Pourfendeur de l'ISF en 2018, au profit de l'IFI, Emmanuel Macron n'a pas affiché de volonté de revenir sur son choix. Son adversaire au second tour de l'élection présidentielle, Marine Le Pen, veut, elle, donner une nouvelle vie à l'impôt sur la fortune, mais dans une version allégée.

C'est une des réformes fiscales majeures du quinquennat en train de s'achever, sans doute aussi une des plus controversées. Dès son arrivée au pouvoir, en 2017, Emmanuel Macron a signé l'arrêt de mort de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), pour le remplacer par un Impôt sur la fortune immobilière (IFI), à l'assiette beaucoup plus restreinte. Il s'applique, en effet, aux ménages aisés dont la valeur nette taxable du patrimoine immobilier dépasse 1,3 million d'euros, après déduction des dettes et d'un abattement de 30% sur la valeur de la résidence principale. Mais il en exclut les actifs financiers (actions, obligations, etc.), ainsi que certains biens professionnels.

Un choix justifié à l'époque par la nécessité de flécher les investissements vers le secteur productif, et « tout particulièrement dans les PME et les ETI familiales » promettait à l'époque Emmanuel Macron, plutôt que vers l'immobilier. Le président de la République n'a pourtant pas jugé bon d'imposer de contreparties aux ménages concernées par la réforme. Une manière aussi de freiner le supposé exode des fortunes françaises vers des pays à la fiscalité plus conciliante. D'où cette image de « cadeau » fait aux riches.

Quatre ans plus tard, cette stratégie n'a eu que peu d'effets mesurables, estimait en octobre dernier un rapport de France Stratégie, organisme chargé de conseiller le gouvernement.

Impôts : Macron a-t-il eu raison de supprimer l'ISF ?

Marine Le Pen promet un IFF

Cela explique sans doute pourquoi le retour de l'ISF avait le vent en poupe chez les candidats au premier tour de la présidentielle, qui a rendu son verdict dimanche dernier. Neuf candidats promettaient, en effet, le retour d'une large taxation du patrimoine des grandes fortunes. Parmi eux, l'ensemble des candidats marqués à gauche, mais aussi Marine Le Pen.

Dans son programme de 1er tour, la candidate du Rassemblement National (RN), qualifiée avec un peu plus de 23% des suffrages exprimés, a annoncé la mise en place d'un impôt sur la fortune financière (IFF). Le barème utilisé serait semblable à celui de l'ancien ISF, en vigueur jusqu'en 2017. A l'époque, le dispositif concernait les patrimoines dont la valeur nette taxable dépassait 1,3 million d'euros. Les ménages concernés étaient alors taxés à partir de 800 000 euros, à un taux progressant de 0,5%, entre 800 000 euros et 1,3 million d'euros, à 1,5% au-delà de 10 millions d'euros.

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Le périmètre retenu, en revanche, serait différent. Marine Le Pen affiche, en effet, son intention d'en exclure la « résidence principale ou unique ». Ce 2e cas de figure concerne les ménages qui détiennent un bien qu'ils n'habitent pas en permanence et qui sont par ailleurs locataires de leur résidence principale. Les biens achetés en vue de dégager un loyer seraient, eux, inclus dans l'IFF.

D'autres actifs, pourraient y échapper : les biens professionnels, d'abord, notamment agricoles, ainsi que les œuvres d'art détenues depuis plus de 10 ans et les monuments classés ou inscrits aux Monuments historiques, expliquait en décembre dernier la candidate d'extrême-droite au Parisien.

Emmanuel Macron, statu quo... pour l'instant ?

Egalement qualifié pour le second tour avec près de 28% des suffrages exprimés dimanche dernier, Emmanuel Macron n'a pas affiché de volonté d'apporter des modifications à « son » IFI. Le candidat libéral a toutefois laissé entendre qu'il pourait apporter des inflexions à son programme dans l'entre-deux-tours, afin notamment de faciliter le report sur son nom des électeurs marqués à gauche. L'ISF en fera-t-il partie ? Dans l'immédiat, le président sortant n'a ouvert la porte qu'à un aménagement de son projet de porter à 65 ans l'âge légal de départ à la retraite. Affaire à suivre.