3% : cest le pourcentage famélique de Français qui changent de banque principale chaque année, selon lestimation de lassociation de consommateurs UFC-Que Choisir (1). Ils sont pourtant à peine un sur quatre à recommander leur banque actuelle à un proche (2), signe dune faible satisfaction. Alors, pourquoi les Français changent-ils moins facilement de partenaire bancaire que les autres Européens (3) ? Pourquoi changent-ils plus facilement dassureur que de banque (4) ?
La réponse tient sans doute à un certain conservatisme français en matière dargent, à la part daffectif aussi qui peut lier un client à une enseigne souvent fréquentée depuis le plus jeune âge, à son agence du coin de la rue, à son conseiller Mais ces facteurs nexpliquent pas tout. De plus en plus fréquemment, des voix sélèvent pour dénoncer des freins persistants au changement de banque en France : des associations de consommateurs bien sûr, mais aussi des acteurs de lindustrie bancaire, qui regrettent le manque de concurrence sur le marché français (5).
10 ans de pression des pouvoirs publics
Il semble que peu à peu, ce point de vue ait été partagé par les pouvoirs publics. Depuis une dizaine dannée, les gouvernements successifs ont ainsi accentué la pression sur les banques, en leur imposant successivement de ne pas facturer la clôture des comptes de dépôts et des livrets, puis de fournir à leurs clients un service daide à la mobilité Plus récemment, le Comité consultatif du secteur financier (CCSF), organe regroupant des représentants des banques, des associations de consommateurs et des syndicats du secteur, a proposé la mise en place dun « contrat de mobilité », qui permettra à la nouvelle banque choisie par un client de se charger en son nom du pointage des opérations récurrentes sur son compte et des démarches de changement de domiciliation. La mesure pourrait même être intégrée à la loi Macron, qui arrive prochainement au Sénat.
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Sera-t-elle pour autant suffisante pour encourager les Français à changer ? Rien nest moins sûr. Dautres freins majeurs subsisteront encore, et notamment le transfert des produits dépargne - livrets réglementés, épargne logement, PEA et comptes-titres, assurance-vie - qui accueillent autour de 80% de lépargne financière des Français. A lheure actuelle, certains sont transférables, mais moyennant finance ; dautres ne peuvent tout simplement pas être transférés. Dans tous les cas, rien nest simple pour lusager.
PEL, CEL, PEA, compte-titres : un transfert possible, mais payant
Comme de nombreux Français, vous possédez un Plan épargne logement (PEL), un Compte épargne logement (CEL), un Plan dépargne en actions (PEA) ou encore un compte-titres ordinaire. Bonne nouvelle : pour tous ces produits, la réglementation prévoit la possibilité de transferts. Ce nest pas sans intérêt, puisquil permet de conserver tel quel les avantages acquis au fil du temps : des droits à prêt et à prime dEtat notamment pour le PEL et le CEL ; le taux acquis à louverture pour toute la durée de vie du PEL ; la date d'antériorité fiscale pour le PEA.
Ce transfert, toutefois, nest pas gratuit. La réglementation permet en effet aux banques de facturer ce service, sans fixer de plafond. Ainsi, au 1er mars 2015, sur les 122 enseignes distribuant des produits dépargne logement recensées dans notre comparatif des tarifs bancaires, 121 annonçaient faire payer ce transfert, 80,50 euros en moyenne (50 euros au minimum, 150 euros au maximum).
Payant également, le transfert dun PEA ou dun compte-titres ordinaire. Nous avons pris lexemple dun compte dont la valorisation atteint 10.000 euros, pour 5 lignes de titres détenues. Toujours selon notre comparatif, au 1er mars 2015, son transfert représentait un coût moyen de 114,40 euros pour un PEA (sur 95 banques affichant cette ligne tarifaire) et 102,80 euros pour un compte-titres (sur 122 banques). Pour le PEA, léchelle des prix va de 50 euros à 186 euros ; pour le compte-titres, de 25 à près de 300 euros. Il est toutefois à noter que certaines banques transforment ces frais de transfert en argument commercial, en offrant de les rembourser à leurs nouveaux clients.
Des produits non transférables : le cas des livrets réglementés
Transfert impossible, en revanche, pour les livrets réglementés, Livret A (6), Livret de développement durable (LDD) ou Livret dépargne populaire (LEP). Pour continuer à disposer de ces produits, il faudra commencer par les clore dans lancienne banque, avant de les réouvrir dans la nouvelle. Dans cet ordre : la réglementation interdit en effet de détenir plusieurs Livrets A ou plusieurs LDD simultanément. Après des années de laxisme en la matière - qui a notamment permis au taux de détention de Livret A de dépasser les 100% dans certaines régions - les banques ont depuis le 1er janvier 2013 lobligation de vérifier, avant douvrir un Livret A à un client, quil nen possède pas par ailleurs.
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Cette impossibilité de transférer, au final, porte peu préjudice au client. Le seul avantage attaché à ces produits est en effet labsence de fiscalité sur les intérêts. Contrairement au PEL, la date douverture ne conditionne pas leur rendement, qui varie au gré de lévolution de linflation et des taux interbancaires. Par contre, il faut se souvenir quun client disposant dun Livret A ou dun LDD dépassant le plafond légal de versement (22.950 euros pour le Livret A, 12.000 euros pour le LDD) grâce aux intérêts capitalisés, ne pourra placer lintégralité de la somme récupérée sur son nouveau compte.
La nécessaire gymnastique douverture puis de fermeture complique toutefois lopération. Les délais de prise en compte des demandes par les banques sont généralement de plusieurs semaines, et nécessitent de fournir à nouveau lensemble des justificatifs.
Assurance-vie : attention au transfert !
Autre produit très apprécié des Français et tout aussi impossible à transférer : lassurance-vie. Là encore, si vous souhaitez que votre contrat vous suive dans votre nouvelle banque - ou plus précisément chez l'assureur avec lequel elle travaille, qui est parfois une filiale - il faudra clore puis rouvrir. Mais contrairement au Livret A, cette opération ne sera pas sans conséquence.
Tout dabord, les conditions de rémunération, de frais, de mode de gestion varient selon les assureurs, et vous ne retrouverez donc pas forcément le même produit, ni le même service. Ensuite et surtout, le fait de fermer puis de rouvrir votre assurance-vie fera repartir à zéro le compteur des années de détention permettant, au bout de huit ans, de bénéficier dune fiscalité optimale sur les rachats. Mieux vaut donc réfléchir à deux fois avant de passer à lacte.
La situation pour ces produits « intransférables » pourrait toutefois saméliorer prochainement. En même temps quil dévoilait son avis sur le « contrat de mobilité », le CCSF a en effet annoncé quil allait examiner « dans les meilleurs délais, et en tout état de cause avant la fin de lannée 2015, les conditions de transfert des services et produits attachés au compte bancaire » et notamment des produits dépargne. Affaire à suivre.
(1) Dans l'étude « Mobilité bancaire, mythes et réalités », publiée en décembre 2014. Lire à ce propos : Changer de banque : l'UFC-Que Choisir dénonce des freins persistants
(2) Selon une étude du cabinet Bain & Company datant de 2013.
(3) Selon la même étude UFC-Que Choisir, le taux de mobilité moyen en Europe était de 10% en 2010.
(4) Toujours selon UFC-Que Choisir, qui cite la FFSA comme source, le taux mobilité annuel serait de 15,7% en assurance auto, de 11,8% en assurance habitation et de 17% en assurance santé individuelle.
(5) Cest le cas de Benoît Legrand, le patron dING France, qui sapprête à publier le 9 avril prochain un ouvrage baptisé « Changeons la banque ! », dans lequel il appelle notamment à favoriser la concurrence.
(6) En 2009, à la suite de la généralisation de sa distribution à toutes les banques, un arrêté a autorisé le transfert, automatique, gratuit et en 2 semianes, des Livrets A. Cet arrêté s'est éteint le 31 décembre 2012, et le système n'a pas été pérennisé.












