Acheter un logement après avoir traversé un cancer du sein ? Pendant longtemps, le projet pouvait se heurter à un obstacle de taille : l'assurance emprunteur. Car si cette couverture n'est pas légalement obligatoire, les banques l'exigent dans la quasi-totalité des crédits immobiliers. Et pour les personnes ayant été atteintes d'un cancer, la souscription peut s'accompagner de surprimes, d'exclusions de garanties, voire d'un refus d'assurance.
Une situation qui évolue progressivement. À l'occasion d'Octobre rose, mois consacré à la sensibilisation au cancer du sein, plusieurs dispositifs méritent d'être rappelés. Depuis 2022, la loi Lemoine facilite l'accès à l'assurance emprunteur pour les personnes ayant connu des problèmes de santé. Et certains assureurs vont désormais plus loin, en proposant des contrats sans surprime ni exclusion liée à la maladie, dès la fin des traitements actifs.
Jusqu'à 200 000 euros sans questionnaire médical
C'est l'une des principales avancées de la loi Lemoine. Depuis le 1er juin 2022, les emprunteurs n'ont plus à remplir de questionnaire de santé lorsqu'ils remplissent deux conditions : la part assurée de leurs crédits immobiliers ne dépasse pas 200 000 euros par personne et le remboursement intervient avant leur 60e anniversaire.
Concrètement, une personne ayant été atteinte d'un cancer du sein peut donc souscrire une assurance emprunteur sans avoir à communiquer ses antécédents médicaux, à condition de respecter ces critères. L'assureur ne peut pas non plus exiger d'examen médical.
Pour un couple, cela signifie qu'un crédit de 400 000 euros peut, par exemple, bénéficier de cette suppression du questionnaire si chacun assure 200 000 euros et si les conditions d'âge sont respectées.
Autre protection : le droit à l'oubli. Depuis la loi Lemoine, les personnes ayant été atteintes d'un cancer ou d'une hépatite virale C n'ont plus à déclarer cette maladie lorsque leur protocole thérapeutique est terminé depuis au moins cinq ans, sans rechute, et que leur contrat d'assurance prend fin avant leur 71e anniversaire.
Avant cette réforme, le délai de droit commun était de dix ans. Pour les personnes ne remplissant pas encore ces conditions, la convention AERAS, destinée à faciliter l'accès à l'assurance et à l'emprunt en cas de risque aggravé de santé, peut également permettre de bénéficier de conditions plus favorables, notamment pour certaines formes de cancer du sein.
Des assurances sans surprime dès la fin des traitements
Mais certains assureurs ont décidé d'aller au-delà de ces obligations légales. C'est notamment le cas de CNP Assurances, qui a annoncé dès mars 2024 la suppression des surprimes et des exclusions de garanties liées au cancer du sein pour les personnes ayant terminé leur protocole thérapeutique actif.
L'engagement concerne les contrats collectifs d'assurance emprunteur proposés par ses partenaires, notamment La Banque Postale, les Caisses d'Epargne, ou les Banques Populaires. Les personnes concernées peuvent bénéficier des conditions standards sans attendre les cinq années prévues par le droit à l'oubli, y compris lorsqu'elles poursuivent certains traitements d'entretien ou de prévention de la récidive, comme une hormonothérapie.
Plus récemment, en février 2026, BNP Paribas Cardif a également annoncé proposer son contrat Cardif Libertés Emprunteur sans surprime ni exclusion liée au cancer aux personnes ayant surmonté un cancer du sein, de la prostate ou des testicules. Cette possibilité s'applique dès la fin des traitements actifs, en l'absence d'autre pathologie, pour des emprunts allant jusqu'à un million d'euros.
Ces initiatives peuvent donc permettre à certaines anciennes malades d'obtenir une couverture à des conditions plus avantageuses, sans attendre de bénéficier du droit à l'oubli. Elles ne constituent toutefois pas un droit généralisé à l'assurance : leurs modalités dépendent des contrats et des critères fixés par chaque assureur.
Une meilleure prise en charge pendant la maladie
Les évolutions ne concernent pas uniquement les personnes ayant déjà surmonté un cancer. Certains contrats proposent également des garanties supplémentaires pour accompagner les assurés confrontés à la maladie pendant le remboursement de leur crédit.
BNP Paribas Cardif prévoit ainsi, dans son contrat Cardif Libertés Emprunteur, la prise en charge du coût d'un test génomique, dans la limite de 3 000 euros et selon les conditions contractuelles. Prescrit dans certaines situations de cancer du sein, ce test permet d'évaluer le risque de récidive et d'aider les médecins à déterminer si une chimiothérapie est nécessaire. Une avancée évoquée par Christophe Boiché, directeur des assurances chez Meilleurtaux, interrogé par MoneyVox. Il souligne que cette prise en charge intervient au cours de la vie du contrat, et non lors de la souscription de l'assurance.
De quoi rappeler que le choix d'une assurance emprunteur ne doit pas reposer uniquement sur son tarif. Les garanties proposées, leurs exclusions et les conditions d'indemnisation restent essentielles, notamment lorsqu'un problème de santé entraîne une incapacité de travail.
Car si les progrès sont réels, l'accès à l'assurance emprunteur après un cancer n'est pas encore totalement uniforme. Comparer plusieurs contrats et vérifier les dispositifs auxquels on peut prétendre demeure donc indispensable avant de signer son crédit immobilier.


















