A l'occasion d'un colloque scientifique de l'AMF qui se tient aujourd'hui, le gouverneur de la Banque de France a partagé son constat sur l'éducation financière et les remèdes pour que la situation s'améliore. Un vœu pieux ?

Année après année, le constat reste inchangé : « La France a des lacunes en matière d'éducation économique et financière des ménages », a regretté François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France. Pour lui, maîtriser les notions économiques et financières de base est loin d’être une simple exigence théorique. Chaque individu est amené, au quotidien, à prendre des décisions financières, qu’il s’agisse de consommer, d’acquérir un logement ou encore de préparer sa retraite.

Nouveaux risques et opportunités avec le digital

Malheureusement, selon l'enquête PISA rappelée par le gouverneur, près de 20% des élèves de 15 ans n'atteignent pas le niveau de compétence de base en culture financière, ce qui est plus que la moyenne des pays évalués (1). Pire ! Des études de la Banque de France (2) ont établi que moins d'un individu sur trois ne fait pas d'erreurs sur le calcul des intérêts, sur l'effet de l'inflation sur l'épargne et sur le caractère plus ou moins risqué des produits financiers.

Avec l'émergence du digital, les Français se retrouvent fortement exposés. « Les nouvelles technologies multiplient en effet les opportunités pour le consommateur, en matière de paiement, de financement – le crowdfunding – ou encore d’investissement – les « robot advisors » –, mais elles ne sont pas exemptes de risques. Mieux comprendre, pour mieux décider, c’est là tout l’enjeu de l’éducation financière aujourd’hui », estime François Villeroy de Galhau. « L’éducation financière est indispensable dans un monde digital, qui donne plus d’autonomie aux consommateurs. Les Français doivent être aussi bien protégés sur le digital que sur la finance traditionnelle. »

Vérifier l'information délivrée

Que faire ? Pour le patron de la Banque de France, « l'autonomie des consommateurs face au digital n'existe réellement que si elle est garantie tout au long du parcours client par une information et un conseil adaptés, à la fois en termes de contenu, de cohérence et de chronologie. En outre, il faut veiller à ce qu'en amont de son choix, le client ne soit pas profondément influencé (via internet ou les réseaux sociaux), parfois même à son insu ».

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La Banque de France, qui a été désignée depuis avril dernier par le ministère des Finances comme opérateur de la stratégie nationale d'éducation financière, propose déjà des ateliers pédagogiques, des expositions ou un site Citeco pour vulgariser l'économie et la Finance. A partir de 2018, elle disposera même d'un musée : la Cité de l'Economie et de la Monnaie. Bien entendu, tout ceci n'est pas suffisant. Son rôle d'opérateur national va donc l'amener à coordonner, à orchestrer toutes les actions des parties prenantes : les régulateurs (ACPR, AMF…), les associations de consommateurs, les entreprises du secteur financier, sans oublier l'Institut pour l'éducation financière du public et l'éducation nationale.

Utiliser les supports pertinents

Le gouverneur de la Banque de France a rappelé sa feuille de route sur le sujet : « toucher tous les publics (...), tous les sujets qui s'y rattachent – l’éducation financière, mais aussi budgétaire, et les questions économiques et monétaires – et utiliser tous les supports pertinents pour diffuser largement ces connaissances ».

(1) 15,3% en moyenne dans les 13 pays évalués contre 19,4% en France.

(2) Etudes Arrondel et al. 2013 et 2015.