La guerre et les affaires ne font pas toujours bon ménage. Alors que l'offensive russe se poursuit sur le sol ukrainien, les bourses européennes ont à nouveau viré au rouge ce lundi. Risque ou opportunité ? Réponse avec Thomas Perret, fondateur de Mon Petit Placement.

Thomas Perret, Co-fondateur et président de Mon Petit Placement
Thomas Perret
Co-fondateur et président de Mon Petit Placement

Nouvelle journée de baisse pour le CAC40. Depuis l'invasion des forces russes en Ukraine, les marchés dévissent. L'indice phare de la Bourse de Paris avait déjà perdu 4,97% vendredi dernier. A l'ouverture ce matin, il cédait encore 2,77%, pour atteindre son niveau le plus bas depuis un an, soit 5 887,83 points. Faut-il vendre vos actions avant qu'il ne soit trop tard ? Quels arbitrages pour limiter votre exposition au risque ? Est-ce le bon moment pour investir ? Des interrogations que MoneyVox a soumises à Thomas Perret, fondateur de Mon Petit Placement, une fintech qui démocratise l'investissement pour les particuliers.

Quelles sont les conséquences du conflit en Ukraine sur l'économie française et ses perspectives de croissance ?

Thomas Perret : « La crise ukrainienne a deux impacts forts sur l'économie tricolore. Le prix des matières premières, déjà élevé au sortir de la pandémie, est de nouveau sous pression. Le prix du baril de Brent, par exemple, a frôlé les 140 dollars, proche de son plus-haut historique. Dans le même temps, le prix du gaz s'envole pour atteindre ce lundi un nouveau record sur le marché européen, à presque 350 euros le mégawattheure. Les matières premières agricoles sont également concernées. Vendredi dernier, le blé affichait par exemple un prix de 393 euros par tonne. Du jamais vu.

Essence, gaz, électricité : 40 euros de plus chaque mois à cause de la flambée des prix

Ces hausses ont un impact direct sur les coûts de production des entreprises et sur le pouvoir d'achat des ménages français, ce qui explique en partie la baisse des cours. Mais, comme toujours en période de crise, il y a également un aspect psychologique. La guerre inquiète, surtout lorsqu'elle se déroule aux portes de l'Europe. La confiance des ménages et des entreprises s'en ressent. Le risque, c'est de voir les ménages réduire leur consommation et renforcer leur épargne de précaution, ce qui aurait un impact négatif en matière de croissance. »

Comment les marchés financiers réagissent-ils ?

Thomas Perret : « Le CAC40 et le Dax ont respectivement perdu 15% et 19% de leur valeur depuis le 1er janvier. Mais il y a de bonnes chances que la baisse ne soit que temporaire. Si l'on s'intéresse aux crises qui ont émaillé l'Histoire depuis la seconde guerre mondiale, on remarque en effet que ces chocs sont souvent transitoires. En général, moins de 3 mois après le début d'un conflit, les marchés sont revenus à leur niveau initial. C'est ce qu'il s'était passé pendant le Brexit, par exemple.

Le seul bémol, dans la crise ukrainienne, c'est que ce conflit, pourtant très localisé, pourrait avoir un impact global sur l'économie, en raison de la hausse des prix des matières premières, qui risque d'affecter plusieurs secteurs. A commencer par les constructeurs automobiles qui souffraient déjà de difficultés d'approvisionnement à cause de la pandémie, sur les pots d'échappement, notamment. Sur ce point, la guerre en Ukraine pourrait aggraver certaines pénuries.

Les banques sont également touchées. Elles ont, pour certaines, des filiales en Russie. C'est notamment le cas de Société Générale et BNP Paribas. En outre, elles sont impactées par les sanctions économiques, comme l'exclusion de la Russie du réseau interbancaire SWIFT. Les entreprises spécialisées dans la défense et l'armement, comme Thalès et Dassault Aviation, en revanche, ont vu leur valorisation s'apprécier considérablement suite aux annonces de la France, l'Allemagne et la Chine, qui ont indiqué que leur budget défense serait revu à la hausse. »

Société Générale, BNP Paribas.... Pourquoi ma banque dévisse en bourse

Comment les investisseurs peuvent-ils se protéger dans ce type de situation ?

Thomas Perret : « Pour se protéger des soubresauts des marchés financiers, il faut veiller à toujours bien diversifier son portefeuille. Sur le plan sectoriel, en investissant dans des entreprises issues de secteurs comme la santé, la tech ou la défense, mais aussi sur le plan géographique. On le voit bien en ce moment : l'Europe est touchée de plein fouet par le conflit, puisqu'il se déroule près de son sol, alors que les entreprises américaines sont peu impactées pour l'instant. Diversifier vos prises de position permet de diluer votre exposition au risque.

Ensuite, tout dépend de votre horizon de placement. Si j'ai encore 5 ans devant moi, ce qui se passe en ce moment ne devrait pas trop m'inquiéter. Mieux vaut faire le dos rond. En revanche, si j'ai un projet d'achat immobilier prévu d'ici 1 an, mieux vaut sans doute sécuriser mon capital. Auquel cas, deux options : sortir complètement en vendant vos actions, ce qui revient à acter vos pertes, ou vous orienter vers des actifs défensifs, comme l'or, le franc suisse, ou les actifs chinois, qui sont moins exposés à la crise ukrainienne et peuvent remplir le rôle de valeur-refuge. »

Investissez dans l'immobilier dès 1 000 €. Notre palmarès des meilleures SCPI
Est-ce le bon moment pour investir ?

Thomas Perret : « Le mieux, c'est toujours d'entrer en plusieurs fois, pour lisser les variations, en particulier lorsque les cours sont volatiles, comme c'est le cas en ce moment. Les marchés ont perdu 15 à 20% depuis le début de l'année, on a donc un point d'entrée intéressant. D'autant que plusieurs indicateurs nous invitent à rester optimistes pour la suite : le chômage est faible, à date la croissance résiste bien, et grâce à l'interventionnisme des banques centrales, il reste encore beaucoup de liquidités sur les marchés.

La principale source d'inquiétude, c'est l'inflation. Elle était déjà importante après la crise sanitaire, et le conflit en Ukraine pourrait l'aggraver en mettant sous pression les matières premières, qui ont déjà vu leur prix s'envoler ces dernières semaines. Si l'inflation demeure proche de son niveau d'avant-guerre, on pourrait assister à un rebond rapide. Par contre, si la hausse des prix se révèle pire qu'anticipée, l'année 2022 risque d'être compliquée. »

Bourse : ces actions qui vous protègent contre l'inflation