L'inflation s'installe en France et en Europe. Et son retour n'est pas sans conséquences pour les investisseurs, qui vont devoir réaliser des arbitrages s'ils souhaitent préserver leur portefeuille face à la hausse des prix.

L'inflation a signé son grand retour en 2021, avec un taux d'inflation annuel de 5% dans la zone euro en décembre dernier. Un niveau qui n'avait pas été atteint depuis 25 ans. La France, en partie épargnée, n'échappe pas totalement au phénomène : sur les 12 derniers mois, les prix progressent de 1,6% dans l'Hexagone.

La situation ne devait être que « temporaire », d'après la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed). Le 30 novembre 2021, Jerome Powell, la tête pensante de l'institution, a toutefois reconnu devant le Sénat américain que l'inflation resterait sans doute à un niveau élevé jusqu'à mi-2022. « On prévoit des glissements annuels qui, jusqu'au mois de juin, resteront supérieurs à 2,5% », confirme Jean-Luc Tavernier, directeur général de l'Insee.

Si les marchés semblent avoir digéré la nouvelle sans grandes difficultés dans un premier temps, avec un CAC 40 qui a pulvérisé tous les records en début d'année (7 384,86 points en séance le 5 janvier 2022), les derniers jours leur ont été moins favorables. À Paris, le CAC 40 a perdu 3,97% ce lundi, les investisseurs redoutant notamment un coup de frein plus rapide que prévu à la politique monétaire de la Fed. Dans ce contexte inflationniste, toutes les entreprises ne luttent pas à armes égales. Et les investisseurs pourraient au cours des prochains mois privilégier les valeurs boursières capables de résister à la hausse des prix.

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1. Pricing power

L'inflation impacte le budget des particuliers. Mais elle n'épargne pas non plus les entreprises, dont les coûts de production augmentent à mesure que les prix de l'énergie et des matières premières flambent. Jean-Dominique Senard, président de la marque automobile Renault, a été très clair sur ce point : « il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt, l'aspect inflationniste est réel, les fournisseurs le ressentent déjà, et nous, en bout de chaîne, on va le ressentir », annonçait-il au micro d'Europe 1.

Face à l'inflation, les entreprises comme Renault ont deux possibilités : répercuter la hausse des coûts sur leurs prix, au risque de perdre des clients, ou voir leur marge s'effondrer et leur rentabilité baisser en flèche. D'autres entreprises, en revanche, disposent d'une image de marque forte ou d'un réel avantage concurrentiel et peuvent imposer une hausse des prix aux consommateurs sans difficulté.

On parle alors de « pricing power », ou pouvoir de fixation des prix. C'est notamment vrai pour le secteur du luxe, qui s'adresse à une clientèle fortunée, peu sensible aux variations de prix. Après une très belle année, les groupes Hermès et LVMH, dont les cotations en bourse ont respectivement flambé de +73% et +42% en 2021, pourraient poursuivre leur ascension en 2022. Les marques fortes, comme Apple, qui est récemment devenue la première entreprise a dépassé les 3 000 milliards de dollars de capitalisation boursière, devraient également tirer leur épingle du jeu.

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2. Les actifs réels

Autre option : miser sur les actifs réels, moins sensibles au risque d'inflation et de taux bas. Cette classe regroupe les actifs tangibles, que l'on peut toucher, comme un pont, un immeuble, un lingot d'or ou un baril de pétrole.

Les rendements de ces actifs sont souvent indexés sur les prix à la consommation, ce qui fait d'eux une source de diversification toute indiquée pour lutter contre l'inflation. Un exemple ? Les sociétés d'autoroutes. Ces entités sont liées à l'éat par des contrats stricts, qui prévoient une hausse automatique des tarifs des péages tous les ans au 1er février, notamment en fonction de l'inflation. D'ici quelques jours, les tarifs des réseaux autoroutiers devraient ainsi augmenter de plus de 2%.

Les actifs réels présentent en outre l'intérêt d'être décorrélés des autres classes d'actifs, et peuvent par conséquent jouer le rôle de valeur refuge en période de stress sur les marchés financiers. Comme tout investissement en actions, ce type de placement présente toutefois un risque de perte en capital et s'adresse aux investisseurs avertis. Si la fluctuation des cours ne vous fait pas peur, et que vous détenez déjà une épargne confortable, vous pouvez vous tourner vers les cotations dans le secteur de l'immobilier (Klépierre, Mercialys, Covivo...), des matières premières (Total, Eramet...) ou des infrastructures (Vinci, Eiffage...).

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3. Les valeurs bancaires

Pour finir, les valeurs bancaires pourraient, elles aussi, profiter du retour de l'inflation. En 2021, elles avaient déjà connu une forte hausse : +41% pour BNP Paribas et +80% pour Société Générale, qui enregistre au passage un bénéfice record de 1,6 milliards d'euros sur le 3ème trimestre 2021. « Les banques ont solidifié leur bilan au cours des dernières années. Leur ratio de solvabilité et leurs fonds propres atteignent à présent des plus hauts historiques, ce qui rassure les investisseurs sur leur capacité à traverser les crises », explique Frédéric Garcia, responsable salle des marchés chez Bourse Direct.

Mais il y a une autre raison. Pour endiguer l'inflation, les banques centrales devraient remonter progressivement leurs taux d'intérêt. La Fed, par exemple, prévoit trois hausses de taux en 2022. Une mauvaise nouvelle pour les entreprises, qui vont voir leur coût de financement augmenter. Mais pas pour les banques, qui se rémunèrent sur l'écart entre les taux auxquels elles prêtent à leurs clients, et les taux auxquels elles empruntent. « Après avoir souffert des taux bas pendant des années, les banques sont aujourd'hui gagnantes sur les deux tableaux : les taux à court terme restent bas mais sont repassés en territoire positif, tandis que les taux longs remontent », relève Frédéric Garcia.

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