[POINT DE VUE] Entre autres conséquences, la dernière baisse de taux du Livret A a beaucoup fait parler ces dernières semaines. Avec au milieu de ce brouhaha médiatique de nombreux acteurs qui en profitent pour égratigner l’épargne réglementée, espérant « récupérer » une partie des Français qui seraient tentés de s’en détourner.

1%. C’est historique : jamais, depuis sa création – 1818, comme le rabâcheront ceux qui souhaitent « dramatiser » un peu plus l’évènement - le taux de rémunération du Livret A n’a été aussi bas. Un fait largement relayé et commenté sur le web, les réseaux sociaux et dans la presse depuis la fin du mois de juillet. Logique : avec son taux de détention dépassant les 95%, le Livret A est LE produit d’épargne populaire par excellence. Les aléas de son niveau de rémunération concernent donc quasiment tous les Français. Et lorsque ceux-ci l’amènent à un taux aussi symboliquement bas que 1%, les réactions n’en sont que plus fortes, épidermiques et bien souvent subjectives. Twitter en est un bon révélateur :

1% : le seuil psychologique ?

Mais au-delà des réactions désabusées, des coups de gueule ou des traits d’humour, cette nouvelle baisse du taux va-t-elle vraiment entraîner une désaffection notable des Français pour leur Livret A et les inciter à détourner leur épargne vers d’autres produits ? Certains sondages, rapidement lancés sur le sujet, signalent que cette probabilité s’accroît. Comme celui de l’Ifop, indiquant en juillet dernier que 51% des détenteurs interrogés déclaraient vouloir placer leurs économies ailleurs. Un an auparavant, ils n’étaient « que » 43% à afficher les mêmes intentions. Ce qui, au passage, permet de relativiser l’ampleur présumée du phénomène : en août 2013, le taux du livret passait de 1,75% à 1,25%. Résultat : sur un an (de juillet 2013 à juin 2014), il a enregistré une décollecte nette de 730 millions d’euros. Un mouvement qui n’est pas anodin en valeur absolue, mais qui ne correspond au final qu’à une baisse de 0,2% de son encours total, qui se chiffre encore à plus de 268 milliards d’euros. Bref, on est loin d’une vague massive de désinvestissement sur l’épargne réglementée !

Dans ce contexte, est-ce que cette nouvelle baisse de 0,25 point est de nature à générer un effet de bascule et convaincre une part non négligeable des Français à passer de la parole (dans les sondages) aux actes ? Bien malin celui qui saura évaluer l’impact réel de cette diminution, pour bonne partie psychologique lorsque l’on arrive à des chiffres aussi symboliques. Il y a d’ailleurs fort à parier que la dernière intervention du gouvernement sur la fixation de la rémunération du Livret A visait aussi à ne pas afficher un taux inférieur à l'unité et commençant par un zéro (zéro virgule cinquante par exemple) ! Au milieu de la masse de réactions des tweetos sur le #livreta, le ministère des Finances s’est aussi fendu d’un tweet rappelant que « 0,25 point en moins c’est 350 millions d’euros en plus pour des prêts au secteur HLM ».

Séduire les épargnants déçus du Livret A

Quoiqu’il en soit, s’il en est à croire en – ou espérer - un détournement d’une part significative du flux d’épargne des Français, ce sont bien les distributeurs d’autres solutions d’épargne ou de placement. Un taux de Livret A ramené à 1% constitue même pour nombre d’entre eux une opportunité exceptionnelle pour faire la promotion de leurs produits.

Les plus « timides » se sont alors bornés à relayer en masse les nombreux articles annonçant la baisse de rémunération du livret réglementé, proposant parfois charitablement aux particuliers de réfléchir aux différentes alternatives pour leur épargne.

D’autres opérateurs, nombreux eux aussi, n’ont pas hésité à communiquer plus franchement :

Evidemment, l’assurance-vie est particulièrement représentée parmi les candidats à « l’accueil » des épargnants déçus du Livret A. Logique : avec ses 1.559 milliards d’euros d’encours (chiffre T1 2014 – Banque de France), il s’agit du produit d’épargne vedette des Français, qui gagne encore des points depuis le début de l’année. Exemples :

Reste que l’assurance-vie ne peut pas être considérée comme une alternative strictement comparable au Livret A, ne serait-ce que sur le plan de la liquidité de l’épargne. Par ailleurs, les performances actuelles de ses fonds en euros sont loin d’atteindre des sommets. « Le bas niveau des taux d’intérêt n’est guère favorable aux placements en assurance vie, » analyse l’AMF dans sa cartographie 2014 des risques et tendances pour l’épargne.

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D’ailleurs, rares sont les produits « alternatifs » à mettre clairement leurs performances en avant dans leurs messages, préférant largement insister sur la faiblesse du taux du Livret A. Seuls quelques-uns avancent leurs offres de bienvenue à base de primes ou de taux boostés sur quelques mois.

Et pour cause : les niveaux de rémunération de base des livrets classiques ne sont actuellement pas forcément supérieurs (surtout en prenant en compte la différence de fiscalité). Nombre d’entre eux viennent d’être encore revus à la baisse, dans une vague de réajustements par rapport au taux du livret réglementé. Difficile, dans ces conditions, de communiquer clairement sur la compétitivité supposée de leur produits !

Tout ce remue-ménage estival a aussi été l’occasion de voir surgir d’autres propositions plus inattendues. Comme ce courtier en crédit qui en profite pour poser cette question plutôt étonnante de sa part (et largement reprise dans les médias) : « vaut-il mieux épargner à 1% ou rembourser un crédit par anticipation ? » Un raisonnement tout aussi valable lorsque le taux du Livret A était à 1,75% ou même 2,25%. Mais qui s'étudie au cas par cas, selon la situation financière et les projets de chacun. D’autant que les taux d’intérêt du crédit atteignent eux aussi leur plus bas niveaux historiques. « Quand on emprunte à un taux très bas, on ne peut qu’épargner sans risque à taux très bas, » rappelle d’ailleurs avec bon sens une tweetos du secteur.

Encore plus « exotique » : même certains acteurs du crowdfunding viennent chasser sur les terres du Livret A :

Mais la palme de l’originalité reviendra certainement à Bforbank, qui en profite pour évoquer sur son blog une alternative, certes très terre à terre, mais pour le moins étonnante : troquer son Livret A contre des vaches !