Pierre Chabrol, chef du bureau épargne et marchés financiers à la direction générale du Trésor et porte-parole du label ISR
Pourriez-vous expliquer, en bref, ce que garantit le label ISR aux investisseurs particuliers ?
Pierre Chabrol : « Le label ISR garantit que le fonds met en uvre une véritable méthodologie pour se constituer un portefeuille respectant des critères ESG [environnementaux, sociaux, de gouvernance, NDLR]. Nous nimposons pas une méthode standard, mais nous vérifions que la méthode utilisée par la société de gestion pour le fonds labellisé est fiable. Nous avons établi un cahier des charges, avec 6 piliers à respecter. »
Quelles entreprises un investisseur retrouve-t-il dans un fonds ISR ?
P.C. : « Le label ne définit pas dans quel type dentreprises il faut investir, mais il sassure que les fonds sélectionnent parmi les plus vertueuses. Cest ce que lon appelle le principe du best in class. Dans chaque catégorie dentreprises, les sociétés de gestion écartent 20% des entreprises les moins bien performantes du point de vue de lESG. Le rôle du label ISR est de fiabiliser cette méthode de sélection, pour chaque fonds labellisé, pas dexclure telle ou telle entreprise du champ de lISR. Aujourdhui, dans notre cahier des charges, il ny a aucune exclusion. Il faut reconnaître, effectivement, que le label a une marge de progression sur la compréhension du concept de lISR. »
Pourquoi estimez-vous quil y a des progrès à faire sur la compréhension ?
« Accompagner un maximum de fonds vers une finance plus socialement responsable »
P.C. : « Nous constatons un paradoxe sur les attentes vis-à-vis de lISR : certains le perçoivent comme un label dimpact. Ils voudraient être sûrs que leur argent aura un impact social ou écologique, par exemple. Cependant une société de gestion nest pas forcément capable, aujourdhui, de garantir que largent investi aura un impact mesurable sur le développement durable. Le label ISR offre lassurance à linvestisseur que le fonds dans lequel il investit na pas été constitué uniquement dans une logique financière, mais aussi en fonction de valeurs ESG. Nous voulons éviter le greenwashing : la labellisation permet déviter tout discours qui ne saccompagne pas dune véritable méthodologie. Le label ISR a été conçu comme un label généraliste et inclusif. Lobjectif est daccompagner un maximum de fonds vers une finance plus socialement responsable. »
Concernant lenvironnement, il existe un autre label public : Greenfin
P.C. : « Tout à fait. En France, le label Greenfin vise très spécifiquement à orienter les investissements vers des entreprises uvrant pour la transition écologique. Cest probablement plus facile à comprendre : la notion dimpact est plus évidente. »
Vous avez évoqué la notion de greenwashing. Au-delà de la question environnementale, quelle est la garantie que lISR ne se réduit pas à un outil dimage pour les fonds dinvestissement ?
P.C. : « Cest la méthode même qui garantit que les sociétés de gestion ne sont pas dans ce type de démarche. Les audits réalisés par des organismes accrédités par le Cofrac vérifient que les exigences du cahier des charges sont respectées. Les sociétés de gestion doivent expliquer leur méthode de sélection et de notation des actifs sur lesquels ils investissent. Elles doivent montrer quelles possèdent dans leurs équipes des collaborateurs formés sur les critères ESG. Elles doivent être transparentes, sur lactionnariat et sur les engagements ESG des entreprises dans lesquelles les fonds sont investis. »
Quant aux progrès possibles que vous évoquez, projetez-vous de faire évoluer le label ISR ?
« Une deuxième version du cahier des charges du label ISR a été adoptée »
P.C. : « Une deuxième version du cahier des charges du label ISR a été adoptée par arrêté du ministre en juillet dernier. Ce nouveau cahier des charges prévoit de nouvelles exigences par rapport à la version de 2016, ce qui est conforme à lidée que le label ISR évolue avec le temps et cherche à être de plus en plus exigeant. Ainsi, les fonds labellisés devront désormais établir que leurs portefeuilles dinvestissements obtiennent un meilleur résultat sur au moins deux critères ESG par rapport à un univers dinvestissement de départ. Cela devrait contribuer à donner aux épargnants une image plus précise des performances ESG des portefeuilles dans lesquels les fonds labellisés ont investi. »
LISR sétend désormais aux fonds immobiliers (SCPI, OPCI, etc.). Comment les gestionnaires de ces fonds « pierre-papier » peuvent-ils prouver une politique dinvestissement responsable ?
P.C. : « Pour les fonds immobiliers, huit critères ont été définis, dont quatre obligatoires : deux sur lefficacité énergétique des bâtiments, un sur la gouvernance et un sur les critères sociaux. Ensuite le principe est le même que les autres fonds : accompagner ainsi un maximum de fonds immobiliers vers des investissements plus responsables. »
Le rapport France Stratégie publié en septembre 2020 pointait déjà une forte progression de lISR en 2019. Et en 2020 ?
P.C. : « Le label est toujours très attractif : nous avons 556 fonds labellisés, pour 350 milliards deuros dencours. »
Même si lISR progresse via lassurance vie et les plans dépargne retraite, les fonds ISR sont surtout identifiés par le grand public dans le cadre de lépargne salariale. Est-ce un souci ?
« Je confirme une forte attractivité via lépargne salariale »
P.C. : « Je confirme une forte attractivité via lépargne salariale. Nous ne cherchons clairement pas à faire du label ISR un label de niche. Mais de développer lISR quel que soit le support, et de trouver un équilibre pour quun maximum de fonds dinvestissement respectent les critères ESG. Pour développer ce modèle et faire la promotion de leurs fonds ISR, les sociétés de gestion ont les moyens de mettre en avant les performances de leurs fonds labellisés, puisquelles disposent désormais dun historique de performances sur plusieurs années. LESG ne pénalise pas la rentabilité, bien au contraire. »
Allez-vous communiquer sur le label ISR en mettant en avant ces performances favorables ?
P.C. : « LÉtat est propriétaire du label. Nous fournissons cet instrument aux sociétés de gestion. Libre à elles de communiquer sur les performances. »
Vous insistez sur la vocation généraliste du label ISR. Pourrait-il à terme disparaître si vous parvenez à faire évoluer toutes les pratiques vers lESG ?
« La clarification, pour les particuliers, est un chantier important »
P.C. : « . Il existe aujourdhui plusieurs démarches complémentaires. LAutorité des marchés financiers (AMF) a fixé au printemps dernier un cadre précisant dans quelle mesure et dans quelles conditions les sociétés de gestion sont autorisées à se prévaloir auprès des épargnants de critères ESG pour leurs fonds, indépendamment de lexistence du label ISR. Le label ISR est un signal, un gage de fiabilité des méthodologies dévaluation des portefeuilles au regard de critères ESG. Les exigences en la matière peuvent être renforcées. »
Malgré la création dun label ISR officiel en 2016, les épargnants non avertis peuvent encore être « perdus » dans la jungle des labels : ISR, donc, mais aussi Finansol, lESG de lAMF, Greenfin, le récent label Relance
P.C. : « En effet. La clarification, pour les particuliers, est un chantier important. Et un élément de discussion entre les parties prenantes. Il faut aussi être conscient de la concurrence dautres labels européens, à la démarche proche de lISR. Ces derniers sont souvent inspirés de notre label ISR, qui a été le premier en Europe. Aujourdhui, il y a un équivalent de lISR quasiment dans chaque pays : cest déjà une bonne chose. »
Peut-on espérer un label ISR commun à léchelle de lEurope ?
P.C. : « Ce nest pas un projet en vue. Déjà, nous travaillons entre partenaires européens pour être cohérents sur le vocabulaire utilisé. »




















