L’équation traditionnelle - emprunter à court-terme, prêter à long-terme - ne fonctionne plus. Les banques françaises pourraient s’inspirer de leurs homologues américaines, en proposant des prêts mixtes, à taux fixes sur 5 ans puis à taux variable ensuite. La BCE pourrait également choisir de prêter aux banques à moyen ou long terme, comme elle le fait par exemple avec les Etats en achetant des obligations à 10 ans. Dans l’immédiat, toutefois, les banques françaises ont surtout fait le choix des économies de coûts, en fermant des agences, en licenciant et en misant tout sur internet. Au risque de s’aliéner une partie de leur clientèle. »