Les marchés
Le mois de novembre commence bien à Paris. Le CAC 40 progresse de 0,98% à 8 048 points ce lundi, repassant au-dessus du seuil symbolique des 8 000 points. Le principal soulagement vient du pétrole, en nette baisse (-8,8%) après des informations selon lesquelles Trump privilégierait la diplomatie plutôt que de nouvelles frappes contre l'Iran. Washington et Téhéran poursuivent leurs négociations, sous médiation qatarie. C'est bien sûr une perspective encourageante pour les marchés. Un pétrole moins cher réduit les pressions inflationnistes et pourrait favoriser une baisse des taux d'intérêt. Prudence toutefois ! Avec Trump, la situation peut rapidement changer du tout au tout...
À Wall Street, le rebond se confirme également. Le Nasdaq gagne 0,8%, le Dow Jones 1% et le S&P 500 avance de 0,7%, après une fin de semaine difficile pour les valeurs technologiques. Vendredi, le Nasdaq chutait de près de 3%... Tous les regards se tournent désormais vers les élections américaines de mi-mandat, prévues demain. Le scrutin déterminera l'équilibre des forces au Congrès et pourrait compliquer la seconde moitié du mandat de Trump si les démocrates remportent l'une des deux chambres. J-1 avant ce nouveau choc pour les marchés !
À Paris, une valeur fait toutefois exception. Alstom s'effondre de 26% après un nouvel avertissement sur ses résultats, lié aux difficultés de production de ses trains destinés à l'Allemagne. À l'inverse, Ryanair gagne 5,8% à Dublin, malgré les tensions persistantes sur les coûts du carburant. La semaine démarre donc sur une note plus favorable pour les marchés, mais avec deux inconnues majeures : le verdict des urnes américaines et l'avenir des négociations avec l'Iran. Bonne lecture à tous.
Les valeurs
Alstom
Nouvelle débâcle pour Alstom. Lanterne rouge du SBF 120, le fabricant français de trains chute de 26,09% à 11,68 euros après avoir sabré ses prévisions annuelles. Le groupe prévoit désormais de brûler 1,5 milliard d'euros de trésorerie, alors qu'il espérait jusque-là en générer. Sa marge opérationnelle devrait s'écrouler à 1%, contre 6,5% initialement attendu. Un nouveau coup de tonnerre, quelques mois seulement après l'avertissement d'avril, qui avait déjà fait plonger l'action de 27%.
Au cur du problème : les trains régionaux Coradia Max, notamment destinés à l'Allemagne. Problèmes techniques, retards de production, surcoûts et paiements différés plombent six projets représentant près de 5 milliards d'euros de commandes. Pour redresser ses finances, Alstom annonce un plan de désendettement de 2 milliards d'euros, qui pourrait passer par des ventes d'actifs ou une augmentation de capital. Dans ce dernier cas, les actionnaires actuels risqueraient d'être dilués (voir lexique).
Le paradoxe est frappant car Alstom croule sous les commandes, mais manque de cash. Malgré 11 milliards d'euros de nouveaux contrats au premier semestre, le groupe peine à transformer ses succès commerciaux en bénéfices et en trésorerie. Après une série d'avertissements depuis 2023, le problème dépasse désormais les difficultés industrielles, c'est la crédibilité financière d'Alstom qui est en jeu. L'action cède désormais 54% en 2026.
Euronext
Fin de règne chez Euronext. Après plus de dix ans aux commandes de l'opérateur des Bourses de Paris, Amsterdam et Milan, Stéphane Boujnah quittera ses fonctions en mai 2027. Pour lui succéder, Euronext a choisi David Knibbe, actuel patron du groupe financier néerlandais NN Group. Une nomination surprise, sanctionnée en Bourse : le titre recule de 3,49%, à 171,40 euros, et signe la plus forte baisse du CAC 40.
Stéphane Boujnah laisse derrière lui un bilan impressionnant. Depuis son arrivée en 2015, Euronext a multiplié ses revenus par 3,5, à 1,82 milliard d'euros, et presque quadruplé son bénéfice, à 643 millions. Le groupe a également mis la main sur les Bourses de Dublin, Oslo, Milan et Athènes. En dix ans, son action a été multipliée par près de six, jusqu'à intégrer le CAC 40 en septembre 2025.
Le choix de David Knibbe déjoue les pronostics, qui privilégiaient une succession interne. Son expérience dans l'assurance, les acquisitions et l'intégration d'entreprises rassure toutefois certains acteurs, dont Barclays. Le défi est de taille : poursuivre la conquête européenne d'Euronext et maintenir le rythme de croissance exceptionnel imprimé par Stéphane Boujnah. Euronext progresse de 34% en Bourse depuis janvier.
Palmarès SBF 120
Plus fortes hausses : Vicat (+5,67%), Forvia (+5,39%), Air France-KLM (+4,82%)
Plus fortes baisses : Alstom (-26,09%), Nanobiotix (-9,96%), Maurel & Prom (-5,77%)
Le coin des smalls : 2CRSi
Une croissance spectaculaire, mais des comptes impossibles à certifier... Le fabricant français de serveurs informatiques traverse une véritable crise de confiance. Son titre, éligible au PEA-PME, s'effondre de 38,09% ce lundi, à 13,57 euros. Pourtant, les résultats publiés vendredi soir semblent impressionnants : chiffre d'affaires annuel en hausse de 75%, à 386,5 millions d'euros, résultat opérationnel avant amortissements multiplié par 6, à 34,2 millions, et bénéfice net de 17 millions d'euros, contre 2,1 millions auparavant.
Mais deux problèmes majeurs éclipsent cette croissance. D'abord, 2CRSi a ramené son chiffre d'affaires de 416,2 à 386,5 millions d'euros après avoir annulé certaines opérations comptabilisées aux États-Unis. Ensuite, son commissaire aux comptes s'est déclaré dans l'impossibilité de certifier les comptes, faute notamment de justificatifs suffisants pour certaines transactions...
Attention : cette situation ne constitue pas, en elle-même, une preuve de fraude. Mais elle empêche l'auditeur de confirmer la fiabilité des comptes. Malgré l'ambition maintenue d'atteindre un milliard d'euros de revenus en 2026-2027, les investisseurs veulent désormais des garanties sur la transparence financière et la solidité des procédures internes. Une nouvelle démonstration des risques parfois extrêmes des petites valeurs ! Depuis le début de l'année, le titre progresse de 18%.
Le monde d'après : 895 milliards en jeu
Anthropic continue d'affoler les compteurs. Le créateur de Claude a dévoilé de nouveaux résultats spectaculaires avant son introduction en Bourse, attendue ce mois-ci. Au troisième trimestre, son chiffre d'affaires a bondi de 1 130% sur un an, à 16,96 milliards de dollars. Sur les neuf premiers mois de 2026, les revenus dépassent 33 milliards de dollars, en hausse de 1 200%. Mais la start-up affiche aussi une perte nette colossale de 104 milliards de dollars, principalement liée à des ajustements comptables sur des instruments financiers dont la valeur a augmenté avec celle de l'entreprise.
Le chiffre le plus impressionnant concerne ses futurs investissements. Anthropic s'est engagée à dépenser 895,4 milliards de dollars sur plusieurs années, essentiellement pour louer la puissance informatique nécessaire à ses modèles d'IA. Près de la moitié de cette somme devrait être engagée d'ici 2030. Le groupe dispose toutefois de 131 milliards de dollars de trésorerie pour soutenir son développement.
Son arrivée à Wall Street pourrait devenir la plus importante introduction en Bourse de l'histoire, avec une valorisation envisagée entre 1 500 et 2 000 milliards de dollars. Mais ces chiffres illustrent aussi les risques de la course à l'IA. Anthropic connaît une croissance exceptionnelle, tout en prenant des engagements financiers gigantesques sur la demande future pour ses services. Pour les investisseurs, cette IPO constituera un premier véritable test de la valeur accordée aux nouveaux champions de l'intelligence artificielle. Affaire à suivre de près !
L'agenda du lundi : une semaine sous haute tension !
Cinq jours, plusieurs rendez-vous majeurs. Le mois de novembre démarre sur les chapeaux de roues. Et le calendrier pourrait entretenir la volatilité des marchés après un mois d'octobre particulièrement difficile pour les actions technologiques.
Ce lundi soir, Apple et Palantir publieront leurs résultats trimestriels. Pour Apple, les investisseurs surveilleront particulièrement les ventes d'iPhone, les perspectives de fin d'année et l'évolution des coûts. Pour Palantir, spécialiste de l'analyse de données et de l'IA, la croissance et la rentabilité seront au centre des débats.
Demain, les Américains voteront pour les élections de mi-mandat. Le renouvellement de la Chambre des représentants et d'une partie du Sénat pourrait modifier les rapports de force à Washington. Les marchés surveilleront les conséquences possibles sur la fiscalité, la réglementation et les dépenses publiques. Les résultats d'AMD, autre géant des semi-conducteurs, seront également attendus.
Mercredi, place aux premières estimations de l'inflation de la zone euro, aux créations d'emplois du secteur privé américain et à l'indice ISM des services. Trois indicateurs essentiels pour évaluer la trajectoire de l'économie et des taux d'intérêt. Jeudi, la Banque d'Angleterre rendra sa décision monétaire, tandis que la production industrielle française apportera un nouvel éclairage sur l'état de notre économie.
Enfin, vendredi, le rapport mensuel sur l'emploi américain constituera le grand rendez-vous économique de la semaine. Après seulement 29 000 créations de postes en septembre, les investisseurs chercheront à savoir si le ralentissement du marché du travail se poursuit. Un chiffre décisif pour les anticipations de taux de la Réserve fédérale américaine !
Demain à la une : les Américains aux urnes
Demain, les Américains votent ! Les élections de mi-mandat permettront de renouveler les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 sièges du Sénat. L'enjeu est considérable pour Donald Trump, dont la marge de manuvre pourrait être considérablement réduite si l'opposition démocrate progresse suffisamment.
Pour les marchés, les conséquences potentielles concernent notamment les impôts, les dépenses publiques et la réglementation des entreprises technologiques. Mais les résultats pourraient rester incertains pendant plusieurs heures, voire davantage dans les circonscriptions disputées.
En parallèle, les investisseurs analyseront les résultats d'Apple et de Palantir publiés ce soir, avant ceux d'AMD et de Pfizer demain. Entre politique et technologie, Wall Street ne manquera pas de catalyseurs ce mardi.
Le lexique : dilution
Une dilution se produit lorsqu'une entreprise crée de nouvelles actions, généralement pour lever des fonds. Les actionnaires existants voient alors leur part dans le capital diminuer s'ils n'achètent pas de nouvelles actions. Exemple : vous détenez 1% d'une entreprise. Si celle-ci augmente de 25% le nombre de ses actions, votre participation tombe à 0,8%. Vous possédez toujours autant d'actions, mais une plus petite part du gâteau.










