Bruno Le Maire a-t-il dévoilé les principales mesures relatives à lépargne ou doit-on sattendre à des surprises ?
Jean Malhomme : « Il peut toujours y avoir des surprises dans le projet de loi qui sera présenté en conseil des ministres, mais le ministre a déjà communiqué sur son projet, les échanges avec Bercy ont été nombreux et le CCLRF (1) a été consulté ; je pense donc que les annonces de Bruno Le Maire offrent une image très proche du projet de loi sur le volet épargne. »
La FFA est-elle satisfaite des mesures présentées sur lassurance-vie ?
J.M. : « Oui, nous nous retrouvons tout à fait sur les objectifs, ainsi que sur les mesures énoncées, notamment sur le nouvel euro-croissance. Notons cependant que le nouvel euro-croissance nécessite non seulement des mesures dordre législatif, qui devaient figurer dans le projet de loi Pacte, mais aussi dautres mesures dordre réglementaire, qui devront intervenir ultérieurement. »
Quelles seront les mesures intégrées dans la loi ?
« Simplifier drastiquement lassurance-vie euro-croissance »
J.M. : « Lobjectif est de simplifier drastiquement lassurance-vie euro-croissance, et de la rendre plus attractive. En ce sens, une mesure très importante figure dans le projet de loi : la mutualisation des valeurs de rachat pour lensemble des souscripteurs dun support euro-croissance. Cela se traduira par une performance commune à tous les clients pour un fonds euro-croissance. »
Et quelles seront les mesures complémentaires faisant lobjet de décrets ou arrêtés, postérieurs à la loi ?
J.M. : « La première : prolonger la faculté de transfert dactifs des fonds en euros vers leuro-croissance. Le décret de juillet 2016 permet ces transferts jusque fin décembre 2018. Pour favoriser lattractivité de leuro-croissance dans le contexte actuel de taux bas, il conviendrait de prolonger ce délai. Seconde mesure envisagée : permettre dintégrer des fonds euro-croissance aux contrats dépargne-retraite. A ce jour, le Perp nécessite dêtre géré dans un canton, et les supports euro-croissance sont eux-mêmes cantonnés. Or intégrer un canton dans un canton, cest techniquement et financièrement trop complexe ! Des discussions sont en cours pour permettre dintégrer leuro-croissance aux contrats dépargne-retraite sans passer par un double cantonnement. Si lensemble de ces mesures se concrétisent, dans le projet de loi et par textes réglementaires, alors lobjectif de simplicité et dattractivité de leuro-croissance sera atteint. »
Comment transformer leuro-croissance en un produit avec un rendement unifié ?
« La performance est unifiée mais la gestion des garanties reste individualisée »
J.M. : « Aujourdhui, pour les fonds euro-croissance, quand un assureur annonce un rendement moyen de 3,40% en 2017, aucun client ne touche précisément cette performance. Les clients touchent 4% ou 3%, par exemple, selon la date de souscription et la durée dengagement. A la différence dun fonds en euros, il y a une différence entre la performance globale du fonds et la performance individualisée. Demain, avec la loi Pacte, les performances individuelles et collectives seront les mêmes pour leuro-croissance : si lassureur annonce 3,40%, chaque client verra bien la valeur de son fonds euro-croissance progresser de 3,40% pour lannée écoulée sur son contrat. »
Mais comment articuler cette performance unique avec les échéances plus ou moins lointaines choisies par les assurés ?
J.M. : « La performance devient unifiée mais, effectivement, la gestion des garanties reste individualisée. Le principe est inchangé par rapport au produit actuel : si un client investit sur de leuro-croissance en 2019 en choisissant une échéance à 10 ans, alors son capital sera garanti à 100% en 2029. Un autre client qui investit en même temps avec une échéance de 15 ans bénéficiera de son côté dune garantie en 2034. »
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Que se passera-t-il en cas de retrait avant le terme, léchéance minimum étant de 8 ans sur leuro-croissance ?
J.M. : « Le capital est garanti à léchéance choisie. En cas de retrait anticipé, vous touchez la valeur de votre fonds euro-croissance à la date du retrait : si celle-ci a baissé et que vous rachetez avant léchéance, vous pouvez enregistrer une perte, la garantie ne jouant quau terme. Il ny a pas leffet cliquet du fonds en euros. Je souligne toutefois que ces dernières années les performances des fonds euro-croissance nont jamais été négatives ! La grande majorité des contrats a permis dobtenir des performances supérieures à celles du fonds euros, ce qui est bien leur objectif. »
Quel sera lintérêt pour lépargnant de choisir une échéance longue, de 15 ou 20 ans, plutôt que les 8 ans réglementaires ? Un bonus de rendement ?
J.M. : « Le nouvel eurocroissance devrait permettre dattribuer des garanties supérieures aux échéances plus lointaines. Par exemple, sur le même fonds, une garantie à 100% pourrait être proposée aux clients souhaitant une échéance de 10 ans, et un bonus supplémentaire de 5% pourrait être proposé aux clients souhaitant une échéance de 15 ans, permettant darriver à 105%. »
Leuro-croissance ne jouit pas dune bonne image à ce jour. Comment la restaurer ?
« Les performances sont déjà bonnes, supérieures aux fonds en euros »
J.M. : « Leurocroissance actuel est un bon produit, mais il souffre de sa complexité. Si les différentes mesures évoquées sont appliquées, le changement sera important : leuro-croissance va devenir plus simple et attractif ! Cela contribuera forcément au développement du produit. Les performances sont déjà bonnes, supérieures aux fonds en euros : si leuro-croissance devient plus simple, on enlève le principal frein à sa commercialisation. »
Le nom de leuro-croissance va-t-il changer ?
J.M. : « Je ne le sais pas encore. »
Bruno Le Maire veut décupler lencours de leuro-croissance en 2 ans. Est-ce réaliste ?
J.M. : « Il a annoncé un objectif dencours de 20 milliards deuros, 2 ans après lentrée en vigueur de la loi Pacte. Si lensemble des aménagements évoqués est mis en uvre, nous sommes confiants sur le fait que le nouveau produit se développera massivement. Cest un objectif ambitieux mais réaliste. »
Certains réseaux de distribution dassurance-vie ont peu mis leuro-croissance en avant ces dernières années
J.M. : « Si le produit devient simple et attractif, les réseaux et les clients pourront plus aisément se lapproprier. »
Les statistiques montrent que, de fait, la collecte en unités de compte progresse. Dans ces conditions, leuro-croissance est-il nécessaire ?
J.M. : « Effectivement, la collecte sur les unités de compte (UC) progresse, elle représente déjà plus de 30% des volumes et continue à croître. En constatant la baisse de rendement des fonds en euros, les épargnants sorientent de plus en plus vers les UC pour obtenir de meilleures performances. Mais beaucoup d épargnants demeurent très attachés à la garantie en capital. En cela, leuro-croissance est nécessaire : pour leur proposer une alternative au fonds euros, toujours avec une garantie, mais avec de meilleures perspectives de rendement. »
Concernant lépargne-retraite, la proposition de la FFA dun produit unique, Revavie, na pas été retenue. Mais le projet de loi inclut la portabilité des différents types de produits. Cela va-t-il bousculer ce marché ?
J.M. : « La portabilité va certainement contribuer à lattractivité des produits dépargne-retraite. Cela faisait dailleurs partie de nos propositions. Pour les particuliers, le fait de savoir quils pourront conserver leurs produits dépargne-retraite tout au long de leur vie professionnelle, malgré des changements dentreprise et de statut, cest clairement un facteur dattractivité. »
(1) Comité consultatif de la législation et de la réglementation financières





















