Olivier Challan Belval est médiateur national de lénergie depuis le 25 novembre 2019 et pour 6 ans
Olivier Challan Belval, quelles sont les missions du médiateur national de lénergie ?
Olivier Challan Belval : « Sa première mission est dinformer le consommateur sur ses droits en matière de fourniture délectricité et de gaz. Il dispose pour cela dun site web, qui a permis de renseigner deux millions de personnes lan dernier, ainsi que dun numéro vert, pour celles et ceux qui préfèrent parler à quelquun. Le médiateur national met également à disposition des consommateurs, toujours sur internet, un comparateur doffres délectricité et de gaz. Celui-ci est totalement neutre et indépendant, à la différence dautres comparateurs dont le modèle économique consiste à mettre en avant certains fournisseurs plutôt que dautres, en échange de commissions. Il sagit dun outil très utile, dans le contexte de louverture des marchés, et en vue notamment de la fin des tarifs réglementés de vente du gaz, à horizon 2023 pour les particuliers. »
Votre rôle est également daider le consommateur à trouver une solution équitable lorsquun litige loppose à son fournisseur dénergie Ces litiges sont-ils fréquents ?
Olivier Challan Belval : « Oui, et ils le sont de plus en plus : +30% en 2019, ce qui est préoccupant. Je constate que nous sommes fréquemment saisis pour des litiges simples, quune entreprise correctement organisée devrait être capable de régler par elle-même, en quelques jours. Un exemple : nous avons demandé au fournisseur ENI dindemniser un de ses clients de la somme de 50 euros. Il en a accepté le principe, mais 6 mois plus tard, lindemnité na toujours pas été versée. Ce genre de dysfonctionnement arrive trop fréquemment. »
Le nom dENI semble revenir souvent ?
« ENI est dans le déni »
Olivier Challan Belval : « Effectivement, il sagit du fournisseur qui génère le plus de litiges. Je men suis entretenu avec eux, avec fermeté. Malheureusement, ENI, sans faire de jeu de mots, est dans le déni et a tendance à relativiser ses problèmes. »
Y a-t-il, plus généralement, un problème avec la qualité de service des fournisseurs dénergie ?
Olivier Challan Belval : « Certains dentre eux semblent en effet avoir de gros soucis dorganisation, et pas seulement des petits fournisseurs : ENI, par exemple, est une grosse société. Heureusement, si vous nêtes pas content de votre fournisseur, vous avez aujourdhui la possibilité den changer : cest un des avantages de louverture des marchés. »
Justement, que peut-on conseiller au consommateur qui souhaite changer de fournisseur ?
Olivier Challan Belval : « Prendre le temps de se renseigner, de comparer les offres et de ne rien signer avant cela. Il ny a pas durgence à changer. Il faut y réfléchir. »
Quel est le litige qui revient le plus souvent ?
Olivier Challan Belval : « La contestation des niveaux de consommation facturés représentait environ 30% des plus de 16 000 litiges que nous avons reçus en 2018. Cest un bon exemple de souci quun fournisseur bien organisé devrait être capable de régler sans que cela ne remonte jusquau médiateur. Ce problème intervient généralement à loccasion dun changement de fournisseur, parce que ce dernier fait léconomie denvoyer quelquun pour relever le compteur de son futur ex-client et sappuie sur une estimation de consommation, qui est très souvent contestée. Il faut convaincre les fournisseurs de bannir cette pratique et de sappuyer, au moins, sur un auto-relevé par lusager. Heureusement, la généralisation du compteur communicant Linky va régler ce problème. »
Justement, y a-t-il des litiges spécifiquement liés à Linky ?
« Linky permet de consommer plus intelligemment »
Olivier Challan Belval : « Très peu. Il arrive que certains abonnés sétonnent du niveau de leur consommation après linstallation du nouveau compteur. Mais cest parce que lancien compteur avait tendance à sous-estimer leur consommation : Linky rétablit la réalité. Plus généralement, le compteur communicant annonce une petite révolution en matière de consommation électrique, qui va permettre de mieux adapter les contrats à la réalité des besoins des usagers et les inciter à consommer plus intelligemment et plus écologiquement. »
Le top des litiges les plus courants
En attendant la publication de lédition 2019, le rapport annuel 2018 du médiateur national de lénergie permet de se faire une idée des litiges les plus courants. La contestation des niveaux de consommation facturés représente ainsi 29% des saisines. Vient ensuite la résiliation inexpliquée (11%), qui intervient à la suite dune erreur ou dune démarchage frauduleux, les problèmes de paiements et de règlements (10%), de tarification et de prix (10%), de raccordement et de réseaux (8%). Les litiges concernant les pratiques commerciales, généralement des démarchages à domicile frauduleux, représente également 8% du total.
Vous avez récemment plaidé pour une interdiction du démarchage à domicile. Pourquoi ?
« Au moins 60 000 usagers abusés »
Olivier Challan Belval : « Tout simplement parce que les litiges liés à ces démarchages ont explosé en 2019. Nous avons enregistré près de 1 900 saisines sur le sujet, mais ce nest que la partie émergée de liceberg : nous estimons quil y a environ une saisine pour 30 cas dans la réalité, ce qui signifie que 60 000 consommateurs, au bas mot, ont été abusés par des démarchages frauduleux. Cest intolérable. Louverture des marchés crée une opportunité pour les fournisseurs, qui veulent logiquement capter un maximum dabonnés. Mais je ne peux pas accepter, en tant que médiateur, que cela se fasse aux dépens du consommateur. »
Lire aussi : Gaz et électricité : le médiateur réclame l'interdiction du démarchage à domicile
Comment régler le problème, concrètement ?
Olivier Challan Belval : « La meilleure solution, je pense, serait dinterdire le démarchage pendant toute la période couvrant la fin des tarifs réglementés de vente, qui va contraindre des millions dusagers à changer doffre. Cest possible, et même conforme au droit communautaire, qui permet de prendre ce genre de mesures dans lintérêt des consommateurs. A défaut, il faut l'encadrer très strictement.
Quelle forme doit prendre cet encadrement ?
Olivier Challan Belval : « Il faut a minima que les fournisseurs recontactent systématiquement les personnes démarchées, pour sassurer quelles ont bien compris ce quelles avaient signé et leur rappeler quelles disposent dun délai pour se rétracter. Cela représente un coût supplémentaire pour les fournisseurs, mais cest le prix à payer pour établir la confiance. Mais jai proposé daller plus loin, en interdisant tout simplement aux commerciaux de recueillir sur le champ la signature du démarché, qui pourrait intervenir dans un second temps, à tête reposée. »
Avez-vous eu des retours depuis cette prise de position ?
« Les fournisseurs favorables à un encadrement »
Olivier Challan Belval : « Oui, jen ai eu beaucoup, tous très favorables. Des parlementaires mont appelé, notamment un vice-président de lAssemblée qui considère que ces démarchages frauduleux sont une véritable plaie. Certains fournisseurs sont également favorables à lidée dencadrer le démarchage à domicile, moins de linterdire. Ils font remarquer que cest le démarchage qui leur apporte une bonne partie de leurs nouveaux clients, et quil est donc très important si lon veut ouvrir efficacement le marché. »
Le sujet nécessite-t-il une loi ?
Olivier Challan Belval : « Oui, il y a clairement des dispositions législatives à prendre. Cela pourrait aller très vite, nous avons déjà commencé à travailler sur le texte. »
A consulter : le comparateur partenaire électricité et gaz



















