Générer des revenus passifs en Bourse, sans lever le petit doigt. C'est la promesse des robots de trading, ou Expert Advisors, des programmes informatiques paramétrés pour passer des ordres sur les marchés financiers sans intervention de votre part. Le pari est-il tenu ? Décryptage.

Les temps changent. Et les méthodes de trading avec eux. Si on passait auparavant les ordres à la criée, l'essentiel des opérations sont aujourd'hui réalisées sans intervention humaine. La force des algorithmes : leur rapidité d'exécution. Dès que les conditions sur le marché correspondent aux paramètres indiqués (prix, heure d'exécution...), vos ordres sont exécutés automatiquement. Bien connu des professionnels, le trading automatique permet de couper et d'ouvrir une multitude de positions en un temps record. « Le mythe du Loup de Wall Street, avec des ordres passés à la main, ça n'existe presque plus. Aujourd'hui : tout est automatisé », s'amuse Joël.

Voilà plusieurs années que ce lecteur de MoneyVox investit en Bourse. A ses débuts, Joël perdait sur les marchés autant d'argent qu'il en gagnait. « J'ai fait quelques beaux coups, mais j'avais tendance à céder à l'émotion », se souvient-il. « Je coupais souvent mes gains trop tôt, et mes pertes trop tard. C'est une réaction instinctive qui peut s'avérer handicapante pour les investisseurs ». Pour ne rien arranger, le temps lui manque. « Le trading est une activité très chronophage et j'ai un travail à côté », explique le trader en herbe.

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Alors quand il entend parler du trading automatique, Joël décide de sauter le pas. Mais très vite, il se heurte à une offre pléthorique et d'une qualité très hétérogène. « Il y a beaucoup de sites bidons, qui multiplient les fausses promesses pour duper les épargnants. J'ai perdu ma mise de départ plusieurs fois. Et il m'a fallu près d'un an avant de trouver une solution sérieuse », raconte Joël. Un vrai parcours du combattant.

Toutefois, le jeu en valait la chandelle selon lui. « J'ai fini par trouver ce que je cherchais : un robot de trading paramétré par un ancien ingénieur en informatique de formation, avec plus de 20 ans d'expérience dans le trading et les marchés financiers », explique Joël. Le robot de trading prend la forme d'un algorithme qui vient s'interfacer avec la plateforme du courtier qu'utilise Joël. Une fois paramétré, il analyse en temps réel des flux de l'entreprise Euronext - qui gère les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Dublin et Oslo - et passe jusqu'à 900 ordres par an sur les indices CAC40, DAX40 et S&P 500. Bilan : un gain moyen de 15 à 30% par an, d'après Joël, qui précise toutefois que la solution « n'a rien de magique » et n'exclut pas le risque de perte.

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Arnaques, flash crash... Les dérives du trading automatique

Cela dit, toutes les histoires ne se terminent pas aussi bien. Des robots, il en existe des dizaines, et tous - loin s'en faut - ne sont pas un placement gagnant. « En 20 ans sur les marchés, plusieurs robots de trading automatiques ou semi automatiques m'ont été proposés, que ce soit sur les monnaies, les indices ou les cryptos. Jamais un robot ne m'a donné des résultats substantiels dans le temps, et jamais personne ne m'a jamais parlé d'un robot performant pendant une longue période. J'aurais donc tendance à faire extrêmement attention à ce type d'offres, surtout sur les réseaux sociaux », alerte Nicolas Chéron, analyste chez Zone Bourse.

Il y a d'abord les arnaques, avec ces sites douteux qui promettent aux investisseurs des profits « garantis ». Une martingale qui conduit souvent les épargnants à investir leurs économies sur les plateformes de courtiers frauduleux. Une fois votre argent en poche, ces derniers disparaissent sans laisser de traces. Autre escroquerie largement répandue : les investisseurs se voient proposer un robot de trading gratuit s'ils déposent leurs fonds auprès d'un courtier spécifique. Une promesse qui, là encore, ne sera jamais tenue, le but de l'arnaqueur étant simplement de toucher une commission en recommandant de nouveaux clients au courtier. Plusieurs courtiers ont déjà été épinglés et figurent à présent sur la liste noire régulièrement mise à jour par l'Autorité des marchés financiers (AMF) et l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

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Mais au-delà des pièges et des fausses promesses, Alexandre de Ravel, trader indépendant et formateur, s'interroge sur le sérieux de la démarche. « A la base, les logiciels de programmation ont été créés pour faire du backtesting, c'est-à-dire pour calculer dans le passé l'efficacité d'une stratégie si on l'avait appliquée plus tôt. Malheureusement aujourd'hui certaines personnes utilisent ce type de logiciel pour générer des prises de position automatiques sur des positions futures, alors que ça n'a pas du tout été créé pour cela », explique le jeune homme sur sa chaîne Youtube.

Autre point d'attention : les banques et les fonds d'investissement parviennent à obtenir des résultats avec le trading automatique, mais on parle d'acteurs qui consacrent des dizaines voire des centaines de milliers de dollars à la création et surtout au paramétrage des robots. Il faut parfois plusieurs années avant de les rentabiliser, sachant qu'entre temps le marché évolue et qu'il faut alors engager des dépenses supplémentaires pour mettre à jour le robot. Et même alors, le succès n'est pas garanti. Les logiciels de trading ne font qu'automatiser une stratégie de trading manuelle. Si la stratégie est mauvaise, les performances du robot le seront également.

Pire : une erreur de paramétrage peut avoir des conséquences dramatiques si le robot est laissé sans surveillance, y compris pour les traders professionnels. Le 6 mai 2010, un programme de trading algorithmique mal configuré passe un ordre de vente pour un montant de 4,1 milliards de dollars, sans tenir compte du prix ou de l'heure d'exécution des trades. En l'espace de 10 minutes, le Dow Jones perd près de 10%. Jamais une baisse n'avait été si rapide : on parle de « flash crash ».

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Social trading : réconcilier l'homme et la machine

Entre promesses incertaines et risques bien réels, faut-il donc mettre au rebut les robots de trading ? Certains acteurs, à l'image du courtier eToro, explorent une troisième voie : le social trading. Ici, la machine ne se contente pas d'exécuter une stratégie paramétrée au préalable. Elle reproduit les prises de position d'autres traders de la plateforme.

« Les investisseurs peuvent simplement choisir l'utilisateur qu'ils souhaitent copier, saisir le montant qu'ils souhaitent allouer, et les positions de l'utilisateur seront automatiquement dupliquées en temps réel et proportionnellement au montant investi », détaille Emmanuel Sackmann, directeur régional francophone chez eToro. « Cette fonctionnalité permet aux investisseurs débutants qui apprennent les bases de cette pratique, et aux utilisateurs n'ayant pas suffisamment de temps pour surveiller les marchés de manière constante, de copier automatiquement les investisseurs les plus performants ».

De quoi séduire les néophytes. Mais là encore, la prudence reste de mise : qu'un robot ou un humain soit à l'origine des trades, les gains ne sont jamais garantis. Et la perspective d'engranger un profit facile ne doit pas faire oublier le risque de perte en capital.

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