Les circonstances exceptionnelles liées à l’épidémie de Covid-19 ont conduit à une explosion du télétravail en 2020. A ce titre, des millions de salariés sont susceptibles d’avoir engagé des frais supplémentaires pour travailler depuis leur domicile. En contrepartie, certains ont reçu des allocations spécifiques de la part de leur employeur. Dans ce contexte, que devez-vous indiquer au fisc dans la déclaration de revenus 2020 ?

C’est une révolution qui peut avoir des conséquences directes sur votre déclaration de revenus. Avec la crise sanitaire, des millions d’actifs ont basculé du jour au lendemain en télétravail dès mars 2020. Mais l’impact financier n’est pas neutre pour les personnes concernées. Entre les frais de chauffage, d’électricité, de fournitures dédiées (mobilier, casque, imprimante….), ou encore de café, la facture mensuelle varie entre 13 et 186 euros par mois, selon une étude du cabinet ConvictionsRH.

Si le ministère du Travail rappelle que « le télétravail ne doit pas représenter un coût pour le salarié », dans la pratique, c’est plus compliqué. Un vrai casse-tête pour les contribuables au moment où il faut déclarer ses revenus 2020 au plus tard d'ici début juin. Voici les différents cas de figure pour déclarer, ou pas, vos frais de télétravail.

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L’allocation forfaitaire de mon employeur est inférieure au plafond

Le gouvernement a annoncé début mars des mesures spécifiques pour le traitement fiscal des frais professionnels engagés en 2020 au titre du télétravail. En effet, certains employeurs ont pu verser une somme forfaitaire à leurs salariés pour qu’ils s’équipent à leur domicile. Dans le détail, pour un jour de télétravail par semaine, ces indemnités sont exonérées au minimum à hauteur de 10 euros par mois. Pour cinq jours de télétravail par semaine, elles sont donc exonérées à hauteur de 50 euros par mois. Lorsque le nombre hebdomadaire de jours de télétravail varie au cours du mois, l’allocation mensuelle est exonérée à hauteur de 2,50 euros par jour de télétravail. Au maximum, l’allocation forfaitaire est exonérée dans la limite annuelle de 550 euros.

Le montant du revenu imposable prérempli sur la déclaration de revenus ne devrait pas, en principe, inclure de telles allocations. Mais mieux vaut vérifier que c’est bien le cas. « Les salariés pourront s’en assurer au moment de déclarer leurs revenus 2020, en vérifiant les montants préremplis par rapport à leurs bulletins de paie (ou l’attestation fiscale annuelle délivrée par leur employeur) », précise Bercy.

Vos revenus et avantages qui échappent à la déclaration

L’allocation forfaitaire dépasse le maximum autorisé

Si l’employeur a versé une allocation d’un montant supérieur pour le télétravail afin de couvrir des dépenses du salarié qui peuvent être justifiées, idem, « il est établi qu’elle a été entièrement utilisée conformément à son objet. Elle est, à ce titre, exonérée », explique le fisc dans une brochure qu'il vient de publier sur les frais de télétravail à domicile. En revanche, dans le cas où l’employeur a versé une allocation dépassant le plafond et que vous n’êtes pas en mesure de justifier les dépenses au-delà de cette limite, il faudra alors reporter ce surplus dans la case 1AJ « Traitements et salaires » de la déclaration de revenus.

De la théorie à la pratique

Voici un exemple donné par le fisc. Au titre de l’année 2020, M. X a perçu des traitements et salaires pour 60 000 euros et une allocation forfaitaire de son employeur d’un montant de 800 euros (80 euros par mois pendant dix mois) destinée à couvrir ses frais professionnels de télétravail à domicile. En effet, il a effectué 5 jours de télétravail par semaine à compter du 1er mars 2020.

L'allocation perçue par Monsieur X est exonérée pour la partie réputée utilisée conformément à son objet, soit à hauteur de 500 euros, le surplus de 300 euros devant être déclaré en rubrique 1AJ soit 60 300 euros au total. En revanche, si M. X est capable de prouver que la totalité des 800 euros versés lui ont servi à couvrir, justificatifs à l'appui, des frais professionnels, il n'a pas à reporter le surplus en case 1AJ et laisse 60 000 euros.

Mes frais de télétravail n’ont pas été indemnisés par l’employeur

Dans les faits, de nombreux salariés n’ont, soit pas été indemnisés du tout par l’employeur pour les frais de télétravail, soit en partie seulement. Dans ce cas là, il y a 2 options :

Option 1 : Vous considérez que les frais de télétravail n’ont pas été trop élevés et que du coup, il est préférable d’opter pour la déduction forfaitaire de 10% de vos revenus. En effet, le fisc ne calcule pas l'impôt sur le revenu directement sur les salaires déclarés. Il applique par défaut un abattement de 10% sur les revenus professionnels pour prendre en compte notamment les frais de déplacements du domicile au lieu de travail, les frais de restauration sur le lieu de travail ou encore l’achat de documentation personnelle non fournie par l'employeur. Pour chaque salarié, le montant de la déduction de 10% s'élève au minimum à 442 euros (sauf si la rémunération déclarée est inférieure), et au maximum à 12 652 euros.

Exemple : si 20 000 euros sont inscrits en case 1AJ, 2 000 euros de revenus sont considérés comme des frais professionnels et le fisc calculera l'impôt sur la base de 18 000 euros. L’abattement de 10% étant la solution par défaut, vous n’avez rien à faire pour qu’il soit pris en compte.

Option 2 : Vous estimez que les frais de télétravail non pris en charge ont été particulièrement élevés et que vos frais professionnels sur l’ensemble de l’année 2020 sont supérieurs à ce que représente l’abattement de 10%. Dans ce cas, vous pouvez optez pour la déclaration aux frais réels qui doivent être indiqués ligne 1AK à 1DK. C’est barbant, mais potentiellement plus avantageux.

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« Lorsque le salarié opte pour la déduction des frais réels et justifiés, les frais liés au télétravail à domicile peuvent être déduits à hauteur des montants retenus pour l’exonération de l’allocation forfaitaire. Toutefois, les frais réels peuvent être déduits pour leur montant exact si cela est plus favorable », précise le fisc. Concrètement, si vous avez reçu une allocation forfaitaire qui ne dépasse pas 550 euros, le plafond d'exonération sans justificatif, vous n’avez pas à la mentionner. En revanche, si vous indiquez des frais liés au télétravail supérieurs à ce plafond, là, il faudra ajouter le montant de l'allocation perçue à vos traitements et salaires. Vous pourrez alors déduire les frais liés au télétravail à domicile et les autres frais réels.

En l'absence d’allocation spéciale de l’employeur, vous pouvez déduire vos frais de télétravail à hauteur de 550 euros durant l’année. Si cela est plus favorable, il est bien sûr possible de déduire ces frais pour leur montant exact.

« Cette année, les contribuables vont potentiellement devoir faire plus attention aux choix entre l’abattement automatique de 10% sur les revenus et la déduction aux frais réels. Certains pourraient préférer les frais réels car les dépenses engagées pour le télétravail ont été importantes. A l’inverse, d’autres qui optaient jusqu’ici pour les frais réels notamment au regard du nombre de kilomètres parcourus pour se rendre avec leur véhicule au travail pourraient avoir intérêt à profiter cette année de l’abattement de 10% s’ils se sont moins déplacées en 2020 avec le télétravail », explique Maxime Ravinet, fiscaliste au sein du cabinet LRK.

Attention, si vous optez pour les frais réels, il faut bien garder tous les justificatifs pendant 3 ans pour les présenter au fisc en cas de demande. « Les dépenses doivent être, en principe justifiées à l’euro près et doivent être en rapport avec les obligations professionnelles, », rappelle Maxime Ravinet.

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Quels frais de télétravail pouvez-vous déduire pour la déclaration aux frais réels ?

Interrogé par MoneyVox, le fisc précise qu’une note détaillée, le document n° 2041 GP millésime 2021, va être publiée dans les prochains jours. En attendant, voici dans les grandes lignes, ce qu’il sera possible de déduire selon le Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP) :

  • Frais de communication (autres que les frais de téléphone portable) : frais d’abonnement, de souscription à une offre internet, de fonctionnement de téléphonie fixe ;
  • Frais de téléphone portable : frais d’abonnement, de communication et d’acquisition de téléphone portable ;
  • Frais de fournitures et d’imprimés cartouches d’encre, ramettes de papier ;
  • Dépenses d’acquisition de mobilier et matériel informatique pour les besoins de l’activité professionnelle ;
  • Frais de déplacement entre le domicile et le lieu de travail (avec justification de la nécessité des déplacements entre le domicile et le lieu de travail) ;
  • Frais liés à l’utilisation d’un local privé, frais d’électricité, d’eau, de chauffage, d’assurance habitation, de diagnostic de conformité électrique, impôts locaux. Les frais doivent être calculés au prorata de la surface utilisée à titre professionnel par rapport à la surface totale du logement (pour un studio : 50% de sa surface) et au prorata du temps de travail télétravaillé.

Ces frais non déductibles

Le fisc précise bien qu’en cas de déclaration de revenus aux frais réels, « aucun frais de repas n’est admis en déduction pour les jours télétravaillés », ni aucune « déduction des frais de garde d’enfants au titre des frais professionnels y compris lorsque les deux parents télétravaillent ».