La saison des annonces de rendements des fonds euros a atteint un pic, mardi, avec la conférence de presse de l’Afer, un des plus gros acteurs du marché. Premier bilan avec un spécialiste de la question, Cyrille Chartier-Kastler, patron de l’agence Facts & Figures, qui évoque notamment les politiques de taux des assureurs et les perspectives pour 2014.

Cyrille Chartier-Kastler, en avril 2013 vous anticipiez un rendement moyen 2013 des fonds euros compris entre 2,50% et 2,60%. Au final, cela sera un peu plus, non ?

« Oui, le rendement moyen 2013 a toutes les chances de se situer plutôt autour de 2,70%. Toutes les annonces, jusqu’ici, se situent au-dessus de ce chiffre, parfois très nettement, mais il y a un effet trompeur : les compagnies communiquent toujours sur leurs meilleurs taux. Les contrats moins bien rémunérés, qui sont souvent ceux dont les encours sont les plus importants, n’ont pas encore été annoncés. Ce qu’il faut regarder pour chaque contrat, c’est l’écart avec 2012. Et là, on constate fréquemment des baisses de l’ordre de 0,20 pt. »

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Qu’est-ce qui explique, néanmoins, que les assureurs aient réussi à sauver les meubles, dans un contexte économique pourtant peu favorable ?

« La collecte nette 2013 n’a pas été très élevée, de l’ordre de 12 à 13 milliards d’euros, ce qui a permis de limiter la dilution des portefeuilles de placements. Dans le contexte actuel, le gestionnaire de fonds qui bénéficie d’une collecte nette positive va investir ces nouveaux fonds soit sur des OAT (1) 10 ans, qui rapportent environ 2,40%, soit sur des obligations corporate, entre 3 à 3,20%. Une fois les frais de gestion et sa marge retiré, on obtient un rendement très faible, de l’ordre de 2%. C’est pourquoi, à l’heure actuelle, un assureur qui ne fait pas, ou peu, de collecte nette a plus de chances d’afficher un bon taux. »

Autre élément d’explication : la bonne tenue des marchés actions…

« Effectivement, le CAC 40 a progressé de près de 18% en 2013, à l’image d’autres grands indices. Les marchés américains se portent bien, également. Du coup, certains assureurs, qui ont entre 10 et 12% d’actions dans leur fonds euros, ont réalisé des plus-values qui auraient pu leur permettre de servir des taux bien supérieurs à 2012. Mais ce n’est pas le choix qu’ils ont fait. »

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Pourquoi ?

« La remontée des marchés actions n’aura pas lieu chaque année ! Les assureurs n’étant obligés de reverser aux assurés l’intégralité de leur rendement financier, mais seulement 85%, ils ont choisi de conserver une quote-part pour eux et d’alimenter la PPE (provision pour participation aux excédents, NDLR) de leurs fonds, de manière à amortir l’effet de la baisse des taux dans les années à venir. »

Il y a un an, vous aviez publié une étude mettant en évidence la tentation, pour les compagnies, de différencier les rendements en fonction du profil des épargnants. Cette tendance est-elle toujours à l’œuvre en 2013 ?

« Oui, et elle s’est même renforcée. Le nombre d’assureurs mettant en place des bonus, en fonction de l’encours ou du pourcentage d’unités de compte, progresse. En assurance-vie, une part des coûts de gestion est fixe, il n’est donc pas anormal que les gros contrats bénéficient d’un rendement majoré. Le problème se situe plutôt dans le fait que cette politique est décidée par l’assureur, sans règles fixées à l’avance avec l’assuré qui découvre a posteriori le sort qui lui a été réservé. Je considère que ces règles devraient apparaître dans les conditions générales des contrats, en prévoyant par exemple des frais de gestion à paliers, qui diminuent à mesure que l’encours augmente. »

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Cette bonne tenue des rendements 2013 est-elle de bon augure pour la collecte 2014 ?

« Oui, je le pense. La réforme de l’assurance-vie, contenue dans le dernier collectif budgétaire de 2013, a été limitée et a globalement épargné les assurés. De plus, les taux affichés actuellement restent attractifs par rapport aux autres produits d’épargne, notamment le Livret A. Cela devrait donc inciter les Français à garder de bons flux de versements. Aujourd’hui, on peut envisager une collecte 2014 de l’ordre de 15 milliards d’euros, un peu au-dessus de 2013. Du côté des taux, de nouvelles baisses sont prévisibles, mais il n’y aura pas de massacre. C’est la force de l’assurance-vie en période de crise : les assureurs disposant de bonnes PPE sont capables d’absorber une partie des baisses des taux liées à la conjoncture. »

(1) Obligations assimilables au trésor, titres de dette souveraine.