L'action EDF chutait de plus de 20% vendredi matin à la Bourse de Paris, après que le groupe d'électricité français a revu à la baisse ses prévisions de production électrique et de résultats financiers pour l'année, en lien avec des annonces du gouvernement.

À 09H45, le titre dégringolait de 21,82% à 8,09 euros, après une suspension mécanique dans les premiers échanges du fait de mouvements trop importants. Afin de limiter la hausse des prix de l'électricité pour les consommateurs, le gouvernement français a demandé jeudi à EDF d'augmenter de 20% le volume d'électricité nucléaire vendu à prix réduit à ses concurrents cette année, de 100 à 120 térawattheures (TWh). Cela signifie que le groupe va être forcé de vendre à un prix réduit jusqu'à -40% de sa production électrique en 2022, au lieu de vendre aux prix forts du marché. Cette décision va lui faire perdre des milliards d'euros.

En termes financiers, le groupe a annoncé jeudi soir que « dans l'état actuel des informations » dont il dispose, l'impact de cette mesure sur son excédent brut d'exploitation pour 2022 serait d'« environ 8,4 milliards d'euros sur la base des prix de marché au 31 décembre 2021 et à environ 7,7 milliards d'euros sur la base des prix de marché au 12 janvier 2022 ». Des chiffres « qui peuvent faire peur aux investisseurs », estiment les analystes d'Alphavalue dans une note vendredi.

Baisse de la production nucléaire

Mais « la vraie mauvaise nouvelle » concerne la « révision à la baisse de la production » nucléaire pour 2022 à 300/330 TWh, contre 330/360 TWh précédemment, en raison du prolongement de la durée d'arrêt de cinq réacteurs du parc nucléaire français d'EDF, précisent-ils.

Aujourd'hui, 10 des 56 réacteurs sont à l'arrêt pour maintenance ou autre, ce qui représente 20% de la capacité de la production nucléaire française. D'autres fermetures de centrales, en plein hiver quand la consommation électrique est forte, risqueraient de perturber l'alimentation électrique du pays, voire de créer des coupures de courant dans le pire des cas.

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Jeudi, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a indiqué à l'AFP qu'un réacteur nucléaire de la centrale de Penly (Seine-Maritime) était également concerné par un problème de corrosion sur un système de sécurité déjà détecté ou soupçonné sur quatre autres réacteurs EDF actuellement à l'arrêt.

Les analystes inquiets

Une nouvelle d'autant « plus alarmante que Penly est conçu différemment que (les réacteurs de) Civeaux et Chooz et que les problèmes de corrosion ne semblent pas seulement attribuables à un certain type de réacteur », selon la note d'Alphavalue. Cette annonce « ouvre la voie à de potentielles interruptions supplémentaires dans les prochaines semaines et prochains mois (...) et l'impact sur les résultats financiers est difficilement estimable à l'heure actuelle puisqu'il dépendra de la durée des interruptions et de leur nombre », est-il ajouté. « Nous nous inquiétons aussi de la structure des résultats, une augmentation de capital/émission de titres hybride n'est pas à exclure », concluent les analystes d'Alphavalue.

« Nous avons ajusté notre modèle pour retenir ces deux éléments significatifs sur l'année et à ce stade, nous attendons un Ebitda d'environ 10 milliards d'euros en 2022 », estiment pour leur part les analystes de Oddo BHF. Le 10 novembre dernier, EDF avait publié une prévision d'Ebitda supérieure à 17,7 milliards d'euros pour 2021. Les résultats annuels sont attendus le 18 février.

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