Bruno Ménard, Secrétaire général du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France
Bruno Ménard
Secrétaire général du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France
Bruno Ménard, vous avez réagi à la publication de notre article relayant la publication de la circulaire sur les trimestres de retraite des pompiers volontaires. C'est le mot de « bonification » qui vous a fait tiquer en particulier. Pourquoi ?

Bruno Ménard : « On pourrait parler de trimestres complémentaires. Mais pas de bonification de trimestres supplémentaires. Car cette mesure ne va pas nous permettre de partir plus tôt à la retraite ! Ou uniquement pour ceux qui n'ont pas une carrière complète à l'âge légal [Les trimestres supplémentaires ne seront pas réputés cotisés, ils ne permettront donc pas de partir plus tôt avant l'âge légal dans le cadre du dispositif carrière longue. La mesure permet principalement d'éviter une décote si vous n'avez pas tous vos trimestres pour le taux plein, NDLR]. De nombreux pompiers ont cru qu'ils pourraient partir plus tôt quand la mesure a été annoncée. On a entendu que l'on nous offrait des trimestres... Ce n'est pas le cas ! Ça ne permettra pas à tous les sapeurs-pompiers volontaires de partir plus tôt ! »

« Ça ne permettra pas à tous les sapeurs-pompiers volontaires de partir plus tôt ! »

L'annonce de trimestres supplémentaires pour les sapeurs-pompiers date de la réforme des retraites de 2023. Et les modalités ont été précisées par décret en janvier 2026. De quand date votre mécontentement ?

B. M. : « À la publication du décret, on a tout de suite vu le problème. C'est la fédération nationale des pompiers de France qui a fait une bêtise. Ils défendent un système, nous nous défendons les sapeurs-pompiers volontaires. Il avait été annoncé que ce serait DES trimestres de retraite en plus, lors de la réforme. En octobre 2025, M. Retailleau [à l'époque ministre de l'Intérieur, NDLR] a annoncé que le décret d'application allait être pris et que ce serait un décret supplémentaire à partir de 15 ans de volontariat. La fédération s'est félicitée de la mesure mais, dès l'après-midi, j'ai déposé une plainte contre le Premier ministre [plainte pour « excès de pouvoir » du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France contre Sébastien Lecornu, NDLR]. Parce qu'il voulait tordre l'esprit de la loi en proposant un trimestre de retraite uniquement à partir de 15 ans. Or la loi (1) disait DES trimestres. »

In fine, le décret publié en janvier 2026 et la circulaire de la Cnav publiée le 23 juillet prévoit jusqu'à 3 trimestres supplémentaires, à condition d'avoir dépassé les 25 ans d'engagement (et 1 trimestre à partir de 10 ans).

Comment comptez-vous réagir désormais ?

B. M. : « Maintenant que le décret est publié, la seule solution c'est le Conseil d'État. Si le Conseil d'État nous donne raison, en annulant le décret d'application, ça va être rock'n'roll, car il faudra tout recalculer de façon rétroactive. »

Tout recalculer... mais dans les faits personne n'a encore profité de cette nouvelle mesure. Elle ne s'applique que pour les anciens sapeurs-pompiers qui partent à la retraite à partir du 1er juillet 2026...

B. M. : « Non, octobre 2023 ! Nous attaquerons aussi le gouvernement sur le fait de ne pas avoir pris le décret d'application dans un délai convenable. Pour le Conseil d'État, un délai raisonnable, c'est 6 mois. Il aurait dû être pris avant octobre 2023 [la réforme des retraites dite « Borne » a été promulguée le 14 avril 2023, NDLR]. Et tous les sapeurs-pompiers volontaires pourront engager une procédure contre le gouvernement. »

Vous avez donc déjà déposé un recours en Conseil d'État ?

B. M. : « Oui, il a été déposé en mai. La procédure prendra probablement 2 ou 3 ans. »

Pour finir, très concrètement, à ce jour et donc avant la mise en place de cette mesure, l'engagement des pompiers volontaires n'influe en rien sur le montant de leur retraite et sur leur âge de départ ?

B. M. : « Rien du tout. »

Le Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France (SSPVF), créé en 2024, est l'un des deux syndicats de sapeurs-pompiers volontaires. L'autre, le Syndicat national des sapeurs-pompiers volontaires (SNSPV) a lui été créé en 2000.

Ces deux organisations syndicales sont à distinguer de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), au statut associatif.

(1) Article L173-1-5 du Code de la sécurité sociale : « Les assurés ayant accompli au moins dix années de service, continues ou non, en qualité de sapeur-pompier volontaire ont droit à des trimestres supplémentaires pris en compte pour la détermination du taux de calcul de la pension et la durée d'assurance dans le régime, dans des conditions et des limites prévues par décret en Conseil d'État. (...). »