Les rendements 2016 ont été plus faibles que prévu. Un même scénario pourrait-il se produire pour les taux 2017 ?
Cyrille Chartier-Kastler : « Nos projections 2017, qui nous amènent à prévoir un taux moyen de 1,48%, intègrent le fait que lACPR et le HCSF (1) vont réitérer leur demande de brider les performances. La marge financière dont disposent les assureurs dans la détermination des rémunérations est très élevée : elle le sera à nouveau en 2017. En effet, la performance brute des fonds en euros se maintient à un bon niveau. Les assureurs vont une nouvelle fois modérer les taux servis aux assurés en dotant la provision pour participation aux bénéfices (PPB), à hauteur de 0,20 ou 0,30 point de rendement. Nous ne prévoyons un relâchement de la pression des autorités de tutelle quen 2018. »
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Avec une rémunération de 1,48% pour 2017, la baisse serait donc terminée ?
Les assureurs vont « accompagner une probable hausse des taux, à lhorizon 2019 »
C-K. : « Les taux des emprunts dEtat (OAT 10 ans) devraient rester sous les 1% sur lensemble de lannée 2017, avant de remonter progressivement. Mais les assureurs ont considérablement réduit la poche OAT de leurs fonds en euros. Ce constat, et le fait quils aient fortement doté leur PPB ces dernières années, va leur permettre daccompagner une probable hausse des taux, à lhorizon 2018 ou 2019, notamment en puisant dans cette PPB. LACPR et le HCSF vont dailleurs très probablement encourager cette stratégie : après avoir appelé les assureurs à la modération, elles vont les inviter à puiser dans leurs réserves pour suivre la remontée globale des rendements des placements financiers. Cela permettra déviter que les épargnants ne se désintéressent de lassurance-vie, et quils mettent ainsi en péril la situation financière des compagnies dassurance. »
Certains assureurs pourraient-ils tenter un « coup » en lançant un nouveau fonds en euros, dont la performance ne pâtirait pas de tout ce passif ?
C-K. : « Effectivement, un fonds ''vierge'' pourrait bénéficier de la remontée des taux : de petits assureurs pourraient tenter ce type de ''coup''. Mais de tels lancements ne devraient pas intervenir avant 2018 ou 2019. Et cest pour éviter une telle situation que lACPR demande actuellement aux assureurs de doter leur PPB, afin de disposer dune marge suffisante pour répondre à cette concurrence. Nous sommes sur le fil du rasoir ! »
Dans votre baromètre 2017, vous estimez que le secteur aura « géré très convenablement » cette situation de taux bas
« Pendant 30-40 ans, les assureurs ont été dans une situation idéale : une lente baisse des taux »
C-K. : « Tout à fait. Pendant 30-40 ans, les assureurs ont été dans une situation idéale : une lente baisse des taux. Les fonds en euros bénéficiaient en continu des investissements réalisés quelques années auparavant, ce qui permettait de servir des rendements honorables pour un placement à capital garanti. Là, les taux obligataires ont atteint un point bas et ils devraient enclencher la remontée : une situation très défavorable pour les fonds en euros ! Si nos projections sont confirmées, avec un point bas à 1,40% environ en 2018, alors oui, jestime que les assureurs auront géré très convenablement cette période critique. »
Petit à petit, les compagnies remplacent les emprunts dEtat par des obligations dentreprises
C-K. : « Elles ont nettement abaissé la part des obligations souveraines dans les fonds en euros. Elles ont aussi investi sur des obligations moins bien notées que par le passé, afin despérer des performances supérieures. »
En 2017, avec une moyenne de 1,48%, faut-il sattendre à voir beaucoup de banques servir des taux inférieurs à 1% ?
« Les assureurs auront géré très convenablement cette période critique »
C-K. : « Plusieurs bancassureurs livrent déjà des rendements inférieurs à 1% sur certains contrats dassurance-vie : au Crédit Mutuel, à la Banque Postale, etc. Les groupes bancaires sont les plus concernés par les taux bas : car leur clientèle se révèle averse au risque, et donc bien plus friande de fonds en euros que les autres populations dassurés. De nombreux fonds en euros bancaires pourraient donc servir des rendements inférieurs à 1% en 2017 et 2018. Autant dire quen prenant en compte la fiscalité, il ne restera plus grand chose »
Lire aussi : Les meilleurs taux pour 2016 et les autres
Les meilleurs fonds peuvent-ils se maintenir au-dessus de 2,50% ?
C-K. : « Les meilleurs fonds devraient perdre environ 0,30 point en 2017. »
Les fonds en euros immobiliers pourront-ils rester aussi rentables quils le sont actuellement ?
Fonds immobiliers : « Le taux moyen se situera à 2,10% ou 2,20% » en 2017
C-K. : « En 2016, selon notre estimation, ils ont rapporté 2,49% en moyenne, contre 3,36% en 2015. Une baisse de 0,87 point, cest considérable ! Ces fonds sont devenus une denrée rare : les assureurs sont obligés de limiter les entrées car ils peinent à trouver suffisamment dactifs immobiliers pour investir. En 2017, toutefois, la baisse de rendement ne devrait pas être aussi importante quen 2016 : je pense que le taux moyen se situera à 2,10% ou 2,20%. »
Dans votre baromètre 2017, vous soulignez que lorientation actuelle de lassurance-vie vers les unités de compte (UC) pourrait lui faire perdre « sa dimension populaire »
C-K. : « Oui, il sagit dune question politique ! Les assureurs membres de la Fédération française de lassurance (FFA) optent tous pour des incitations à linvestissement en UC, en fermant le robinet sur les fonds en euros. Or, les supports en UC, risqués, conviennent traditionnellement mieux à une clientèle patrimoniale. Si lassurance-vie devient petit à petit un produit patrimonial et de gestion privée, alors il sera difficile, pour la FFA, de maintenir un discours réclamant le maintien dune fiscalité avantageuse. Cest lune des raisons pour laquelle les assureurs vont probablement rouvrir le robinet, petit à petit, sur les fonds en euros. Aussi bien en soignant les rendements quen modérant les restrictions daccès. »
Donc le fonds en euros nest pas mort
C-K. : « Non, clairement non ! Les Français ont bien identifié ce produit, et les assureurs gèrent intelligemment la période de taux bas. La crise a été bien absorbée : cest un motif de confiance supplémentaire pour les épargnants. »
Lire aussi : L'assurance-vie bascule-t-elle réellement dans l'ère des unités de compte ?
(1) L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) est le régulateur du secteur banque-assurance. Le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) réunit lui les présidents de la Banque de France, de l'AMF et de l'ACPR, entre autres, sous la présidence du ministre de l'Economie.





















