Les marchés : La Bourse rebondit

Ce 4 mars, les places mondiales repartent à la hausse après deux séances de baisse. Les marchés se calment un peu sur le gaz et le pétrole. Les investisseurs espèrent une désescalade prochaine au Moyen-Orient, après des informations de presse évoquant des contacts indirects entre l'Iran et les États-Unis au sujet d'une possible fin du conflit. Cette perspective rassure, mais clairement il n'y a encore aucun signe visible sur le terrain, puisque les frappes et les ripostes continuent.

Autant dire que le rebond du jour est très fragile : +0,79% pour le CAC 40 à 8 168 points, +1,8% pour l'Euro Stoxx 50, +0,7% pour le S&P 500 et +1,3% pour le Nasdaq. En Asie, la nervosité est restée très élevée cette nuit : -3,61% à Tokyo, -12,06% à Séoul.

Le pétrole souffle un peu. Le prix du baril progresse désormais de 10% depuis vendredi soir, après un pic à +15,5% hier. La principale inquiétude des investisseurs est que la fermeture du détroit d'Ormuz, par où transite une grande partie du pétrole et du gaz mondial, fasse repartir l'inflation, comme cela avait été le cas après le début de la guerre en Ukraine en 2022. Des déclarations américaines sur une éventuelle protection des pétroliers rassurent un peu, mais les marchés attendent des actes concrets avant de considérer que le risque baisse réellement.

Les valeurs : Dassault Aviation, Thales et Euroapi

Dassault Aviation - L'avionneur français progresse de 4,83% à 347€ et signe l'une des plus fortes hausses de la Bourse de Paris après la publication de résultats annuels supérieurs aux attentes. En 2025, le groupe a enregistré un chiffre d'affaires de 7,4 milliards d'euros, en hausse de 19%, porté par l'augmentation des livraisons de Rafale et de jets d'affaires Falcon. Le résultat net atteint 1,06 milliard d'euros, au-dessus des prévisions du marché, tandis que la génération de trésorerie et le dividende annoncé dépassent également les anticipations du marché.

Ces performances solides confirment la bonne dynamique industrielle du groupe et rassurent les investisseurs. Les perspectives pour 2026 restent également bien orientées. Le groupe anticipe un chiffre d'affaires autour de 8,5 milliards d'euros, avec une hausse des livraisons à 40 Falcon et 28 Rafale. La demande demeure soutenue, notamment grâce aux campagnes commerciales en cours pour le Rafale, dont une importante commande en négociation avec l'Inde. Dans un contexte géopolitique tendu qui soutient l'ensemble du secteur de la défense, ces perspectives favorables renforcent la confiance du marché et justifient la progression du titre, désormais en hausse d'environ 27% depuis le début de l'année (+39% en 2025).

Thales - En revanche, le spécialiste français de la défense et de l'aéronautique est resté quasiment à l'équilibre aujourd'hui, à 250,70€ (+0,44%), après l'abaissement de recommandation de la banque américaine JPMorgan. L'établissement est passé d'un avis positif à une position neutre, estimant que la dynamique du groupe reste pénalisée par les contre-performances persistantes de sa division « cyber & digital ».

Cette activité, qui regroupe la cybersécurité et les solutions d'identité numérique, a encore enregistré une baisse de ses revenus en 2025, contrairement aux autres divisions du groupe, notamment la défense et l'aéronautique qui continuent d'afficher une croissance solide. Malgré un environnement favorable pour les valeurs de défense, JPMorgan considère que ces difficultés structurelles limitent le potentiel boursier du groupe. La banque souligne que les révisions à la baisse dans la division numérique ont pesé sur la progression globale des résultats, au point d'évoquer l'hypothèse d'une cession partielle ou totale de cette activité. Si certains bureaux d'études restent confiants dans les perspectives liées à la défense et à l'aérospatial, le marché attend désormais des signes clairs de redressement dans le numérique, ce qui explique la réaction mesurée du titre en Bourse. Depuis le début de l'année, Thales progresse de 9% en Bourse (+66% en 2025).

Euroapi - Le spécialiste des principes actifs pharmaceutiques recule de 27,02% à 1,43€ après la publication de perspectives décevantes. En 2025, le groupe a enregistré un chiffre d'affaires de 848 millions d'euros, en baisse de 7%, pénalisé notamment par le recul des ventes à Sanofi, son principal client qui représente encore plus de 40% de ses revenus. La rentabilité s'est toutefois améliorée grâce à des mesures de réduction des coûts. Des résultats globalement conformes aux attentes, mais qui n'ont pas suffi à rassurer le marché.

Ce sont surtout les perspectives qui inquiètent les investisseurs. Le groupe anticipe désormais une baisse d'environ 10% de son chiffre d'affaires en 2026 et prévient que son objectif de rentabilité pour 2027 ne sera finalement pas atteint. La société subit une pression croissante de la concurrence asiatique, notamment chinoise, qui tire les prix vers le bas sur certains principes actifs. Dans ce contexte, le groupe éligible au PEA-PME a déjà dû renoncer à plusieurs projets industriels et abaisser ses objectifs, ce qui se traduit par une chute de 38% du titre depuis le début de l'année (-21% en 2025).

L'évènement du mercredi : Ormuz, un blocage prolongé ?

C'est officiel, l'Iran a annoncé la fermeture du détroit d'Ormuz, le fameux passage maritime très étroit par lequel transite environ 20% du pétrole consommé dans le monde. Comme ce couloir est essentiel au commerce du pétrole et du gaz, la moindre tension locale fait immédiatement grimper les prix et inquiète les marchés. Sur place, il ne s'agit pas d'un blocus “classique” avec des navires iraniens alignés pour barrer la route, car une telle stratégie serait rapidement détruite par les forces américaines. La fermeture fonctionne surtout par la peur : la menace d'attaques au drone ou au missile rend la zone trop risquée. Résultat, des navires s'arrêtent, les assurances deviennent extrêmement chères ou refusent de couvrir la zone, et le trafic se fige. Des attaques ont déjà eu lieu, ce qui renforce encore cette paralysie.

Les experts estiment qu'un blocage total pendant des semaines est peu probable. L'Iran pourrait perturber la navigation par à-coups et rendre le détroit dangereux, mais les États-Unis et Israël disposent de moyens importants pour frapper les installations iraniennes et pour sécuriser ou déminer la zone si des mines étaient posées. De plus, de nombreux pays dépendants du pétrole auraient un intérêt direct à intervenir pour rétablir le passage. Enfin, l'Iran n'a pas intérêt à fermer complètement et durablement Ormuz, car il utilise lui-même ce détroit pour exporter ses hydrocarbures. L'objectif ressemble donc davantage à une démonstration de force et à un moyen de pression qu'à une fermeture tenable sur la durée.

Le scénario le plus plausible serait une “guerre des pétroliers” faite d'attaques ponctuelles ou de menaces répétées, une stratégie que l'Iran connaît déjà pour avoir vécu ce type d'affrontements dans les années 1980, visant à faire monter les coûts et la peur sans forcément bloquer totalement le passage.

Le monde d'après : L'Europe en pause ?

Après un début d'année solide, la progression des actions européennes pourrait perdre de son élan dans la seconde moitié de 2026. Selon une enquête menée par Reuters auprès de stratégistes de marché, l'indice paneuropéen Stoxx 600 pourrait en effet atteindre environ 640 points d'ici la fin de l'année, soit un potentiel de hausse désormais limité à 4,4%.

Après un gain d'environ 3% depuis janvier et des niveaux relativement proches de leurs records historiques, les marchés européens pourraient connaître une phase de consolidation à court terme. Plus de la moitié des analystes interrogés jugent d'ailleurs probable une correction dans les prochains mois. Les investisseurs évoluent dans un environnement particulièrement incertain, marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, la guerre en Ukraine ou encore les incertitudes liées à la politique commerciale américaine et aux baisses de taux des banques centrales. La récente remontée des prix du pétrole et la menace de nouveaux droits de douane alimentent également les craintes sur l'inflation et la croissance mondiale.

Autre sujet d'interrogation pour les marchés : l'impact réel de l'intelligence artificielle. Si la thématique de l'IA a fortement soutenu les valeurs technologiques américaines ces dernières années, l'Europe reste moins exposée au secteur, ce qui pourrait limiter son potentiel boursier. Reste à savoir si c'est une mauvaise nouvelle pour les mois à venir... En effet, le marché s'inquiète depuis plusieurs mois des dépenses massives liées à l'IA et de sa capacité à générer de la rentabilité à court et moyen terme. Depuis le début de l'année, le Nasdaq connaît une forte volatilité à cause de ces craintes.

Demain à la Une : Poursuite du rebond ?

Au programme de ce jeudi : la balance commerciale américaine et la publication du compte-rendu de la dernière réunion de politique monétaire de la BCE. La grande question à court terme : est-ce que le rebond des indices boursiers va se prolonger ? Tout dépendra bien sûr de l'évolution de la situation au Moyen-Orient. Pour le moment, les marchés actions encaissent plutôt bien, surtout aux États-Unis et en Europe. Beaucoup moins en Asie, où le Japon et la Corée du Sud sont très dépendants de leurs importations d'énergie. Sur le CAC 40, les acheteurs viseront à court terme les 8 215, 8 265 et 8 315 points par extension. Et les vendeurs, les 8 165, 8 100 et 8 050.

Le lexique : La prime de risque géopolitique

En Bourse, la prime de risque géopolitique désigne le surcoût que les investisseurs exigent lorsqu'un contexte international devient plus incertain. Concrètement, quand des tensions entre pays, des conflits, des sanctions, des élections très polarisées, des ruptures d'approvisionnement ou des menaces sur des routes commerciales apparaissent, l'avenir économique semble moins prévisible. Or, plus l'avenir est flou, plus les investisseurs demandent une rémunération élevée pour accepter le risque... ou, à l'inverse, ils paient moins cher les actifs risqués. Cette prime ne se voit pas comme une ligne sur un relevé : elle se lit dans les prix. Elle peut se traduire par une baisse des actions, une hausse des taux exigés sur certaines dettes, une montée de la volatilité ou un attrait renforcé pour des actifs jugés plus “défensifs”.