Les marchés : -7% sur la semaine

La Bourse de Paris baisse à nouveau ce jeudi, dans un contexte de fortes tensions au Moyen-Orient. Les investisseurs continuent de s'inquiéter de la hausse du prix du pétrole, qui a brièvement dépassé les 100$ le baril, après plusieurs attaques visant des infrastructures et des navires liés au transport de pétrole dans la région. Cet après-midi, les gardiens de la révolution iranienne ont promis de garder le détroit d'Ormuz fermé. Le CAC 40 cède 0,71% à 7 984 points dans ce contexte. On fait le point sur les baisses des grands indices depuis le début des hostilités : CAC 40 (-7%), Euro Stoxx 50 (-5,6%), S&P 500 (-2,5%) et Nikkei (-7,5%).

Même si l'Agence internationale de l'énergie a décidé hier de libérer 400 millions de barils de ses réserves pour limiter les pénuries, cela n'a pas suffi à rassurer les marchés. Les déclarations américaines et l'absence de perspective de fin du conflit renforcent la peur d'une guerre plus longue, ce qui pèse sur les places boursières, aussi bien en Europe qu'aux États-Unis. Dans les premières heures d'échanges, le S&P 500 et le Nasdaq reculent respectivement de 1,2% et 1,4%.

À Paris, le secteur de la défense profite de la situation, Thales (+3%) et Dassault Aviation (+1,2%) signent de fortes hausses. JCDecaux (+14,8%) monte aussi fortement grâce à de très bonnes prévisions pour le début de l'année 2026. Dans la suite de cette édition, on revient sur la paralysie d'une partie du commerce maritime mondial et on fait le point sur l'or : où en est la valeur refuge ? Est-il toujours intéressant d'investir dessus ? Et comme tous les jeudis, on vous invite à participer massivement à notre nouveau sondage : jusqu'où le pétrole peut-il grimper ? Bonne lecture !

Les valeurs : JCDecaux, Manitou et Abivax

L'action JCDecaux bondit de 14,77% à 18,96 euros, à la première place du SBF 120, après la publication de résultats annuels meilleurs que prévu. Le spécialiste de l'affichage publicitaire extérieur a notamment surpris par sa capacité à générer davantage de trésorerie que prévu, avec un objectif dépassé un an plus tôt que prévu. Autrement dit, le groupe transforme mieux son activité en cash, ce qui est toujours très apprécié par les investisseurs. Sa rentabilité a également progressé, portée notamment par la bonne tenue de l'activité dans les transports, comme les aéroports et les gares.

Le marché salue aussi les perspectives pour le début de 2026, bien supérieures aux attentes. JCDecaux vise une croissance de plus de 5% au premier trimestre, alors que le marché attendait moitié moins. Cette bonne surprise s'explique en grande partie par un rebond de la Chine, où l'activité repart grâce aux annonceurs technologiques et à une fréquentation plus dynamique dans les transports. Avec en plus de nouveaux contrats attendus cette année, les investisseurs parient sur une poursuite de cette bonne dynamique, ce qui explique la forte hausse du titre en Bourse. Depuis le début de l'année, l'action JCDecaux progresse de 21%.

À l'inverse, Manitou décroche de 7,02% à 19,06 euros après la publication de résultats 2025 en nette baisse. Le spécialiste des matériels de manutention tout-terrain a vu son chiffre d'affaires reculer de 3,4% sur l'année, tandis que son résultat opérationnel courant a plongé de plus de 28%. Le groupe a souffert d'un environnement moins porteur, marqué par l'attentisme des grands loueurs de matériel, une concurrence plus forte sur les prix et l'impact des droits de douane sur le marché américain. Sa rentabilité s'est nettement dégradée et son bénéfice net a pratiquement été divisé par deux.

Mais c'est surtout le manque de visibilité sur 2026 qui inquiète les investisseurs. Manitou a suspendu ses objectifs financiers pour l'année en cours, invoquant le contexte international et sans donner davantage de précisions. Ce revirement déçoit d'autant plus que le groupe visait encore récemment une progression de son activité. Le marché sanctionne donc à la fois la dégradation des résultats et le manque de visibilité pour les prochains mois. Depuis le début de l'année, le titre recule désormais de 1%.

Abivax, la biotech éligible au PEA-PME progresse de 6,75% à 102,80 euros, portée par de nouvelles spéculations de rachat. Selon des informations de presse, la pépite française aurait accordé à AstraZeneca une période d'exclusivité jusqu'au 23 mars pour accéder à des données confidentielles, en vue d'une éventuelle offre. Pour l'heure, ni Abivax, ni le laboratoire britannique, ne commentent ces informations. Le marché y voit un signal fort dans un dossier déjà très spéculatif, où plusieurs grands groupes pharmaceutiques sont régulièrement cités.

Cet intérêt s'explique par le fort potentiel d'un traitement phare développé contre une maladie inflammatoire chronique de l'intestin. Après des résultats cliniques très encourageants publiés l'an dernier, Abivax est apparue comme une cible crédible pour les grands laboratoires, sur un marché jugé très porteur. Dans l'attente de nouvelles avancées cliniques cette année, ces spéculations continuent de soutenir l'intérêt du marché pour la valeur. L'action ne recule plus que de 15% depuis le début de l'année, tout en affichant une envolée spectaculaire de plus de 1 700% sur un an !

La recommandation du jour : Où en est l'or ?

Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le prix de l'or recule d'environ 3%. Et ce n'est pas intuitif ! On aurait pu s'attendre à une hausse de la valeur refuge mais dans cette crise les investisseurs se sont réfugiés massivement vers le dollar et les obligations américaines. Or, un dollar fort et des taux élevés freinent généralement l'or, qui ne rapporte pas d'intérêt (voir lexique). Par ailleurs, des investisseurs ont aussi vendu de l'or pour contrebalancer leurs pertes sur d'autres classes d'actifs, en particulier les actions.

Toutefois, son prix a progressé de 175% en trois ans (+64% en 2025, +19% cette année). L'once évolue à seulement 8% de son record historique, atteint le 29 janvier à proximité des 5 600$. Pour l'investisseur particulier, l'or conserve tout son intérêt. Il est généralement recommandé d'y consacrer 2% à 10% d'une allocation bien diversifiée, selon le profil de l'investisseur, ses objectifs et son besoin de diversification.

Le monde d'après : Paralysie du commerce

L'escalade militaire dans le détroit d'Ormuz perturbe profondément le commerce maritime mondial. Depuis le début du conflit, 13 navires marchands ont été attaqués, qu'il s'agisse de pétroliers, de vraquiers ou de porte-conteneurs. La menace s'étend même au-delà du passage stratégique, jusque dans le golfe d'Oman et les ports considérés jusqu'ici comme des alternatives sûres. Plusieurs terminaux ont suspendu leurs opérations après des frappes de drones, obligeant de nombreux armateurs à rebrousser chemin. Résultat, une partie de la production pétrolière et gazière de la région est ralentie, faute de débouchés logistiques sécurisés.

Les solutions de contournement envisagées ces dernières semaines s'avèrent de plus en plus fragiles. Des ports omanais et émiratis, utilisés pour éviter l'entrée dans le golfe Persique, sont désormais jugés trop risqués par les exploitants. Cette désorganisation intervient alors que près de 20% du pétrole mondial transite habituellement par Ormuz, ce qui accentue les tensions sur les marchés de l'énergie et fait planer la menace d'un choc d'approvisionnement prolongé. Selon plusieurs bureaux d'études, la fermeture de facto du détroit pourrait n'être qu'une première étape d'une crise plus large si les attaques venaient à se multiplier.

Sur le plan militaire, les annonces d'escortes navales internationales restent pour l'instant théoriques. La configuration géographique du détroit, la diversité des menaces et le nombre élevé de navires à protéger rendent toute opération extrêmement complexe. Les experts estiment qu'un tel dispositif ne pourrait couvrir qu'une faible part du trafic habituel, même avec le déploiement de plusieurs destroyers supplémentaires. Dans ce contexte, les marchés redoutent une prolongation des perturbations logistiques, susceptibles d'alimenter la volatilité des prix du pétrole, déjà à 100$ le baril, de renchérir les coûts du transport maritime et de peser sur l'inflation mondiale.

Demain à la Une : Ormuz et le pétrole

Jusqu'où la situation va-t-elle dégénérer dans le détroit d'Ormuz ? Toute la question est là pour les séances à venir ? Ce vendredi sera également marqué par la publication de plusieurs données attendues, même si elles devraient être partiellement éclipsées par la guerre au Moyen-Orient et les tensions sur le marché pétrolier. La France et les États-Unis publieront de nouveaux chiffres d'inflation. Côté américain, il s'agira de l'indice PCE, le plus surveillé par la Réserve fédérale. Les commandes de biens durables et la croissance du quatrième trimestre seront également révisées. Enfin, aucune entreprise de premier plan ne publiera de résultats annuels, la saison touchant à son terme.

Le lexique :

Pourquoi un dollar fort et des taux élevés freinent généralement la hausse de l'or ? Pour deux raisons principales. D'abord, l'or est coté en dollars : quand la monnaie américaine monte, acheter de l'or devient plus coûteux pour les investisseurs qui détiennent des euros, des yens ou d'autres devises, ce qui peut réduire la demande. Ensuite, l'or ne verse ni intérêt, ni revenu. Quand les taux grimpent, les placements peu risqués comme les obligations ou les liquidités rapportent davantage, et deviennent donc plus attractifs face à l'or. En somme, même si l'or reste une valeur refuge, un dollar puissant et des rendements élevés créent une concurrence qui limite souvent sa hausse.