Les marchés : Une semaine de guerre
La guerre au Moyen-Orient fait fortement monter le prix du pétrole ce vendredi, ce qui inquiète les marchés financiers. Le baril de Brent a dépassé les 90$ (+8% aujourd'hui), un niveau inédit depuis près de deux ans, car les investisseurs craignent que le conflit entre Israël, les États-Unis et l'Iran s'éternise. La situation est particulièrement tendue autour du détroit d'Ormuz. Comme le trafic y est pratiquement bloqué, les marchés redoutent une baisse de l'offre mondiale d'or noir, ce qui pousse encore les prix à la hausse.
Cette flambée du pétrole pèse sur les Bourses mondiales, surtout en Europe, où de nombreux pays dépendent des importations d'énergie. Quand l'énergie coûte plus cher, cela fragilise la croissance économique, réduit les marges des entreprises et diminue le pouvoir d'achat des consommateurs. Les investisseurs craignent aussi qu'une hausse durable du pétrole relance l'inflation. Ce soir, le CAC 40 cède 0,65% à 7 993 points et clôture sous le seuil symbolique des 8 000 pour la première fois depuis le 24 novembre. -6,8% sur la semaine et -1,9% depuis le 1er janvier.
Les valeurs : Le secteur des semi-conducteurs, Spie et Prodways
Le secteur des semi-conducteurs Le fabricant allemand de semi-conducteurs Infineon recule de 6,93% à 39,37 malgré la publication de résultats trimestriels globalement conformes aux attentes. Sur le premier trimestre de l'exercice 2026, le groupe a enregistré un chiffre d'affaires de 3,66 milliards d'euros, en hausse de 7% sur un an, avec une rentabilité solide. Infineon a également annoncé 500 millions d'euros d'investissements supplémentaires afin d'augmenter ses capacités dans ce domaine stratégique.
Mais cette ambition n'a pas suffi à convaincre les investisseurs. La banque UBS a abaissé sa recommandation sur la valeur, estimant que les objectifs liés à l'intelligence artificielle apparaissent particulièrement ambitieux dans un environnement très concurrentiel. Les bureaux d'étude redoutent également un ralentissement de la demande en Chine et un possible ajustement des stocks chez certains clients. Par ailleurs, les investissements massifs nécessaires pour soutenir la croissance dans l'IA pourraient peser sur les marges à court terme.
Cette prudence entraîne un mouvement de repli plus large sur les valeurs européennes des semi-conducteurs. À Paris, STMicroelectronics cède 5,1% et signe la plus forte baisse du CAC 40. D'autres acteurs européens reculent également, comme ASML (-3,5%) ou ASM International (-6,2%), tandis que BE Semiconductor Industries décroche de 17,4%. Cette correction sectorielle reflète les doutes des investisseurs sur la visibilité à court terme de l'industrie des puces, malgré le soutien structurel de l'intelligence artificielle.
Spie Le spécialiste des services techniques dans l'énergie et les infrastructures recule de 3,51% à 48,68 après la publication de résultats annuels légèrement inférieurs aux attentes du marché. Si l'activité progresse encore en 2025 avec un chiffre d'affaires en hausse de 2% et un résultat opérationnel en progression de plus de 11%, la croissance a nettement ralenti au quatrième trimestre. La France reste le principal point faible du groupe, pénalisée par le ralentissement du déploiement de la fibre optique et un environnement économique jugé atone, alors que l'Allemagne demeure le principal moteur de l'activité. Les perspectives prudentes communiquées par la direction n'ont pas non plus convaincu le marché. Pour 2026, le groupe n'a pas donné d'objectifs chiffrés précis, se contentant d'évoquer une progression de l'activité et une amélioration de la rentabilité, dans la lignée de son discours habituellement conservateur. À cela s'ajoute l'annonce du départ prochain du directeur général Gauthier Louette, qui passera la main en avril après plus de vingt ans à la tête du groupe. Dans ce contexte, les investisseurs sécurisent leurs gains après une envolée de 63% en 2025. Depuis le début de l'année, le titre recule d'environ 2%.
Prodways Le spécialiste de l'impression industrielle 3D s'envole de 39,70% à 0,75 après l'annonce d'un accord pour céder son activité Logicielle. Sa filiale spécialisée dans l'intégration de solutions de conception 3D sera vendue pour environ 35 millions d'euros, un montant supérieur à la capitalisation boursière actuelle du groupe. Cette opération marque une nouvelle étape dans la stratégie de recentrage engagée par Prodways, après plusieurs années difficiles pour l'ensemble du secteur de l'impression 3D. Le marché salue également l'intention du groupe de reverser une part significative du produit de cette cession à ses actionnaires. En parallèle, Prodways entend concentrer ses efforts sur le redressement de sa division Produits, dédiée à la fabrication de pièces et de prototypes imprimés en 3D, encore en phase de restructuration. Cette opération stratégique renforce la visibilité financière du groupe et ravive l'intérêt des investisseurs pour un titre, éligible au PEA-PME , qui a perdu plus de 70% en trois ans.
Le résultat du vendredi : L'impact d'Epic Fury
Après une semaine de guerre, quel est l'impact de l'opération Epic Fury sur les marchés ? Les performances suivantes sont arrêtées à cet après-midi, vers 16h30.
- États-Unis : S&p 500 : -1,9% Nasdaq : -0,8%
- Europe : Cac 40 : -7% Euro Stoxx 50 : -6,3%
- Asie : Nikkei, Tokyo : -5,5% Kospi, Séoul : -10,6%
- Matières premières : Pétrole Brent : +22% Or : -2,3%
- Devises : EUR USD : -2% USD JPY : +1,1%
L'énergie est au centre de toutes les préoccupations. La sanction boursière est particulièrement marquée dans les pays fortement dépendants de leurs importations d'énergie (la Corée du Sud importe 95% de son énergie). À l'inverse, les États-Unis sont pratiquement autosuffisants d'un point de vue énergétique, et exportateur net de pétrole. Pour rappel, nous avons publié mercredi un dossier spécial, dédié à la situation au Moyen-Orient :
Le monde d'après : La solution de dernier recours
Dans les économies fragilisées par les crises politiques ou monétaires, les cryptomonnaies s'imposent progressivement comme des actifs de dernier recours. Selon l'entreprise d'analyse blockchain Chainalysis, des pays comme l'Iran, le Venezuela ou encore l'Ukraine figurent parmi les marchés où l'adoption des actifs numériques est la plus forte rapportée à la population. Dans ce contexte, le bitcoin et les stablecoins (voir lexique) servent moins d'actifs spéculatifs que d'outils financiers alternatifs pour échapper aux sanctions, contourner les restrictions bancaires ou protéger l'épargne face à l'effondrement des monnaies locales. En Iran par exemple, l'utilisation du bitcoin a fortement progressé lors des périodes de protestation et de chute du rial, la population transférant ses fonds vers des portefeuilles personnels afin d'échapper au contrôle du système financier local. Au Venezuela, où l'hyperinflation a profondément déstabilisé l'économie, les stablecoins indexés sur le dollar sont devenus un outil de paiement et d'épargne du quotidien, certains transferts représentant une part significative de l'activité économique.
Ces exemples illustrent une réalité souvent oubliée dans les économies développées : pour des millions de personnes, les cryptomonnaies ne sont pas seulement un investissement risqué mais une infrastructure financière alternative. Faciles à transporter, difficilement contrôlables et accessibles sans système bancaire, elles peuvent permettre de transférer de l'argent, protéger son capital ou fuir un pays en crise. Pour autant, ces actifs restent extrêmement volatils et ne garantissent en aucun cas une protection contre les pertes financières. Après -6,3% en 2025, le bitcoin cède 21,7% depuis le début de l'année.
Le lexique : Les stablecoins
Les stablecoins sont des cryptomonnaies conçues pour garder une valeur stable, le plus souvent en étant indexées sur une monnaie traditionnelle comme le dollar. Contrairement au bitcoin, leur prix varie peu, ce qui les rend plus faciles à utiliser pour payer, transférer de l'argent ou se protéger des fortes fluctuations du marché des cryptos.











