« Les parts de marché de CNP sur l'assurance-vie se replient un tout petit peu sur l'euro au trimestre, mais la part de marché sur l'UC s'améliore. » Ces propos dAntoine Lissowski, directeur général adjoint de CNP assurances, qui gère les contrats de la Banque Postale et de la Caisse dEpargne, illustrent bien la tendance forte de ce début dannée : si lassurance-vie continue de drainer toujours plus dargent, cest avant tout grâce à la croissance des unités de compte (UC), et non grâce aux fonds en euros, qui eux présentent une garantie en capital.
A loccasion de lannonce des résultats trimestriels, Antoine Lissowski na dailleurs pas caché quil sagit de la concrétisation dun objectif : « La réorientation de notre mix de vente de l'épargne vers les unités de compte est en train d'être réalisée », sest-il félicité. Le plus gros gestionnaire dassurance-vie en France a donc réalisé une collecte nette de 165 millions d'euros au 1er trimestre mais, dans le détail, cela se traduit par une décollecte de 480 millions d'euros sur les supports en euros contre une collecte nette de 645 millions d'euros sur les unités de compte. Dans ses statistiques, CNP évoque un « chiffre daffaires » en hausse de 52% à la Banque postale sur ces supports, par rapport au 1er trimestre 2014, pour une augmentation de 88% de cette même activité à la Caisse dEpargne !
Des versements de plus en plus orientés vers le risque
La Fédération française des sociétés dassurance (FFSA) chiffrait à lautomne dernier cette montée en puissance : 12% de la collecte en 2012, 14% en 2013, puis 17% en 2014. Laccélération est évidente en 2015 : 20% de la collecte en UC sur les trois premiers mois de lannée selon les statistiques FFSA, et près de 25% sur le seul mois de mars.
La part des unités de compte grimpe à 22% de la collecte au Crédit Agricole selon les résultats trimestriels de la structure cotée du groupe (CASA). A la Société Générale, les chiffres avancés sont encore plus éloquents : les UC représentent 25% de la collecte brute (uniquement les versements) de lassurance-vie au 1er trimestre 2015, contre 12% lors des premiers mois de 2014. Lorsque lon sintéresse à la collecte nette (les versements moins les retraits), les UC pèsent cette fois 79% sur le trimestre, ce qui laisse entendre que les retraits sont plus importants sur les fonds en euros que sur les supports risqués dans la banque rouge et noire.
Environ 20% du montant global de lassurance-vie
Conséquence : le poids des UC dans le montant global de lassurance-vie est grandissant. La FFSA évoquait 17% fin 2013. Au Crédit Agricole, leur part dans le « stock » de lassurance-vie est désormais de 19,7% contre 18,5% un an plus tôt. A la Société Générale, cette proportion est passée de 19,5% au 1er trimestre 2013 à 20% en 2014 et à 21,8% en 2015.
Dans les autres banques ? Les différentes entités du Crédit Mutuel ne communiquent traditionnellement pas de résultats trimestriels. Chez BNP Paribas, la filiale dassurance Cardif na pas livré de résultats à la fin mars : le groupe évoque uniquement une hausse de 5,1% de la collecte de lassurance-vie par rapport au 1er trimestre 2014, sans distinguer UC et fonds euros. Même constat pour la Banque Populaire : une augmentation de 7,8% pour l'ensemble de l'assurance-vie. Le « boom » des unités de compte se confirme toutefois chez les assureurs traditionnels : Swiss Life cite « une importante part des affaires nouvelles en unités de compte, de plus de 60% » ; et Axa recense, sur lensemble de lEurope continentale, 51% de sa collecte en UC sur les premiers mois de 2015, contre 42% en 2014
Des incitations payantes
Axa a intégré le « développement des unités de compte » dans son plan stratégique. Banques et assureurs orientent ainsi clairement leurs clients vers ces supports potentiellement plus rentables mais nassurant pas de conserver son capital. Lincitation passe par laccès à des fonds euros à la rémunération plus attractive à condition de miser une partie de son versement sur les UC ; des « bonus de rendement » sur le fonds en euros ; et des primes de bienvenue pour l'ouverture de certains contrats, soumises aux mêmes conditions.
Lire à ce propos : Comment la baisse des taux de lassurance-vie est masquée par les bonus de rendement
Autre témoignage de lintérêt des Français pour les alternatives au fonds en euros dans lassurance-vie : « la collecte a atteint en avril 100 millions deuros sur les contrats euro-croissance », souligne le Crédit Agricole dans ses résultats trimestriels. Les fonds euro-croissance noffrent une garantie en capital quau terme de 8 ans minimum en léchange dun rendement potentiellement supérieur au fonds euros. Le groupe de la banque verte la mis à disposition de ses clients dans son réseau et dans celui de LCL en octobre dernier, dans un premier temps sur ses seuls contrats haut de gamme. 100 millions, cela reste toutefois peu à côté des plus de 250 milliards deuros gérés par Crédit Agricole assurances sur lensemble des contrats épargne-retraite, dont environ 50 milliards deuros placés sur des supports en unités de compte.


















