Les marchés

Deux salles, deux ambiances sur les marchés. À Paris, le CAC 40 grimpe de 1,05% à 7 970 points, porté par une avalanche de résultats d'entreprises encourageants. Renault mène la danse (+6,9%), devant Dassault Systèmes (+6,3%), Safran (+2,6%) et Saint-Gobain (+2,3%). À l'inverse, Pluxee chute de 16,4%, on en reparle dans cette édition.

Wall Street fait grise mine... Le Nasdaq recule en effet de 1,3%, plombé par les valeurs technologiques. Alphabet s'effondre de 12% après des résultats décevants, entraînant dans sa chute les fabricants de semi-conducteurs. Les investisseurs s'inquiètent toujours de la rentabilité des investissements colossaux dans l'intelligence artificielle. Microsoft rassure pourtant avec un chiffre d'affaires en hausse de 19%, à 92,3 milliards de dollars, tandis qu'Oracle promet de générer 30 milliards de dollars de trésorerie disponible en 2029. On vous en parle souvent : les marchés veulent désormais des preuves, pas seulement des promesses !

Sur le front économique, les banques centrales américaine et européenne ont maintenu leurs taux inchangés. Christine Lagarde a par ailleurs annoncé son départ de la Banque centrale européenne en février prochain. Aux États-Unis, la croissance résiste mieux que prévu, avec une progression de 3,4% au troisième trimestre, tandis que le chômage reste faible.

Le problème ? L'inflation accélère à 3,6%, compliquant toute perspective de baisse des taux. Entre une économie américaine solide, des prix toujours élevés et des interrogations sur l'intelligence artificielle, les investisseurs restent prudents. Les résultats d'Amazon et d'Intel, attendus ce soir, constitueront les prochains tests pour le secteur technologique.

Les valeurs

Renault

Renault fait mentir les pessimistes. L'action bondit de 6,91% à 28,17 euros, en tête du CAC 40, après un chiffre d'affaires trimestriel supérieur aux attentes : 11,6 milliards d'euros, en hausse de 1,4%. Malgré la baisse des volumes, le constructeur auto résiste grâce aux ventes à ses partenaires, à des modèles plus rémunérateurs et à une bonne maîtrise des coûts. Les services financiers apportent aussi leur soutien, avec des revenus en progression de 11%.

Surtout, Renault confirme ses objectifs annuels, dont une marge opérationnelle (voir lexique) d'environ 5,5% et près d'un milliard d'euros de trésorerie générée par l'automobile. Une solidité qui tranche avec les avertissements sur les résultats de plusieurs de ses concurrents. Le groupe privilégie la rentabilité à la course aux volumes, mais reste sous pression face à l'offensive chinoise en Europe, où il réalise environ 70% de ses revenus. Malgré ce rebond, son action perd encore 20% depuis janvier.

TotalEnergies

+1,20% à 84,60 euros. Total profite à plein de la flambée des prix de l'énergie. Au troisième trimestre, son bénéfice net bondit de 124%, à 8,26 milliards de dollars ! Le géant français bénéficie d'un pétrole à 97$ le baril en moyenne, contre 69,1$ un an plus tôt, mais aussi de la vigueur du gaz naturel liquéfié et de marges de raffinage multipliées par quatre en Europe. De quoi générer 12,26 milliards de dollars de trésorerie et porter son troisième acompte sur dividende à 0,90 euro par action, en hausse de 5,9%.

Une envolée des profits qui risque aussi de raviver les critiques, alors que les prix à la pompe grimpent et que le climat social se tend en France... Depuis le début de l'année, l'action progresse désormais de 52% à la Bourse de Paris (hors dividendes). Retrouvez ici la totalité de notre sélection défensive de long terme, ainsi que notre objectif boursier sur Total.

Palmarès SBF 120

Plus fortes hausses

MERSEN : 43,96 euros, +11,91% ; SOITEC : 133,00 euros, +8,04% ; RENAULT : 28,17 euros, +6,91%

Plus fortes baisses

PLUXEE : 11,86 euros, -16,42% ; DBV TECHNOLOGIES : 1,82 euros, -4,51% ; UBISOFT : 4,22 euros, -3,12%

Le coin des smalls : Pluxee

Lanterne rouge du SBF 120, Pluxee plonge de 16,42% à Paris, à 11,86 euros. Clairement, ses résultats annuels supérieurs aux attentes ne suffisent pas à rassurer. Le spécialiste des titres-restaurant subit de plein fouet une réforme brésilienne, qui plafonne les commissions, accélère les remboursements aux commerçants et ouvre davantage le marché à la concurrence. Conséquence directe, ses revenus en Amérique latine ont chuté de 12,1% sur l'exercice écoulé.

Et le choc va se prolonger. Pour 2026-2027, présenté comme une « année de transition », Pluxee vise un résultat brut d'exploitation d'au moins 440 millions d'euros, contre 488 millions cette année, un objectif inférieur aux attentes du marché. Surtout, le retour à une croissance rentable est désormais repoussé à moyen terme. Même le dividende proposé de 0,65 euro par action, en hausse de 71%, ne console pas les investisseurs... L'action éligible au PEA-PME cède désormais 12% en 2026.

Le monde d'après : IA, l'heure des comptes

Alphabet trébuche, Microsoft rassure. La maison mère de Google plonge de 12% dans les premières heures d'échanges à Wall Street ce jeudi, malgré un chiffre d'affaires trimestriel de 127,6 milliards de dollars. Le point faible ? La recherche en ligne, son moteur historique de revenus publicitaires. Ses recettes progressent de 12%, contre 16,8% au trimestre précédent, et manquent les attentes du marché. Même le doublement des revenus de Google Cloud, à 30,7 milliards de dollars, ne suffit pas à rassurer. Surtout, Alphabet a consommé 9,1 milliards de dollars de trésorerie, alors que les bureaux d'études attendaient l'équilibre. Les investisseurs redoutent que l'intelligence artificielle fragilise la recherche traditionnelle avant de devenir suffisamment rentable pour compenser ses coûts.

À l'inverse, Microsoft gagne 2% après avoir dépassé les attentes. Son chiffre d'affaires atteint 92,3 milliards de dollars, en hausse de 19%, tandis que son bénéfice par action progresse de 18%. Son activité d'informatique dématérialisée (cloud) Azure accélère nettement : sa croissance atteint 48%, contre 41% au trimestre précédent et 45% attendus. Mais cette course à l'IA impose aussi des économies. Microsoft prévoit de proposer un plan de départ volontaire à environ 60 000 salariés, soit un quart de ses effectifs, et envisage de lever des fonds supplémentaires. En somme, le marché reste prêt à financer la course à l'IA, mais exige désormais, à juste titre, des résultats à la hauteur des milliards investis.

Demain à la une : le dernier test

Dernière séance d'octobre, dernier test pour les marchés ! Demain, la croissance et les prix partageront l'affiche. Les premières estimations de croissance du troisième trimestre en France et en zone euro permettront de jauger la résistance de l'économie européenne. Une activité décevante pourrait raviver les inquiétudes sur les bénéfices des entreprises. L'inflation française d'octobre sera également scrutée : une nouvelle accélération compliquerait la tâche de la BCE...

Côté entreprises, Sanofi sera au premier plan à Paris, avec ses résultats trimestriels et ses perspectives. Aux États-Unis, les majors pétrolières ExxonMobil et Chevron prendront le relais. Leurs publications permettront de mesurer comment les conditions du marché de l'or noir se traduisent dans leurs bénéfices. Au-delà des comptes, leurs commentaires sur la demande et les investissements devraient donner le ton à l'ensemble du secteur énergétique. À suivre !

Le lexique : marge opérationnelle

La marge opérationnelle mesure la part du chiffre d'affaires qu'une entreprise transforme en bénéfice grâce à son activité, avant les charges financières et l'impôt sur les bénéfices. Elle se calcule en divisant le résultat opérationnel par le chiffre d'affaires, puis en multipliant le tout par 100. Par exemple, une marge opérationnelle de 5,5% signifie que, pour 100 euros de ventes, l'entreprise dégage 5,50 euros après avoir payé ses coûts de production, ses salaires et ses autres dépenses de fonctionnement, y compris l'usure comptable de ses équipements.

Plus cette marge est élevée, plus l'entreprise tire de bénéfices de ses ventes. Sa progression peut traduire une meilleure maîtrise des coûts ou la vente de produits plus rémunérateurs. Pour les investisseurs, c'est un indicateur clé de rentabilité, à comparer surtout entre entreprises d'un même secteur. Attention toutefois, ces 5,50 euros ne constituent ni le bénéfice net final ni une somme directement disponible en trésorerie.