Malgré le prompt rétablissement des places financières, le nombre de Français revenant en bourse demeure élevé en ce début d’année, selon l’AMF. Mais ce regain d’intérêt pour les actions n’efface pas les 10 ans de désengagement des particuliers.

« C’est le moment d’investir en bourse ». Ces propos, tenus en mars 2020 par la ministre déléguée à l’Economie Agnès Pannier-Runacher, au plus fort de la chute des marchés financiers, avaient fait polémique. Comment se réjouir en effet d’un krach boursier, alors que la crise va aboutir à des destructions d’emplois et des faillites d'entreprises ? Pourtant, force est de constater que beaucoup de Français ont vu du vrai dans cette vision opportuniste, comme le documentait en avril 2020 l’Autorité des marchés financiers (AMF). L’an passé, entre fin février et début avril, 580 000 particuliers, dont 150 000 nouveaux investisseurs, avait ainsi acheté des actions d’entreprises du SBF 120 (indice de la bourse de Paris). Soit, en 6 semaines seulement, l’équivalent de la moitié des investisseurs sur une année « normale », soulignait alors l'AMF.

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70 000 nouveaux investisseurs en 3 mois

Un an plus tard, cet intérêt pour les placements boursiers reste d’actualité, observe l’AMF qui s’appuie sur son décompte trimestriel des investisseurs particuliers. Au premier trimestre 2021, 772 000 particuliers ont passé au moins un ordre d’achat ou de vente sur des actions cotées en Europe, « le chiffre le plus élevé depuis un an », écrit le gendarme français de la bourse.

Sans l’entrée en bourse fin 2019 de la FDJ, l’effet statistique de la crise du coronavirus aurait été encore plus impressionnant. « Le premier trimestre 2020 [811 000 transactions, ndlr] avait connu une forte activité et un afflux d’investisseurs particuliers pendant les turbulences sur les marchés, sans dépasser le pic atteint à l’automne 2019 au moment de l’introduction de la Française des Jeux [945 000 transactions, ndlr], qui avait rencontré un franc succès auprès des investisseurs de détail », souligne l’Autorité des marchés financiers. Précédemment, le nombre d’investisseurs individuels actifs oscillait entre 450 000 et 550 000 chaque trimestre.

Au premier trimestre 2021, « le nombre de transactions réalisées par des particuliers en France sur des actions admises aux négociations en Europe a atteint un niveau record, à 18,2 millions, dans le prolongement des volumes élevés constatés en 2020 : plus de 60 millions de transactions enregistrées sur l’année, contre 25 millions les années précédentes », ajoute l’AMF.

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Autre statistique illustrant ce maintien de l’attrait des Français pour la bourse : sur les 602 000 particuliers qui ont acheté au moins une action entre janvier et fin mars, 70 000 sont qualifiés de nouveaux investisseurs. C’est-à-dire des particuliers qui n’avaient pas investi depuis au moins janvier 2018. Au 1er trimestre 2019, l’AMF dénombrait seulement 58 000 nouveaux investisseurs pour 315 000 acheteurs en tout. Malgré le rétablissement des cours boursiers – à 6 300 points ce 19 avril, le CAC 40 dépasse sa valeur d’avant crise -, le nombre d’acheteurs se maintient donc à des niveaux plus élevés qu’avant la pandémie.

Un regain d’intérêt après 10 ans de désengagement

« Nous ne pouvons que nous réjouir de cette évolution qui permet de créer un lien plus direct entre les Français et le développement de nos entreprises, souligne Robert Ophèle. Encore faut-il que cette évolution s’inscrive bien dans une perspective de long terme et ne se traduise pas par des prises de risque excessives », poursuit le président de l’AMF.

Et il a raison d’introduire de la nuance dans ces statistiques. En effet, ce récent regain d’attrait pour la bourse fait suite à plus de 10 ans de désengagement des particuliers. Fin 2008, 14% des Français déclaraient détenir des actions en direct (via un PEA ou un compte-titres), d’après l’étude SoFia réalisée par Kantar qui sert de référence. L’an dernier, ils étaient moins de 7% à en avoir.

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