Les encours de l’investissement socialement responsable (ISR) progressent régulièrement mais restent surtout l’affaire des institutionnels, les particuliers étant peu familiers de ce type d’épargne. Anne-Christine Husson-Traoré, directrice générale de l’institut Novethic (1), indique quelles ont été les grandes tendances de l’ISR dans l’Hexagone en 2012. Fait marquant de l’année : le développement de l’exclusion normative.

L’investissement socialement responsable (ISR) se différencie de l’approche financière classique en prenant en compte des critères extra-financiers tels que ceux liés à l’environnement. Différentes approches ISR existent. En France, le « best in class » est la méthode la plus répandue dans l’Hexagone. Elle consiste à privilégier les entreprises les mieux notées d'un point de vue extra-financier, en matière d'Environnement, de Social et de Gouvernance (dits critères ESG), dans chaque secteur. Les approches d’exclusions, plus fréquemment utilisées dans les pays anglo-saxons, visent à exclure les entreprises qui ne respectent pas les normes ou les conventions internationales (exclusions normatives) ou des secteurs d’activités tels que les armes (exclusions sectorielles). Autre type d’approche ISR, les fonds thématiques. Ils sont investis dans des entreprises actives sur le développement durable.

Anne-Christine Husson-Traoré, comment s’est porté l’ISR en 2012 ?

« Globalement, la crise financière a eu un rôle d’accélérateur sur le développement de l’épargne ISR. L’encours des 304 fonds ISR du marché français (hors mandats, épargne salariale, etc) s’élevait à 76 milliards d’euros fin 2012, contre 64 milliards fin 2011. En parallèle de ces fonds, les encours concernés par la diffusion de l’analyse Environnement, Social et Gouvernance (ESG) sont extrêmement importants et en constante augmentation. Ainsi, plusieurs sociétés de gestion, telles qu’Amundi, filiale du Crédit Agricole, ou BNP Paribas Investment Partners appliquent ce filtre à l’ensemble de leurs encours. »

L’ISR est principalement développé par les institutionnels, et reste peu répandu auprès des particuliers. En avez-vous identifié les freins ?

« Effectivement, l’ISR est un concept plutôt pratiqué par les professionnels, il est assez peu connu et peu promu en France. Il existe un vrai déficit de notoriété du concept, malgré la mise en place de la semaine de l’ISR en 2010 par le Forum pour l’Investissement Responsable, avec le soutien du ministère du Développement durable. Si les critères d’investissement intéressent désormais le grand public dans certains pays du nord de l’Europe, c’est moins le cas en France. De plus, les réseaux de distribution des banques et des assureurs sont dans une logique de ventes de produits de toute nature, et pas vraiment de fonds et encore moins de fonds ISR. »

Qu’en est-il du lien entre ISR et rentabilité de ces fonds ?

« L’ISR est ni un handicap en terme de rentabilité, ni un facteur de performance financière. Nous essayons de mettre en avant les mesures de la performance sur des critères ESG de la gestion ISR, de savoir par exemple si elle permet d’émettre moins de CO2 ou de créer plus d’emplois… Le marché a essayé de faire de l’ISR une énième martingale financière. Or, son but est avant tout de ramener du bon sens et de permettre de passer de l’analyse financière à l’analyse de l’économie réelle. »

Frais bancaires : jusqu'à 259 € d'économies grâce à notre comparateur
Quels ont été les derniers évènements marquants en matière d’ISR ?

« Le marché français a développé significativement l’exclusion normative en 2012, c’est-à-dire l’exclusion des entreprises qui violent de façon répétée les grandes conventions internationales, comme celles de l’Organisation internationale du travail (OIT), et le respect des droits humains. C’est lié à l’idée qu’il existe un risque de réputation pour les entreprises financières à être actionnaire d’entreprises très controversées. Si 60% du marché pratiquait l’exclusion normative pour sélectionner les fonds en 2011, cette part a atteint 67% en 2012. »

Et quels sont les développements attendus ?

« Le grand sujet sera d’observer comment le marché va évoluer sur les questions d’engagement actionnariat, comment les actionnaires français vont utiliser leurs droits pour que les entreprises améliorent leurs stratégies ESG. »

(1) Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts, qui se présente à la fois comme un média sur le développement durable et un centre de recherche sur l’ISR et la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), a créé en 2009 le label « Novethic ISR ». Attribué une fois par an, il repose sur quatre critères (ESG, transparence du processus, qualité du reporting, publication de la composition intégrale du portefeuille). 109 fonds ont été labellisés en 2012.