Dans lassurance-vie, au rayon facturation, il y a dun côté les frais qui correspondent à des actions de lépargnant (frais darbitrage ou de versement) et de lautre des frais qui viennent chaque année rogner le rendement des différents supports. Généralement situés entre 0,60% et 1%, les frais de gestion de lassureur sont affichés assez clairement dans le contrat et sont rappelés dans linformation annuelle. Le rendement du fonds en euros apparaît ainsi en général à la fois en brut et en « net de frais de gestion ».
Pour les supports en unités de compte (UC), lassureur prélève là aussi chaque année des frais de gestion, ce qui se traduit généralement par une diminution du nombre de parts. Mais dautres frais grignotent, chaque année, le rendement des UC. Leur existence nest pas secrète : pour chaque fonds (OPCVM), le document dinformations clés pour linvestisseur (DICI) est public ou peut être réclamé auprès de lassureur. Sur ce DICI apparaissent les « frais courants », prélevés annuellement mais dont le pourcentage peut varier dune année sur lautre. Ces frais de gestion de lOPCVM sont ponctionnés en amont, avant que lassureur ne prélève ses propres frais de gestion. La valeur liquidative de cet OPCVM est exprimée net de ces « frais courants » (voir encadré).
Information annuelle plus ou moins détaillée
Comment les titulaires de contrats dassurance-vie sont-ils informés sur ces différents frais ? Avant tout via les relevés annuels. Traditionnellement, les assureurs y livrent toutefois peu de détails. Aviva y souligne ainsi que les « frais de lOPCVM sont prélevés en amont par les sociétés de gestion » et se contente dindiquer à lépargnant quil peut réclamer les fameux DICI. Les pratiques changent toutefois, petit à petit. Début 2015, dans les relevés de lannée 2014, les assureurs Generali et Suravenir ont affiché distinctement les frais prélevés par les gestionnaires des OPCVM. ACMN Vie va même plus loin en indiquant les « frais de gestion de lunité de compte (incluant les frais indirects) », ce qui permet de constater, dans certains cas, un écart entre les « frais courants » affichés dans le DICI et les frais réellement appliqués.
Doù vient cet écart ? « Les frais indirects inclus par ACMN Vie, ce sont les frais de courtage [prélevés pour les achats ou vente dactions, NDLR], les frais de garde, les frais de surperformance [si le fonds fait mieux que son indice de référence], etc. », détaille Edouard Michot, président de JDHM Vie, société de courtage en assurance et éditrice dAssurancevie.com. « Certains de ces frais sont minuscules mais il est intéressant de pouvoir comparer afin de mettre le doigt sur déventuels abus. » Exemple, dans un relevé ACMN Vie, un fonds affiche des frais de plus de 7% - un pourcentage extrêmement élevé - alors que le DICI de ce même fonds névoque des « frais courants » que de 3,70%. La différence provient probablement des « frais indirects ».
Un sujet tabou chez les assureurs
Edouard Michot affirme avoir réclamé plus de transparence aux assureurs gérant les contrats quil commercialise auprès des particuliers. « Nous demandons toujours plus de transparence, y compris sur les rétrocessions entre assureur et gestionnaires de fonds, les asset managers. Pour nous, les frais, cest une information dimportance, au même titre que le rendement ! »
Un autre courtier en assurance-vie a confirmé la tendance : des relevés annuels avec un meilleur niveau dinformation. Ces changements concernant tous les titulaires de contrats et non pas uniquement les clients de tel ou tel courtier, pourquoi certains assureurs font-ils uvre de transparence ? Nous avons sollicité Generali et ACMN Vie pour évoquer ces évolutions, mais aussi Crédit Agricole Assurances, deuxième plus gros gestionnaire dassurance-vie en France. Refus, manque de disponibilité ou réorientation vers dautres interlocuteurs : les assureurs ne souhaitent visiblement pas communiquer sur ce sujet.
Rendre linformation sur les frais plus compréhensible
Afficher le pourcentage de « frais indirects » pour chaque support en unités de compte, cela reste « trop compliqué du point de vue de lépargnant » selon Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du cabinet de conseil Facts & Figures. Comme Edouard Michot, de JDHM Vie, Cyrille Chartier-Kastler estime que les frais doivent être exprimés en euros et centimes plutôt quen pourcentage. Suravenir a par exemple fait un pas en ce sens. Edouard Michot se félicite ainsi que cet assureur « fait désormais apparaître les frais de gestion quil ponctionne en euros », pour le fonds en euros, et en nombre de parts pour les UC.
Cela reste insuffisant pour Cyrille Chartier-Kastler : « Nous ne sommes pas encore au stade de ce que lon peut avoir pour les banques avec des frais qui apparaissent en valeur absolue dans le relevé de compte. Dans lassurance-vie, pour les unités de compte, cest objectivement compliqué dexpliciter cela en euros mais cest le meilleur moyen pour que linformation soit accessible au plus grand nombre. » Le fondateur de Facts & Figures aimerait voir « imposée une fiche A4 standardisée avec une liste dinformations à communiquer au titulaire dassurance-vie, un peu à limage de lextrait standard de tarifs dans la banque ou de la fiche standardisée qui va désormais simposer pour lassurance emprunteur ». Toutefois, aucun projet de ce type ne semble être dans les tuyaux.
Les frais de gestion du fonds puis ceux de l'assureur
Il y a deux sortes de frais de gestion sur les unités de compte. Ceux du gestionnaire du fonds qui impactent directement la valeur liquidative de celui-ci. Ceux de l'assureur qui sont ponctionnés sur le nombre de parts.
Exemple : un OPCVM coté 9 euros le 1er janvier a réalisé des performances qui équivalent à une valeur brute de 10 euros, au 31 décembre. Mais compte tenu des 3% de frais de gestion de l'OPCVM, la part affiche 9,70 euros de valorisation. Cet OPCVM est disponible sur un contrat d'assurance-vie sous la forme d'une unité de compte, l'assureur prévoyant des frais de gestion de 1% par diminution du nombre de parts.
Concrètement, si vous achetez 100 parts de cette UC à 9 euros le 1er janvier, vous vous retrouvez le 31 décembre avec 99 parts à 9,70 euros.
Récapitulatif : vos 900 euros du 1er janvier auraient dû valoir 1.000 euros à la fin de l'année, en l'absence de tout frais. Mais vous vous retrouvez avec seulement 960,30 euros, 30 euros ayant été conservés par l'OPCVM et 9,70 euros par l'assureur. Cette répartition reste théorique puisque ces frais peuvent être rétrocédés en partie à l'assureur et au distributeur.
















