Remplir sa déclaration de revenus quand on est indépendant est loin d'être un exercice anodin. Contrairement à un salarié dont les revenus sont préremplis et les cotisations calculées automatiquement, le travailleur indépendant doit jongler entre sa comptabilité d'entreprise et sa déclaration personnelle. Un écart de rémunération mal reporté, une dépense déduite deux fois, un loyer non déclaré : les erreurs sont nombreuses et peuvent avoir des conséquences financières importantes. Florian Billaud, directeur de bureau associé chez Amarris, revient sur les principaux pièges à éviter.
Auto-entrepreneurs, indépendants : comment bien remplir votre déclaration de revenus aux impôts
Déclarer le mauvais montant de rémunération
C'est l'une des erreurs les plus fréquentes chez les gérants TNS. Contrairement à un salarié dont la rémunération est transmise automatiquement à l'administration via la DSN, le gérant TNS doit lui-même reporter son revenu sur sa déclaration. Or « le revenu déclaré ne correspond pas toujours au montant réellement prélevé dans l'année », explique Florian Billaud.
Une prime provisionnée dans les comptes de l'exercice en cours mais versée l'année suivante, des cotisations complémentaires à réintégrer dans la base imposable : autant de décalages qui peuvent fausser la déclaration sans que l'entrepreneur s'en rende compte. Les conséquences ne se limitent pas à l'impôt : c'est ce montant déclaré qui sert de base au calcul des cotisations Urssaf. Un écart peut donc entraîner des régularisations douloureuses.
Confondre frais professionnels et frais personnels
Les indépendants ont également du mal à « savoir isoler les dépenses qui sont vraiment professionnelles des dépenses qui sont personnelles ». Le trajet domicile-travail en est l'exemple classique : contrairement à ce que beaucoup pensent, il ne donne pas droit à des indemnités kilométriques professionnelles, passées en charge de l'entreprise. Il relève de la déclaration de revenus personnelle, comme pour un salarié.
Autre piège classique : déduire la totalité d'un abonnement téléphonique ou internet sans isoler la part à usage personnel. « Certains de nos clients déduisent le coût de leur box et tous les abonnements vidéo qu'ils paient, parce que tout est facturé en même temps par l'opérateur », constate l'expert.
Déduire deux fois les mêmes frais
Un indépendant au régime réel ne peut déduire une dépense qu'une seule fois. À l'impôt sur le revenu, elle s'impute soit sur le résultat professionnel, soit sur le revenu personnel. À l'impôt sur les sociétés, elle s'impute uniquement sur le résultat de la société. Florian Billaud cite en exemple le plan d'épargne retraite.
Lorsqu'un dirigeant effectue des versements sur un PER, ceux-ci sont généralement déjà passés en charges dans la comptabilité de l'entreprise. Or les organismes gestionnaires de PER transmettent bien souvent cette information à l'administration fiscale, qui peut ensuite préremplir automatiquement la case de déduction des versements sur la déclaration de revenus personnelle. Si l'indépendant ne la supprime pas, il déduit deux fois la même somme. Les pénalités peuvent alors s'accumuler rapidement, surtout si l'erreur remonte à plusieurs années.
Oublier de déclarer le loyer du bureau en revenus fonciers
Même logique, mais dans l'autre sens : certains indépendants oublient de déclarer des revenus perçus via leur entreprise. « C'est par exemple le cas du loyer de bureau : « L'indépendant le perçoit, mais ne pense pas à le déclarer en revenus fonciers », souligne Florian Billaud.
Certains entrepreneurs travaillant à domicile établissent en effet un bail entre eux-mêmes et leur entreprise pour facturer l'usage d'une pièce. Une pratique tout à fait légale, qui permet de faire rentrer des revenus non soumis à cotisations sociales. Mais ces sommes doivent impérativement être déclarées sur la déclaration personnelle, or « beaucoup passent à côté en pensant que la déduction dans l'entreprise suffit. »
D'autres oublis du même ordre reviennent régulièrement : ne pas déclarer les avantages en nature, les dividendes perçus d'une société étrangère ou encore les plus-values réalisées lors de la cession de matériel professionnel.
Des erreurs qui peuvent coûter cher
En cas d'erreur dans la déclaration, l'administration fiscale applique une pénalité de 10% sur les sommes non déclarées. Si elle estime que le contribuable est de mauvaise foi, ce taux monte à 60%. Des sanctions qui peuvent rapidement peser lourd, surtout si l'erreur est répétée.
Alors, comment limiter les risques ? Même si ce n'est pas obligatoire, prendre un expert-comptable reste conseillé dès lors qu'on est au régime réel. Comptez entre 80 et 200 euros par mois selon les besoins. Un coût à relativiser, rappelle l'expert : ces honoraires sont eux-mêmes déductibles du résultat de l'entreprise.
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