Les marchés : le risque français

La France décroche encore. Le CAC 40 perd 0,80% à 7 834 points, alors que les autres grandes places européennes résistent beaucoup mieux. Deux raisons expliquent cette sous-performance. D'abord, Schneider Electric s'effondre de près de 10% après avoir annoncé la plus grosse acquisition de son histoire. Ensuite, et surtout, les investisseurs continuent de sanctionner le risque français.

Le rendement de l'obligation française à dix ans évolue autour de 4,9%, tandis que l'écart avec son équivalent allemand reste proche de 145 à 150 points de base après avoir dépassé 150 vendredi, un niveau inédit depuis la crise des dettes souveraines de 2011. La défiance déborde même sur l'euro, tombé ce matin à 1,116$, son plus bas niveau depuis 17 mois. Budget, dette et présidentielle de 2027 : la France est devenue l'un des principaux foyers de risque en Europe.

Deux petits motifs de soulagement toutefois. Le Brent se détend autour de 102$, après la décision du G7 de puiser 100 millions de barils dans ses réserves et grâce à la remontée des exportations du Moyen-Orient. À Wall Street, le S&P 500 et le Nasdaq évoluent dans le vert, après les mauvais chiffres de l'emploi publiés vendredi qui ont fortement réduit la probabilité d'une nouvelle hausse des taux américains en octobre. Mais à Paris, pour l'instant, le risque français écrase tout le reste.

Les valeurs : Schneider Electric chute

Schneider Electric chute de 9,97% à 272,80 euros ! Le spécialiste de la gestion de l'énergie et des équipements électriques veut racheter l'américain PTC, éditeur de logiciels industriels, pour 20,1 milliards d'euros. Il s'agirait de la plus grosse acquisition de son histoire. L'objectif est de compléter les activités logicielles de Schneider, déjà présentes avec Aveva, et de renforcer son offre auprès des industriels. PTC affiche une rentabilité élevée et compte plus de 30 000 clients, mais Schneider propose une prime de plus de 42% par rapport à son dernier cours de Bourse.

C'est précisément l'ampleur de l'opération qui inquiète les investisseurs. Schneider devra lever 5 à 6 milliards d'euros via de nouvelles actions et contracter jusqu'à 17 milliards d'euros de dette supplémentaire. Surtout, le groupe investit massivement dans les logiciels au moment où l'intelligence artificielle fait planer des doutes sur l'avenir de certains éditeurs. Schneider espère néanmoins dégager plus d'un milliard d'euros de synergies grâce au rapprochement. La logique industrielle convainc, mais le prix et les risques d'intégration beaucoup moins. Depuis le début de l'année, le titre progresse tout de même de 16%.

Air Liquide. Le géant français des gaz industriels vient de dévoiler son nouveau plan stratégique à horizon 2030. Il vise une croissance moyenne de son chiffre d'affaires d'environ 5% par an, tout en améliorant sa rentabilité. L'un des principaux moteurs sera l'électronique, qui fournit notamment les gaz ultra-purs indispensables à la fabrication des semi-conducteurs : cette activité devrait progresser de plus de 10% par an, portée notamment par l'explosion des investissements dans l'intelligence artificielle.

Mais la véritable surprise vient du retour aux actionnaires. En plus de son dividende, Air Liquide lancera le premier grand programme de rachats d'actions de son histoire, pour 4 milliards d'euros, en 2027 et 2028. En rachetant puis en annulant ses propres actions, le groupe réduit le nombre de titres en circulation et augmente mécaniquement la part des bénéfices revenant à chaque actionnaire. Une stratégie qui rapproche Air Liquide de son grand concurrent américano-allemand Linde, historiquement beaucoup plus généreux dans ce domaine. Les investisseurs saluent timidement l'annonce : le titre gagne 0,35% ce lundi à 170,76 euros. Depuis le début de l'année, il progresse de 17% à la Bourse de Paris.

Le coin des smalls : ID Logistics

ID Logistics bientôt dans le viseur d'un acquéreur ? C'est le scénario évoqué par le bureau d'analyse TP ICAP Midcap, qui profite de la baisse du titre ces derniers mois pour réaffirmer sa recommandation à l'achat et relever son objectif de cours de 502 euros à 506 euros (soit un potentiel de hausse d'environ 60%). Pour le bureau d'études, la valorisation actuelle offre une « opportunité rare », alors que l'activité du spécialiste français de la logistique reste solide et bénéficie d'une bonne visibilité.

Mais c'est surtout la dimension spéculative qui retient l'attention. Devenu un acteur mondial de la logistique, l'entreprise pourrait susciter l'intérêt de grands groupes du secteur si sa valorisation restait sous pression. Les opérations de consolidation se multiplient dans la logistique et TP ICAP Midcap estime qu'un rachat ne serait désormais plus surprenant. Aucune offre n'est sur la table, mais la possibilité d'une opération vient ajouter un nouveau catalyseur au dossier. Le titre progresse ce soir de 0,96% à 316,50 euros, réduisant ces pertes à 23% depuis le début de l'année.

Le monde d'après : Schneider vise les logiciels industriels

PTC est peu connu du grand public, mais c'est un poids lourd des logiciels industriels. Créée en 1985 et basée à Boston, l'entreprise accompagne les industriels dans la conception, la fabrication et le suivi de leurs produits tout au long de leur cycle de vie. Ses solutions sont utilisées dans l'automobile, l'aérospatial, la défense ou encore le médical. Son produit phare, Creo, est un logiciel de conception assistée par ordinateur qui concurrence directement Catia, la solution de Dassault Systèmes.

Le groupe emploie plus de 7 000 salariés et compte plus de 30 000 clients dans le monde. Il devrait générer environ 2,75 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2026, soit environ deux fois moins que Dassault Systèmes, avec une croissance attendue autour de 10% par an d'ici 2029. Autre atout : son modèle repose largement sur le SaaS (voir lexique), avec des logiciels vendus par abonnement. Une source de revenus plus récurrente et plus prévisible.

Pour Schneider Electric, l'intérêt de ce rachat est avant tout stratégique. PTC apporterait une brique logicielle complémentaire à Aveva, sa filiale spécialisée dans les logiciels industriels. Le groupe français renforcerait ainsi son offre dans l'industrie connectée, au croisement de l'électrification, de l'automatisation et du numérique.

Reste le prix, plus de 20 milliards d'euros, alors même que les investisseurs s'interrogent sur l'impact de l'IA sur les éditeurs de logiciels. PTC est donc un actif de qualité. Mais à ce niveau de valorisation, Schneider devra surtout démontrer que l'opération peut accélérer sa croissance sans alourdir excessivement son profil financier.

L'agenda : Jusqu'où ira la Fed ?

Après la publication décevante sur l'emploi américain vendredi, la semaine permettra surtout de savoir jusqu'où la Fed est prête à durcir sa politique monétaire. Mercredi, le compte rendu de sa dernière réunion sera particulièrement surveillé : les investisseurs chercheront à comprendre les conditions qui pourraient justifier une nouvelle hausse des taux après celle de septembre.

Jeudi, PepsiCo lancera progressivement la saison des résultats des grandes entreprises américaines, avant Delta Air Lines vendredi, tandis que l'Université du Michigan publiera une première estimation de la confiance des consommateurs pour octobre. Levi Strauss publiera également mercredi.

Enfin, deux juges de paix resteront présents toute la semaine sans calendrier précis : les taux obligataires et le pétrole. Avec un Brent encore supérieur à 100$ le baril et des rendements souverains proches de sommets de plusieurs décennies, le moindre mouvement peut rapidement modifier les anticipations des marchés.

Demain à la une : taux, une nouvelle hausse en 2026 ?

Demain, les investisseurs surveilleront principalement la balance commerciale américaine d'août. Le consensus table sur un déficit d'environ 89,8 milliards de dollars, contre 88,6 milliards précédemment. Dans le contexte actuel, son impact devrait toutefois rester secondaire face aux déclarations des responsables de la Fed.

John Williams et Michelle Bowman doivent notamment s'exprimer dans l'après-midi. Après le brutal ralentissement des créations d'emplois vendredi, le marché veut désormais savoir si la Banque centrale considère qu'une nouvelle hausse des taux reste nécessaire cette année. Les marchés obligataires pourraient donc, une nouvelle fois, donner le ton à la séance.

Le lexique : SaaS

Le SaaS (Software as a Service) désigne un logiciel accessible directement en ligne, généralement via un abonnement, sans avoir à l'acheter ni à l'installer définitivement sur son ordinateur. C'est par exemple le modèle utilisé par de nombreux logiciels professionnels, plateformes de gestion ou outils collaboratifs.

Pour l'éditeur, l'intérêt est majeur : les abonnements génèrent des revenus récurrents et plus prévisibles, ce qui améliore la visibilité sur l'activité. C'est aussi un modèle souvent apprécié des investisseurs, car il peut favoriser une croissance plus régulière et une meilleure fidélisation des clients.