Investir dans des actifs non cotés présente des risques importants (perte en capital, illiquidité, risque de valorisation..) mais permet aux épargnants de bénéficier de rendements attractifs. Comment investir, quels sont les frais à prévoir... Voici ce qu'il faut savoir avant de sauter le pas.
Définition et fonctionnement
Le private equity, c'est quoi ?
Investir en private equity (capital-investissement) revient à prendre une participation au capital d'entreprises non cotées en bourse avec pour objectif de réaliser une plus-value lors de la revente de ces parts sur un marché secondaire. L'investissement peut avoir lieu à différents stades de développement des sociétés :
- au démarrage de leur activité (capital-amorçage) ;
- lors de leur développement (capital-développement) ;
- durant leur cession (capital-transmission) ;
- lorsqu'elles rencontrent des difficultés financières (capital-retournement).
Comment investir en private equity ?
Il existe plusieurs solutions pour investir en private equity : en direct, par le biais d'une plateforme de crowdfunding ou via les fonds de placement collectifs (OPCVM).
Les fonds de private equity ont longtemps été réservés aux investisseurs institutionnels. L'accès à ces fonds s'est démocratisé et ils sont désormais accessibles en direct pour les particuliers, au sein d'un compte-titres, d'un Plan épargne en actions (PEA) ou encore par le biais des unités de compte (UC) disponibles dans le cadre de l'assurance vie ou du Plan épargne retraite (PER).
« Depuis quelques années, ces actifs financiers non cotés, par opposition aux actifs non cotés immobiliers, sont plus fréquemment proposés à des investisseurs particuliers. Parmi les arguments présentés lors de leur commercialisation, la performance historique de cette classe d'actifs ainsi que la contribution au financement réel de l'économie figurent parmi ceux mis fréquemment en avant », explique notamment l'Autorité des marchés financiers (AMF) dans un rapport publié en janvier 2025.
Comment le private equity est-il réglementé ?
La directive européenne AIFM a été mise à jour en octobre dernier. Avec la nouvelle directive, AIFM2, qui doit être transposée au droit français d'ici au 16 avril 2026, la règlementation applicable au private equity a été renforcée. Les sociétés de gestion et fonds d'investissement doivent désormais être agréés auprès de l'AMF pour obtenir le statut de société de gestion de portefeuille. Ces sociétés de gestion sont soumises à un certain nombre d'obligations, notamment en termes de communication et de lutte anti-blanchiment et de lutte anti-terrorisme.
Les différents types de fonds de private equity
Au sein des contrats d'assurance vie et de Plan épargne retraite (PER), il existe trois principaux types de fonds de capital investissement accessibles aux particuliers : les Fonds Commun de Placement à Risque (FCPR), les Fonds Commun de Placement dans l'Innovation (FCPI) et les Fonds d'Investissement de Proximité (FIP).
Les FCPR
Les fonds communs de placement à risque (FCPR) font partie des Organismes de placement collectifs en valeurs mobilières (OPCVM) et sont investis en titres d'entreprises non cotées en bourse à hauteur de 50% minimum.
L'investisseur peut prétendre, sous conditions, à une exonération fiscale sur les plus-values enregistrées à la sortie. Ainsi, seules les cotisations sociales de 17,20% sont dues sur les titres. Pour en bénéficier, l'épargnant doit toutefois s'engager à garder ses parts dans le fonds pendant 5 ans au minimum.
Les FCPI
Les Fonds Commun de Placement dans l'Innovation (FCPI) sont une catégorie très spécifique en private equity. Ces fonds permettent d'investir dans des entreprises des secteurs à forte composante technologique, à l'image de l'intelligence artificielle, ou scientifique. Pour être considéré comme un FCPI, au moins 70% des actifs du fonds sont investis dans des sociétés d'innovation.
La souscription de parts de FCPI donne droit à une réduction de l'impôt sur le revenu à hauteur de 25% des versements nets (après déduction des frais d'entrée) effectués entre le 1er janvier 2024 et le 31 décembre 2025. S'il s'engage à garder ses parts pendant au minimum 5 ans, l'épargnant peut bénéficier d'une exonération fiscale sur les plus-values. Ici encore, seules les cotisations sociales seront dues à la sortie. Pour bénéficier de cette exonération fiscale, l'investisseur ne doit par ailleurs pas détenir plus de 10% des parts du fonds ni plus de 25% des droits des bénéfices des sociétés détenues par le fonds.
Par ailleurs, la loi de finances 2025 a ouvert le droit à une réduction d'impôt à hauteur de 30% des versements nets effectués, plafonnés à 75 000 euros (150 000 euros pour un couple) pour les souscriptions de parts de FCPI investis majoritairement dans des titres de jeunes entreprises innovantes (JEI).
Les nouvelles conditions de la carotte fiscale de 25%
Les FIP
Les Fonds d'Investissement de Proximité (FIP) sont investis dans des PME régionales non cotées. Comme pour les FCPI, investir dans un FIP permet de bénéficier d'une réduction d'impôt correspondant à 18% des versements nets effectués depuis le 1er janvier 2024. Le plafond de versement s'élève à 12 000 euros (24 000 euros pour un couple) et la réduction d'impôt peut atteindre jusqu'à 3 000 euros pour une personne seule (6 000 euros pour un couple). Cette réduction s'élève à 30% pour les FIP Corse et outre-mer et à 25% pour les investissements effectués dans des entreprises solidaires d'utilité publique (ESUS).
Depuis le 1er janvier 2025, la réduction d'impôt de 18% pour les FIP métropolitains est supprimée. Il s'agit d'une nouveauté de la Loi de finances 2025. La réduction est toutefois maintenue pour les FIP investissant dans des sociétés situées en Corse ou en outre-mer et son taux majoré de 30% est conservé.
Les FCPI et les FIP sont deux catégories spécifiques de FCPR. Ils sont soumis à l'agrément de l'AMF et doivent donc être proposés par des sociétés de gestion également agréées par l'AMF.
Des rendements attractifs mais des frais conséquents
D'après France Invest, le private equity (en investissement en direct) affiche un rendement annuel moyen de 12,10% sur les quinze dernières années (à fin 2023), soit deux fois supérieur à celui du CAC 40. Si le private equity séduit par ses performances, les épargnants doivent rester vigilants sur les frais facturés pendant toute la durée de l'investissement.
La rentabilité de ces fonds peut être considérablement affectée par différents types de frais : frais d'entrée, de gestion annuelle, commissions diverses et pénalités de sortie anticipée.
Les coûts varient selon le type de fonds. Pour les fonds classiques de private equity (FCPR), les frais de gestion oscillent généralement entre 1,50% et 2% par an, auxquels peut s'ajouter une commission de performance (ou « carried interest ») qui s'élève à environ 20% sur les plus-values réalisées.
Pour les Fonds Communs de Placement dans l'Innovation (FCPI), les frais d'entrée peuvent atteindre 4% à 5% et les frais de gestion annuels sont fréquemment compris entre 3% à 4%. Sur une période de dix ans, ces derniers peuvent représenter entre 30% et 40% du capital investi. S'y ajoutent diverses commissions (mouvements, surperformance) et d'éventuels frais de sortie anticipée.
Pour les Fonds d'Investissement de Proximité (FIP), la réglementation de 2017 a imposé un plafonnement des frais totaux à 30% de l'investissement. En détail, les coûts supportés par l'investisseur sont limités à 12% durant les trois premières années, puis à 3% annuellement par la suite.
Le cas particulier du private equity dans l'assurance vie et le PER
Contrairement à l'investissement direct, l'enveloppe d'assurance-vie introduit une couche additionnelle de frais qui viennent éroder un peu plus la performance des fonds de private equity.
En tête, les frais de gestion annuels du contrat d'assurance-vie. S'ils varient selon les établissements, les frais de gestion s'établissent généralement autour de 1% en gestion libre. Par ailleurs, certains contrats appliquent une tarification majorée spécifiquement sur les unités de compte en private equity.
Côté performance, selon une récente étude de l'AMF, à fin 2023, les FCPR disponibles en assurance vie et PER qui investissent directement dans les sociétés non cotées affichent une performance annuelle de 2,40% depuis leur création. Les fonds d'investissement de proximité (FIP) et les fonds communs de placement dans l'innovation (FCPI) affichent respectivement un taux de rendement interne de -2,4% et -1,1%.
Par le biais d'une assurance vie ou d'un PER, une sortie anticipée est généralement possible. Toutefois, dans une logique de fidélisation à long terme, plusieurs assureurs imposent également des frais de pénalité en cas de rachat ou d'arbitrage avant l'échéance du fonds.
Les risques du private equity
La perte en capital
Les FCPR, FCPI et FIP présentent tous un risque important de perte en capital. L'épargnant peut donc perdre tout ou partie du capital investi. Sur l'échelle de risque (SRR) des unités de compte (UC) en assurance vie ou pour le plan d'épargne retraite, les fonds de Private Equity obtiennent une note comprise entre 3 et 7, selon les données de France Assureurs.
L'absence de liquidité
Dès lors que l'investissement est réalisé en direct ou par le biais d'un compte-titres ou d'un PEA, il existe un risque d'illiquidité. Les FCPI et les FIP sont des fonds dont la durée de vie oscille souvent entre 7 ou 8 ans et peut atteindre 10 ans. Or, il est impossible d'obtenir le rachat des parts détenues pendant la durée de vie du fonds. L'épargne placée est donc bloquée à court et moyen terme.
« Ce délai pouvant être prolongé si la société de gestion ne parvient pas à céder les titres des sociétés sur lesquelles elle a investi », précise l'Autorité des marchés financiers (AMF) dans une note dédiée.
Le risque de valorisation
Contrairement aux marchés boursiers, il n'existe pas de valorisation en continu. L'évaluation des actifs non cotés repose sur des méthodes internes et peut varier fortement. La valeur à la sortie peut alors être inférieure.
La nouvelle obligation en gestion pilotée
Depuis le 24 octobre 2025, une nouvelle obligation d'investissement est appliquée aux profils « équilibré » et « dynamique » en gestion pilotée de l'assurance-vie. Désormais, 4% de l'encours pour un mandat équilibré et 8% pour un profil dynamique sont investis dans des actifs non cotés.
Cette nouvelle obligation s'applique aussi aux plans d'épargne retraite (PER) en gestion profilée à horizon. Contrairement à l'assurance-vie, tous les profils sont concernés : « prudent », « équilibré » et « dynamique ». La part d'actifs non cotés des différents profils se réduit à l'approche de l'âge de départ à la retraite.
Profil prudent :
- 6% jusqu'à 20 ans avant la date de liquidation envisagée par le titulaire ;
- 4% jusqu'à 15 ans avant la date de liquidation envisagée par le titulaire ;
- 2% jusqu'à 10 ans avant la date de liquidation envisagée par le titulaire.
Profil équilibré :
- 8% jusqu'à 20 ans avant la date de liquidation envisagée ;
- 6% jusqu'à 15 ans avant la date de liquidation envisagée ;
- 5% jusqu'à 10 ans avant la date de liquidation envisagée ;
- 3% jusqu'à 5 ans avant la date de liquidation envisagée.
Profil dynamique :
- 15% jusqu'à 20 ans avant la date de liquidation envisagée ;
- 12% jusqu'à 15 ans avant la date de liquidation envisagée ;
- 9% jusqu'à 10 ans avant la date de liquidation envisagée ;
- 6% jusqu'à 5 ans avant la date de liquidation envisagée
Ce qui change pour vos contrats d'assurance vie et de plan épargne retraite
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Chloé FERRERE
Après une licence à l’ESJ Paris puis un master 2 en journalisme à l’IICP, Chloé Ferrere s’est rapidement tournée vers le secteur financier. Après... Lire la suite
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