Michaël Zemmour, Économiste
Michaël Zemmour
Économiste
Enseignant-chercheur à l’Université Lumière Lyon 2 (Laboratoire Triangle) et chercheur associé à Sciences Po (LIEPP)
Du point de vue du grand public, on lit énormément d'informations qui semblent contradictoires sur le système de retraite français. Doit-on avoir peur d'une « implosion » du régime général ?

Michaël Zemmour : « Une implosion du système, clairement, non : il n'y a aucune raison d'en avoir peur. La question du risque de faillite ne se pose pas vraiment. Le fait de parler de risque d'implosion est plus à voir comme un ressort politique. Comme le système par répartition est populaire, en France, si on dit “je veux le changer”, cela ne passe pas. Donc il faut faire peur. Cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas d'enjeux financiers ! Actuellement, la France consacre 14 points de PIB aux retraites. Cela n'a pas beaucoup bougé depuis une décennie. Et le COR estime que cela ne va pas énormément bouger jusqu'en 2045 et ce même si la part de retraités va, elle, fortement augmenter. »

« Nous, on n'aura pas de retraite ! » : l'angoisse des jeunes est-elle fondée ?

Comment est-ce possible que la part de PIB consacrée aux retraites ne s'envole pas alors que le nombre de retraités va bel et bien augmenter d'ici 2045 ?

Michaël Zemmour : « Notamment grâce aux réformes d'âge en cours [recul de l'âge légal, NDLR], dont l'application va assez vite. Par ailleurs d'anciennes réformes ont encore des effets, sur la baisse des taux de remplacement [c'est-à-dire sur la baisse des niveaux de pension par rapport aux revenus lors de la vie active, NDLR]. Le COR nous dit que le solde déficitaire du système de retraite est d'environ 5 milliards et qu'il resterait relativement stable pendant une vingtaine d'années encore. A l'échelle du système de retraite, ce n'est pas énorme. Je ne vais pas dire que c'est bien ! Mais cela ne représente pas, économiquement parlant, un grand danger. Il existe en revanche un désaccord entre privé et public sur qui doit payer ce déficit... Mais dans l'absolu, la dépense liée à l'évolution démographique est contrôlée. »

Concernant les trois leviers, l'âge de départ, le niveau de pension et le niveau de cotisations, est-il tout de même nécessaire d'en activer un, ou plusieurs, dans les prochaines années ?

Michaël Zemmour : « Il y a deux horizons à distinguer. Jusqu'en 2045, cela se résume à décider si l'on fait plus payer les retraités au niveau fiscal ou si on augmente les cotisations sociales des salariés. Et, en parallèle : est-ce que l'on revient ou non sur la réforme de 2023, auquel cas il faudrait aller chercher des recettes supplémentaires pour le régime. »

« Aujourd'hui, le marché du travail et la place laissée aux seniors ne sont pas adaptés au levier du recul de l'âge légal : trop peu de gens peuvent réellement continuer à travailler plus longtemps »

« Ensuite, après 2045, le ralentissement de la natalité pourrait conduire à une dégradation du niveau des pensions de retraites, et par conséquent à la place des retraités comme moteurs de l'économie. Il faudra amorcer un pilotage, dans les 10 prochaines années, pour anticiper cet horizon afin de ne pas être pris de court. Aujourd'hui, le marché du travail et la place laissée aux seniors ne sont pas adaptés au levier du recul de l'âge légal : trop peu de gens peuvent réellement continuer à travailler plus longtemps. Il faudra trouver des solutions à plus long terme. »

« Au pire, les retraités reviendraient à terme dans des niveaux de vie connus lors des années 1980 : les retraites étaient plus faibles, mais pas sous le niveau de pauvreté »

Que répondre à une personne de 25, 30 ou 40 ans qui dit : « de toute façon, nous on n'aura aucune retraite » ?

Michaël Zemmour : « Sur l'idée du “on n'aura pas de retraite”, crainte qui ressort dans certaines études sociologiques ou dans certains sondages, c'est notamment alimenté par les discours anxiogènes accompagnant les multiples réformes. Il y a bel et bien des questions qui se posent : quel âge et quel niveau de vie à la retraite, par exemples ? Mais même dans les projections les plus pessimistes, au pire, les retraités reviendraient à terme dans des niveaux de vie connus lors des années 1980 : les retraites étaient plus faibles, mais pas sous le niveau de pauvreté. Les angoisses peuvent se comprendre mais, de fait, qui peut imaginer un pays choisir de ne garantir aucune retraite ? A partir de là, tout est une question de pilotage, donc d'âge et de niveau de vie des retraités. »

La retraite en débat : le point de vue des économistes

MoneyVox a interrogé plusieurs économistes, à l'expertise reconnue sur le sujet des retraites, tout d'abord sur la différence de ressources entre actifs et retraités, puis sur la pérennité du régime.

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