Cette fois, le chantier de lépargne retraite est sur la table. Le gouvernement a lui-même ouvert la brèche dans le cadre de sa consultation publique en vue du projet de loi Pacte (1). Parmi les propositions de Bercy : « Développer et simplifier les produits dépargne-retraite, pour les faire converger autour de caractéristiques communes. » Dans les rapports préliminaires, cet objectif se traduit même par la création dun nouveau produit, le Compte Avenir, remplaçant les produits existants.
« Les modalités sont en plein débat »
A loccasion de sa conférence annuelle, la Fédération française de lassurance (FFA) a dévoilé « son » projet de produit unique d« assurance retraite ». Déçus par la tournure des négociations sur la flat tax, le gouvernement ayant rapidement rejeté les propositions alternatives de la FFA sur la réforme de la fiscalité de lépargne, les assureurs prennent les devants sur le dossier épargne retraite. Avec un objectif : promouvoir lépargne longue et la sortie en rente viagère plutôt quen capital.
« Lassurance-vie est un instrument de retraite, mais pas un instrument dédié à la retraite », a rappelé le président de la FFA Bernard Spitz en préambule, afin de souligner la faiblesse du marché des « purs » produits dépargne retraite et des régimes de retraite complémentaire en France. « Nous sommes entièrement dépendant de la répartition », a-t-il regretté.
Revavie VS Compte Avenir
La solution de la FFA : Revavie, « nom de code » du produit unique proposé par la fédération. Cette « assurance retraite » serait ainsi accessible à tous (salariés, indépendants, fonctionnaires, « sous forme individuelle ou collective », etc.), serait bloquée en phase dépargne jusquà la retraite, et assurerait ensuite un « complément de revenu garanti » en rente viagère. Revavie, dont le nom pourrait évidemment changer, viendrait remplacer les actuels Perp, contrats retraite Madelin et autres plans dépargne retraite entreprises (dits PERE ou « article 83 »). Sur ce point, Bernard Spitz sest toutefois voulu prudent : « Les modalités sont en plein débat », a-t-il répondu à une question sur lidentité des produits ayant vocation à disparaître. En revanche, il sest voulu catégorique sur le Perco : ce plan dépargne salarial aujourdhui bloqué jusquà la retraite « ne serait pas inclus dans cette réforme ». Selon Bernard Spitz, « le Perco nest pas un produit de retraite » mais uniquement un produit dépargne salariale.
Voici donc une première divergence avec le projet gouvernemental. Le rapport Barrot-Zagury esquissait en effet dune part un Compte Avenir individuel intégrant Perp, Préfon et contrat Madelin, dautre part un Compte Avenir collectif intégrant PERE et autre Perco. Par ailleurs, ce même rapport nexcluait pas une « sortie partielle en capital » à la retraite, laquelle ne semble pas avoir les faveurs des assureurs.
Un produit transférable, contrairement à lassurance-vie
Les assureurs donnent en revanche des gages de bonnes intentions en proposant que Revavie soit « transférable » dun assureur à un autre. A ce jour, le Perp est ainsi transférable dune campagnie à une autre, au contraire de lassurance-vie, chaque contrat étant durablement attaché à la compagnie enregistrant la souscription. Par ailleurs, la FFA propose que Revavie soit « portable sans pénalité » en cas de changement demployeur ou dévolution dactivité. « Les carrières changent », justifie le président de la FFA. « On est salarié, puis on devient indépendant, puis on redevient salarié. »
Bernard Spitz a en revanche laissé planer un certain flou sur le calendrier de la réforme. Lui imagine son projet Revavie sinscrire dans la réforme des retraites, actuellement portée par Jean-Paul Delevoye et à léchéance plutôt lointaine (été 2019). Or Bercy a inclut une refonte de lépargne retraite dans son Pacte, à léchéance bien plus proche (projet de loi présenté dès le printemps 2018). Reste un point sur lequel Bernard Spitz sinscrit dans les pas de Bercy : la volonté de « converger vers un système uniforme ». Car le constat, celui de Français boudant les « purs » produits d'épargne retraite, souvent méconnus ou jugées trop complexes, est lui aussi unanimement partagé. Les négociations sont lancées
Les chantiers « épargne » de la loi Pacte
Outre lharmonisation des produits dépargne retraite, le ministre de lEconomie et des Finances Bruno Le Maire a esquissé plusieurs autres pistes de réforme dans le cadre de son Pacte :
Fonds euros bonifiés. Bercy envisage de créer une nouvelle génération de fonds en euros, avec une garantie en capital partielle, et offrant des perspectives de rendement plus avantageuses en cas de détention longue. La FFA soutient Bercy dans cette démarche, qui devrait se concrétiser via la loi Pacte : Bernard Spitz affirme avoir proposé au gouvernement de « limiter les rendements pendant une période pour les rendre plus importants pendant une période supérieure ». Objectif : inciter à lépargne longue. Reste à savoir si ces fonds euros bonifiés viendront sajouter ou remplacer les actuels fonds euro-croissance.
PEA jeune. Bercy compte permettre aux « enfants » douvrir un Plan dépargne en actions, via leur représentant légal, avec un montant plafonné et des sommes bloquées jusquà la majorité.
Epargne salariale. Emmanuel Macron a lui-même déclaré vouloir « revisiter » lintéressement et la participation. Parmi les propositions qui ont été soumises à la consultation publique par Bercy : le développement de ces dispositifs dans les TPE et PME, lidée de rendre les plans dépargne salariale « portables » dune entreprise à une autre, lincitation aux versements sur les PEE et Perco, etc.
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(1) Plan daction pour la croissance et la transformation des entreprises. La consultation publique sest tenue du 15 janvier au 5 février 2018.



















