Un sentiment mitigé. La réforme du prélèvement à la source, est un peu son bébé. Christian Eckert, ex secrétaire d'Etat chargé du Budget du gouvernement de Manuel Valls et François Hollande, a été à la manœuvre pour ficeler cette réforme ensuite mise en place par le gouvernement d'Emmanuel Macron. Il s'avoue satisfait qu'elle ait pu aller au bout mais rappelle que cette réforme s'est faite à cheval entre deux quinquennats.

Christian Eckert, mise à part le report d'un an, pensez-vous que le gouvernement Macron a bien mis en œuvre cette réforme ?

Christian Eckert : « Oui mais je trouve vraiment dommage que l'on ne puisse mettre en avant la continuité qui a existé. Nous avons été capables de mener à bien une réforme à travers deux quinquennats. Il y a eu une appropriation excessive de cette réforme de la part de Gérald Darmanin, entre autres. Or elle était prête ! Tout était prêt, jusqu'aux campagnes de communication. »

Jugez-vous donc que le ministre des Comptes publics d'alors, Gérald Darmanin, a insuffisamment rappelé la paternité de cette réforme ?

C. E. : « Il aurait été honnête de souligner que cette réforme avait nécessité une importante préparation technique, politique et législative en amont. Le gouvernement Macron avait tout à fait le droit de reporter la mise en œuvre d'un an... Elle aurait ensuite pu être enterrée. Emmanuel Macron voulait vérifier l'absence de bugs : il n'y en avait pas. Il faut reconnaître à Gérald Darmanin le mérite d'avoir plaidé, avec Bruno Parent, directeur général des finances publiques, pour aller au bout de cette réforme. Il faut aussi rendre hommage à cette administration de Bercy qui, sans avoir été favorable à cette réforme à l'origine, a ensuite compris qu'il fallait la mener à bien. »

Quelles sont les « micro-modifications » faites par le gouvernement Philippe auxquelles vous faites référence sur votre blog ?

C. E. : « Avant tout l'avance des crédits et réductions d'impôt, portée de 30% à 60% et avancée de mars à janvier. C'est un point positif qui a aidé à la mise en œuvre de cette réforme. Cela n'a pas nui ! Pour l'anecdote, moi-même, je m'attendais à percevoir cette avance l'an passé mais je ne l'avais pas anticipé cette année : j'ai été surpris de ce virement provenant de la DGFiP mi-janvier. »

Investissez dans la Bourse au meilleur prix ! 7 offres comparées
Le prochain chantier, poursuite de cette réforme du prélèvement à la source, est la contemporanéisation des crédits et réductions d'impôt. En commençant par l'emploi à domicile en 2022. Vous saluez cette poursuite ?

C. E. : « Oui. A l'époque, ce n'était pas prêt, techniquement parlant, mais nous l'aurions volontiers porté aussi. »

En revanche l'automatisation de la déclaration des dons aux associations promise en 2020 prend du retard. Est-ce compréhensible ?

C. E. : « Il s'agit de sommes plus modestes : que ce ne soit pas la priorité, alors qu'ils ont dû gérer la crise sanitaire, est compréhensible. »

A ce jour, la réforme est comprise et appliquée sans grand accroc : cela aide à l'acceptation de l'impôt ?

C. E. : « Cela rend la sensibilité à l'impôt moins importante, puisque l'effort est dilué dans le temps. Est-ce une bonne chose ? Oui et non, il ne faudrait pas oublier le rôle citoyen de l'impôt. D'un point de vue citoyen et éthique, il ne faut pas que la déclaration automatique [possibilité de ne pas valider la déclaration si vous n'avez rien à modifier, mesure facilitée par le prélèvement à la source, NDLR] fasse oublier l'impôt sur le revenu, comme on oublie la TVA et ses divers taux aujourd'hui... »

Impôts : le prélèvement à la source, une réforme pas si parfaite ?