La loi Pacte engage une vague de privatisations comme la France n'en a plus connue depuis le début des années 2000. Vous aimeriez acheter des actions FDJ, Aéroports de Paris ou Engie à l'Etat ? Le point sur le calendrier et les modalités connues.

« Relancer l’actionnariat populaire » ! Cet objectif figure en première place de l’argumentaire du ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire pour justifier la vague de cessions de participations publiques via la loi Pacte. « Une partie du capital cédé par l’Etat sera réservée aux Français souhaitant investir dans les entreprises concernées », écrivent en juin 2018 Bruno Le Maire et sa secrétaire d’Etat de l’époque Delphine Gény-Stephann dans un dossier dédié à ces privatisations. Le président de la République a promulgué la loi Pacte le 22 mai 2019. Quand les Français intéressés par les actions ADP, Engie et FDJ pourront-ils investir ?

Aéroports de Paris : le grand flou

La privatisation d’Aéroports de Paris (ADP), l’exploitant d’Orly, Roissy et du Bourget, est suspendue au sort du référendum d’initiative partagée (RIP). Le Conseil constitutionnel a annoncé le 29 août « 713 000 soutiens » à la proposition de loi référendaire « visant à affirmer le caractère de service public national de l’exploitation des aérodromes de Paris », le compteur étant ouvert depuis le 16 juin 2019. Pour que l’issue du RIP anti-privatisation soit couronnée de succès, un peu plus de 4,7 millions de soutiens doivent dans un premier temps être recueillis d’ici le 12 mars 2020 : le curseur est donc à ce jour à environ 15% des signatures nécessaires à la poursuite de ce processus référendaire.

« Aucune opération de privatisation » pendant la procédure de RIP

« Pendant que la procédure va courir, il est évident que nous n'allons engager aucune opération de privatisation », a confirmé en mai dernier Bruno Le Maire. En clair, si vous souhaitez absolument acheter des actions ADP à l’Etat, « il va falloir un peu de patience », pour reprendre les mots du ministre. L’Etat possède actuellement 50,63% du capital du Groupe ADP, pour une valeur d’environ 8 milliards d’euros.

Engie : en toute discrétion

Trois entreprises sont mises en avant dans le dossier « privatisations loi Pacte », mais le cas d’Engie est particulier : d’une part l’Etat n’est pas majoritaire au capital (24,1%), d’autre part la loi Pacte vise surtout à faire disparaître le seuil de détention minimale de l’Etat. En l’occurrence, la mention « dont le capital est détenu à plus du tiers par l’Etat », au chapitre GDF-Suez du Code de l’énergie, a été remplacée fin mai par : « L'Etat détient au moins une action au capital de l'entreprise dénommée “Engie”. »

« Aucun calendrier et aucune modalité à préciser pour le moment »

Faut-il s’attendre à voir un afflux d’actions Engie sur le marché boursier ? Non : « L’Etat ne prévoit pas de sortir rapidement du capital d’Engie », souligne d’ailleurs Bercy dans son dossier d’information dédié aux cessions de participations publiques. « Si sa participation devait évoluer, l’Etat serait très vigilant dans sa recherche d’investisseurs. » Sollicité en ce début septembre, le cabinet de Bruno Le Maire répond d’ailleurs qu’« aucun calendrier et aucune modalité » de cessions d’actifs ne peuvent être précisés « pour le moment ». Si vous souhaitez miser sur les actions Engie, rien ne sert donc d’attendre une vaste cession d’actifs de l’Etat : elle se fera probablement au compte-gouttes. Les premières actions Gaz de France – depuis devenu Engie – ont été introduites en bourse en 2005.

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FDJ : vente en grande pompe à partir du 7 novembre

A ce stade, c’est le seul dossier brûlant pour les investisseurs particuliers ! A la différence du groupe ADP et d’Engie, la Française des jeux (FDJ) ne possède aujourd’hui pas de cotation boursière. Il s’agit ici à la fois d’une privatisation et d’une introduction en bourse. A ce jour, l’Etat possède 72% du capital de la FDJ, le reste étant détenu par des fédérations d’anciens combattants (UBFT et Fédération André-Maginot) ainsi que par les salariés de l’entreprise. Les actionnaires historiques peuvent rester au capital, les salariés pourront à nouveau investir, et l’Etat doit rester « actionnaire minoritaire » de la FDJ, à hauteur de 20%, à l’issue de cette privatisation : seule une partie des actuels 72% détenus par l’Etat sera donc introduite en bourse.

« 1 action gratuite sera accordée pour 10 actions achetées »

Quand ? Du 7 au 19 novembre. Bruno Le Maire a d'emblée annoncé des conditions favorables pour les investisseurs, dans le JDD : « Pour les particuliers, sous réserve de validation par l'Autorité des marchés financiers, 1 action gratuite sera accordée pour 10 actions achetées, si ces actions sont conservées depuis 18 mois. Je souhaite par ailleurs qu'une décote de 2% sur le prix de l'action achetée soit appliquée. »

Dans quelles banques les titres seront-ils disponibles ? L’Agence des participations de l’Etat a scindé ce projet d’introduction en bourse en deux « tranches » : l’une pour les investisseurs institutionnels, l’autre pour les particuliers. Pour cette dernière, Natixis et CA-CIB (filiales de BPCE et Crédit Agricole) se chargent de la « coordination globale », BNP Paribas et la Société Générale du rôle de « teneur de livre associé » et CIC a été désigné « co-chef de file ». Après cette phase de « préparation », collective, donc, au niveau bancaire, « l’ensemble des banques de réseaux françaises permettront de souscrire aux actions FDJ pour tous les particuliers français qui en feront la demande auprès de leur banque de détail », répond Bercy. Un fin connaisseur du milieu boursier glisse toutefois que certains réseaux bancaires pourraient être moins moteurs que d’autres, en fonction des niveaux de rétribution.

Mise à jour : une fourchette de prix de 16,50 à 19,90 euros l'action

Le 7 novembre, l'Etat a fixé la fourchette de prix de l'action FDJ entre 16,50 et 19,90 euros. Après application de la décote dédiée aux particuliers, le prix de l'action est ainsi fixé entre 16,17 et 19,50 euros pour le grand public. Un prix jugé élevé pour l'action FDJ selon les premières analyses financières. A noter : un investissement minimum de 200 euros sera réclamé pour pourvoir réserver des actions de la Française des Jeux.

Plus d'infos : Acheter des actions FDJ, mode d'emploi

Les privatisations, une bonne affaire ?

Impossible de savoir à l’avance si l’achat d’actions FDJ est une bonne affaire ! Surtout que le marché de la loterie reste mouvant, en phase de libéralisation depuis plusieurs années. A titre d’exemple, la valeur de l’action EDF s’est envolée suite à son entrée en bourse… avant de retomber plus fortement. L’action Total a elle suivi une courbe plus régulière et plus ascendante. « On se souvient plus des échecs, mais la majorité des [privatisations des années 1990-2000] ont été rentables pour les épargnants », juge Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne.

Charles-Henri d’Auvigny, président de la Fédération des investisseurs individuels et des clubs d’investissement (F2IC), émet lui un regret : « Ces privatisations étaient une formidable occasion de pédagogie : montrer qu’une entreprise a besoin de fonds propres pour se développer, et que c’est dans ce cadre que les particuliers peuvent investir en actions. Pour être vertueuse, cette démarche aurait dû s’accompagner d’une augmentation de capital. Ce ne sera pas le cas : il s’agira juste pour les particuliers intéressés d’acheter du papier à l’Etat… Nous serons donc sur une forme proche de ce que l’on a vu lors des années 1980-1990. »

Lire aussi : Quel bilan des privatisations pour les épargnants, 20 ans après ?