La séance bascule de nouveau dans le rouge. Après avoir évolué en territoire positif en début de journée, le CAC 40 recule finalement de 1,49% et retombe à 8 046 points. -1,52% pour l'Euro Stoxx 50. Le fragile rebond d'hier, nourri par l'espoir d'une désescalade au Moyen-Orient, s'est rapidement dissipé.

Une nouvelle vague de représailles iraniennes est venue raviver les tensions, alors que le conflit entre dans son sixième jour. À Wall Street, la tendance est également négative, les investisseurs restant très sensibles aux risques pesant sur les approvisionnements énergétiques. Le S&P 500 et le Nasdaq perdent pour le moment respectivement 0,8% et 0,5%.

L'inquiétude se concentre toujours autour du détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le transport mondial de pétrole et de gaz. Les marchés commencent déjà à percevoir des signes d'adaptation du côté des grands importateurs : selon Bloomberg, la Chine aurait demandé à ses principales raffineries de suspendre leurs exportations de diesel et d'essence afin de sécuriser ses stocks.

Les valeurs : STMicroélectronics, Airbus et GL Events

Le spécialiste des puces électroniques STMicroélectronics signe la meilleure performance du CAC 40 ce soir (+3,06% à 28,59 euros). Le marché salue un message très optimiste du directeur général, Jean-Marc Chéry, après une conférence organisée par Morgan Stanley. L'entreprise pense désormais que son activité liée aux centres de données va décoller beaucoup plus vite que prévu. Elle vise des ventes “bien au-delà” d'un milliard de dollars dès l'an prochain, alors qu'elle parlait encore en janvier d'un objectif similaire plutôt après 2030. Ce changement de calendrier rassure les marchés et dope l'action.

Cette accélération s'explique par une forte demande pour des technologies utilisées dans les centres de données, notamment les interconnexions optiques, et par un récent accord important avec Amazon Web Services. AWS a en effet signé un partenariat commercial sur plusieurs années, portant sur des composants clés pour le cloud et l'intelligence artificielle. À court terme, STMicro laisse aussi entendre que le début d'année pourrait être meilleur que d'habitude. Depuis le début de l'année, le titre rebondit de 28%, après avoir perdu 7,5% en 2025.

Le début de l'année est compliqué pour Airbus : l'action baisse et le groupe livre moins d'avions que d'habitude. En cause, surtout, des difficultés d'approvisionnement en moteurs chez Pratt & Whitney, qui freinent la production des A320neo, l'un des modèles les plus importants pour la rentabilité d'Airbus. Ces problèmes ont aussi poussé l'entreprise à revoir à la baisse ses objectifs pour 2026 et à repousser, une nouvelle fois, sa cible de production mensuelle. Malgré ces mauvaises nouvelles, la banque américaine Citi estime que l'action Airbus a un fort potentiel de hausse, supérieur à 20%. Elle pense que le groupe est soutenu par un carnet de commandes énorme, et rappelle qu'il ne dépend pas uniquement des avions civils : ses activités de défense et d'hélicoptères pourraient améliorer nettement les résultats, notamment grâce au réarmement en Europe et à l'accélération de certains programmes militaires.

Citi se veut aussi rassurante sur les livraisons à venir, en observant des signaux d'amélioration dans la production. La banque ajoute deux éléments favorables : la hausse du dollar, qui améliore souvent les résultats d'Airbus car beaucoup de ses ventes sont libellées en dollars alors que ses coûts sont en euros, et, de façon paradoxale, certaines conséquences du conflit au Moyen-Orient. Même si la guerre inquiète sur le trafic aérien, elle a aussi contribué à faire monter les prix du pétrole, ce qui pousse les compagnies aériennes à renouveler plus vite leurs avions : les modèles récents consomment moins de carburant. Le titre cède 0,74% aujourd'hui (à 175,88 euros) et -11% depuis le début de l'année (2025 : +28%).

Le champion français de l'événementiel GL Events progresse ce soir de 3,34% à 32,50 euros après la publication de solides résultats annuels pour 2025. Le groupe lyonnais a enregistré un chiffre d'affaires de 1,72 milliard d'euros, en hausse de 5%, porté par l'organisation de grands événements internationaux. Sa rentabilité s'améliore également avec un résultat brut d'exploitation en progression de près de 8%, tandis que le bénéfice net grimpe de plus de 11%. Autre signal positif, la dette nette recule de 9%, ce qui renforce la structure financière du groupe et rassure les investisseurs.

Le marché salue également des perspectives bien orientées pour 2026. GL Events anticipe une nouvelle croissance de son activité, soutenue par plusieurs grands rendez-vous internationaux comme les Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina, les Jeux asiatiques d'Aichi-Nagoya ou encore plusieurs événements sportifs majeurs. Dans ce contexte favorable, l'entreprise éligible au PEA-PME prévoit une nouvelle progression de ses résultats et une poursuite de la réduction de son endettement, ce qui explique la hausse de son action de 10% depuis le début de l'année.

Le monde d'après : HALO trade

Face aux craintes grandissantes liées à l'intelligence artificielle, une nouvelle stratégie d'investissement s'impose progressivement sur les marchés : le « HALO trade ». Cet acronyme signifie Hard Assets, Low Obsolescence, autrement dit des entreprises disposant d'actifs industriels lourds et jugées peu menacées par l'IA. Après l'euphorie autour des grandes valeurs technologiques, les investisseurs cherchent désormais des secteurs plus tangibles, capables de résister au risque d'obsolescence provoqué par les avancées technologiques.

Cette rotation sectorielle s'explique aussi par le phénomène du « FOBO » (Fear Of Being Obsolete), la peur de voir certains métiers ou modèles économiques remplacés par l'intelligence artificielle. De nombreuses sociétés de services, de logiciels ou même certaines banques ont récemment été sanctionnées en Bourse sur ces craintes. À l'inverse, les valeurs industrielles ou liées aux infrastructures attirent les capitaux. Des groupes comme Caterpillar, John Deere ou encore Coca-Cola progressent fortement en Bourse, symbolisant le retour en grâce de la « vieille économie ».

Pour certains stratégistes, ce mouvement pourrait durer. Les entreprises industrielles bénéficient d'un cycle économique favorable, d'investissements publics massifs et de barrières à l'entrée élevées liées à leurs infrastructures. Autrement dit, alors que les marchés s'interrogent sur les gagnants et les perdants de l'IA, une partie des investisseurs préfère miser sur des modèles économiques solides, moins exposés aux bouleversements technologiques et capables de générer des flux de trésorerie réguliers. Une revanche inattendue pour les valeurs industrielles traditionnelles.

Demain à la Une : PIB, Emploi US et Iran

En théorie, c'est une séance chargée en nouvelles données économiques qui nous attend demain. Au programme : la révision du PIB européen, les ventes au détail et le rapport mensuel sur l'emploi américain. En pratique, la situation géopolitique devrait à nouveau focaliser toute l'attention du marché. Sur le CAC 40, les seuils à surveiller deviennent assez critiques à court terme. Les vendeurs viseront les 8 000 points et par extension les 7 925. Et les acheteurs : les 8 110 et 8 165.

Le lexique : les produits structurés

Les produits structurés sont des instruments financiers qui combinent plusieurs actifs (obligations, options, dérivés) et offrent un rendement spécifique en fonction de scénarios de marché prédéfinis. Ils permettent d'ajuster le couple rendement / risque en intégrant des mécanismes de protection partielle du capital, de participation à la performance d'un sous-jacent (indice, action, taux, etc.) et des conditions de remboursement adaptées aux objectifs de l'investisseur.