Le répit aura été de courte durée, comme la semaine dernière. Après avoir rebondi de 1,79% hier, soit sa meilleure performance depuis le 15 octobre, le CAC 40 perd 0,19% ce soir et retombe à 8 042 points. Le rebond d'hier, très fragile et alimenté par les propos rassurants de Trump sur une possible issue rapide du conflit entre les États-Unis et l'Iran, n'aura donc effacé qu'une partie des pertes récentes. Au douzième jour de crise, les marchés européens replongent dans le rouge, toujours prisonniers d'un climat géopolitique extrêmement lourd et de la volatilité persistante des prix du pétrole.

L'événement du jour, c'est l'intervention massive de l'Agence internationale de l'énergie. Selon le Wall Street Journal, l'institution s'apprêterait à coordonner un déblocage exceptionnel de stocks stratégiques pour tenter de freiner la flambée du brut. Un signal fort, alors que le baril a brièvement dépassé les 100 dollars en début de semaine et que les dirigeants du G7 se réunissent aujourd'hui pour évaluer les conséquences économiques du conflit. Le pétrole reste plus que jamais le baromètre de la peur sur les marchés. On en reparle dans ce journal.

Autant dire que les chiffres de l'inflation américaine ont été relégués au second plan cet après-midi. Pourtant, ils sont importants : les prix à la consommation progressent en février de 0,3% sur un mois, et de 2,4% sur un an, comme attendu par le marché. Une publication sans surprise donc, mais qui reflète encore une période antérieure à l'escalade militaire actuelle. Le véritable test viendra le mois prochain, lorsque la hausse des prix de l'énergie commencera à se diffuser dans l'économie. Les investisseurs attendent désormais vendredi, avec la publication du PCE, l'indicateur d'inflation préféré de la Fed.

Les valeurs : Soitec, Rheinmetall, IEVA

Soitec

Le spécialiste français des matériaux semi-conducteurs s'envole de 16,14% à 51,30 ?, en tête du SBF 120. La hausse est purement spéculative : aucune annonce officielle n'a été communiquée aujourd'hui par l'entreprise ou les bureaux d'études qui suivent son action. Selon une hypothèse relayée par Bloomberg, ce mouvement pourrait venir d'un message publié sur le réseau social X (Twitter) par un investisseur très suivi, qui a indiqué avoir acheté beaucoup d'actions Soitec. Ce compte a déjà été remarqué par le passé pour avoir soutenu d'autres valeurs technologiques qui ont ensuite fortement progressé.

Dans son message, cet investisseur explique qu'il croit au potentiel de Soitec grâce au développement futur de technologies liées à l'intelligence artificielle et aux centres de données. Il pense que l'entreprise pourrait occuper une place très forte sur certains composants essentiels à ces innovations. Il estime aussi que l'action n'est pas chère aujourd'hui et que le marché pourrait commencer à anticiper une nouvelle phase de croissance pour ce secteur dans les prochaines années. Bref ! Clairement, l'action Soitec est extrêmement volatile : après -46% en 2024 et -73% en 2025, le titre rebondit de près de 120% depuis le début de l'année !

Rheinmetall

Le géant allemand de la défense a connu une envolée spectaculaire en Bourse ces dernières années grâce à la hausse des dépenses militaires en Europe, surtout depuis la guerre en Ukraine. L'entreprise profite d'un contexte très favorable, avec une forte demande pour ses munitions, blindés, drones et systèmes de défense. Ses résultats annuels montrent encore une forte progression de son activité. En 2025, son chiffre d'affaires a augmenté de 29% et son bénéfice opérationnel a aussi nettement progressé. Rheinmetall prévoit même une croissance d'au moins 40% en 2026, avec un carnet de commandes qui pourrait plus que doubler. Mais pour le marché, ce n'est pas assez !

L'action dégringole de 8,02% ce mercredi à Berlin, à 1 520,50 ?. Les investisseurs attendaient encore mieux ? Les ventes, la rentabilité et surtout la trésorerie générée par l'entreprise ont en effet été inférieures aux prévisions des bureaux d'études. Autrement dit, Rheinmetall grandit vite, mais pas autant que le marché l'espérait. Le vrai défi n'est plus seulement d'obtenir des contrats, mais de réussir à les exécuter. Pour produire davantage, il faut construire de nouvelles usines, obtenir des autorisations, sécuriser les approvisionnements et suivre le rythme de la demande. Dans un secteur aussi stratégique, cela peut prendre du temps. Trop de temps, pour le marché.

En somme, Rheinmetall reste très bien placé pour profiter du réarmement de l'Europe, mais son niveau élevé en Bourse le rend très sensible à la moindre déception. Même avec de fortes perspectives de croissance, les marchés sanctionnent l'entreprise dès que les résultats ou les objectifs paraissent un peu en dessous des attentes. L'action cède désormais 2% depuis le début de l'année, après une hausse exceptionnelle de 154% en 2025 (+505% en trois ans !).

IEVA

La Bourse de Paris s'apprête à accueillir une nouvelle valeur avec l'introduction d'Ieva Group sur Euronext Growth, la deuxième opération de ce type en 2026 après Rising Stone. Le spécialiste de la beauté et du bien-être sur mesure, connu notamment pour My Little Paris et L'Atelier du Sourcil, vise une levée d'environ 8 millions d'euros afin de financer son développement et son expansion internationale. Proposées à 12,79 ?, les actions valorisent la société près de 119 millions d'euros avant opération. L'entrée de Bpifrance, à hauteur de 3 millions d'euros via son nouveau fonds dédié aux petites capitalisations, constitue un premier soutien de poids pour cette opération ouverte aux investisseurs jusqu'au 25 mars.

Fondé en 2020 par Jean Michel Karam, Ieva Group s'est rapidement développé grâce à une stratégie d'acquisitions ciblées et affiche une croissance annuelle moyenne de 70% sur cinq ans, avec un chiffre d'affaires de 43,4 millions d'euros en 2025. Encore déficitaire et consommateur de trésorerie, le groupe mise sur l'essor des technologies dédiées à la beauté, avec un diagnostic personnalisé et de l'intelligence artificielle, pour améliorer sa rentabilité. Ieva ambitionne de doubler ses revenus d'ici 2028. Cette introduction en Bourse doit lui permettre d'accélérer sa consolidation du marché et de concrétiser son objectif affiché de devenir un acteur majeur de la beauté sur mesure, présenté comme le futur « Netflix de la beauté ».

L'évènement du mercredi : 400 millions de barils

La guerre au Moyen-Orient continue de provoquer de fortes tensions sur le marché du pétrole. Les prix restent élevés et très instables, car les investisseurs craignent que le conflit perturbe durablement l'approvisionnement mondial. Le baril de Brent évolue autour des 91$, après avoir connu une volatilité de 15% depuis hier matin, signe que les marchés restent extrêmement nerveux.

Pour tenter de calmer la flambée des prix, les 32 pays membres de l'Agence internationale de l'énergie ont décidé ce mercredi de libérer 400 millions de barils de pétrole issus de leurs réserves stratégiques (sur un total de 1,2 milliard). C'est plus qu'après l'invasion de l'Ukraine par la Russie. La décision est donc exceptionnelle et vise à augmenter rapidement l'offre disponible sur le marché. En théorie, cela peut freiner temporairement la hausse des prix et éviter un emballement immédiat.

Mais cette mesure ne rassure pas totalement les investisseurs. La raison principale est que le détroit d'Ormuz, le fameux passage maritime essentiel pour le transport du pétrole, est presque intégralement bloqué. Tant que le trafic y est perturbé par les attaques et les tensions militaires, les marchés estiment que le risque restera très élevé. Autrement dit, injecter du pétrole depuis les réserves peut soulager la situation à court terme, mais ne règle pas le problème de fond.

La réouverture normale du détroit d'Ormuz est la clé pour éviter un choc pétrolier durable. Sans cela, les prix devraient rester sous pression. En parallèle, Donald Trump affirme que le conflit pourrait bientôt se terminer, mais d'autres informations évoquent encore au moins deux à trois semaines de frappes... En attendant, l'incertitude autour du détroit entretient la nervosité des marchés et empêche un retour au calme.

Le monde d'après : Oracle fait taire les doutes

Oracle reprend des couleurs à Wall Street et redevient un indicateur clé du sentiment de marché sur l'intelligence artificielle. Le groupe américain a publié des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, avec un chiffre d'affaires en hausse de 18% à 17,2 milliards de dollars et une forte accélération de ses activités cloud, dont les revenus bondissent de 41%. Surtout, son carnet de commandes a explosé, les engagements futurs atteignant 553 milliards de dollars, soit une progression de plus de 300% sur un an ! De quoi rassurer des investisseurs devenus très nerveux ces derniers mois face à l'endettement massif du groupe et aux craintes d'une bulle dans les infrastructures d'IA.

L'action, qui avait perdu plus de la moitié de sa valeur depuis ses sommets de septembre, s'envole ce soir de plus de 11% à New York. Oracle apparaît désormais moins dépendant d'un seul contrat majeur, celui conclu avec OpenAI, et bénéficie d'une demande plus large des grandes entreprises pour ses capacités de calcul. Cette diversification commerciale est perçue comme un signal positif, montrant que l'adoption de l'IA se diffuse progressivement dans l'économie réelle.

Le groupe a également relevé ses objectifs à moyen terme et vise désormais plus de 90 milliards de dollars de revenus à l'horizon 2027. Un message fort pour le marché, d'autant que cette révision à la hausse ne s'accompagne pas d'une explosion des investissements. Si des incertitudes persistent sur le calendrier de certains projets de data centers et sur la soutenabilité du modèle très capitalistique d'Oracle, les résultats publiés contribuent à calmer les doutes sur la dynamique de l'IA et redonnent de l'élan à une valeur devenue un véritable baromètre du stress boursier sur cette thématique.

Demain à la Une

En théorie, c'est une séance totalement orientée sur l'Iran qui nous attend demain. Deux actus économiques assez secondaires seront dévoilées aux États-Unis : le rapport mensuel sur l'immobilier et la balance commerciale. Côté entreprises, Vivendi, Rubis, JC Decaux, Maurel & Prom, Adobe et BMW publieront leurs derniers résultats financiers. Les projecteurs devraient donc rester braqués sur le Moyen-Orient et singulièrement sur le détroit d'Ormuz.

Le lexique : Les ETF

Les ETF (ou Exchange-Traded Funds) sont des fonds d'investissement cotés en Bourse qui regroupent un ensemble d'actifs, comme des actions, des obligations ou des matières premières. Ils cherchent généralement à reproduire la performance d'un indice de référence comme le S&P 500 ou le CAC 40. Cette approche dite « passive » nécessite très peu de recherche, d'analyses et d'arbitrages quotidiens, ce qui réduit fortement les coûts pour l'investisseur.

Les économies réalisées sur ces frais de gestion se répercutent directement sur la performance du produit. Par ailleurs, les ETF se négocient tout au long de la journée comme une action ordinaire, ce qui permet de les acheter ou de les vendre facilement, souvent avec des coûts inférieurs à ceux des fonds traditionnels. Grâce à leur structure diversifiée et transparente, ils offrent aux investisseurs un moyen simple d'accéder à différents marchés ou thématiques d'investissement.