Les marchés : l'étau des taux
Nouvelle séance sous pression à Paris. Le CAC 40 recule de 1,62% à 7 835 points, après avoir déjà perdu 0,89% mercredi. Une inquiétude domine toujours : la remontée des taux longs. Le rendement de l'emprunt français à dix ans a brièvement atteint 4,96% ce jeudi, son plus haut niveau depuis 2002. Aux États-Unis, le dix ans a touché 5,34%, là aussi un sommet de 24 ans.
En France, tous les regards étaient tournés vers le budget 2027 ce jeudi. Le gouvernement prévoit 43 milliards d'euros d'efforts supplémentaires et vise un déficit public de 5% du PIB l'an prochain, contre 5,4% attendu cette année. La tension sur les obligations françaises s'est légèrement apaisée après la présentation du texte. Reste désormais l'étape la plus délicate : son passage devant l'Assemblée.
Wall Street cède également un peu de terrain après une nouvelle statistique robuste. L'indice manufacturier ISM ressort à 54,5 points en septembre, confirmant la solidité de l'activité. Mais les prix payés par les industriels bondissent. De quoi raviver immédiatement la crainte de taux durablement élevés. Le prochain juge de paix est déjà en ligne de mire, le rapport mensuel sur l'emploi américain est attendu vendredi après-midi.
Ce jeudi soir, la cybersécurité est au cur de notre édition. Nous venons de relever nos objectifs de long terme sur deux fleurons incontournables du secteur, dont les perspectives continuent de renforcer notre conviction. Bonne lecture à tous.
Les valeurs : Capgemini
Accenture redonne des couleurs à Capgemini. Le géant américain du conseil et des services informatiques a publié des résultats meilleurs que prévu, avec 18,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires trimestriel, en hausse de 7% et des commandes toujours solides. Une publication qui rassure sur la santé du secteur, alors que les investisseurs craignaient que l'intelligence artificielle ne fragilise le modèle des sociétés de conseil informatique. À Wall Street, Accenture s'envole de plus de 20%, et l'optimisme traverse immédiatement l'Atlantique.
Capgemini bondit ainsi de 7,38% à 112,10 euros ce jeudi et prend largement la tête du CAC 40. Les deux groupes exercent des métiers très proches, entre conseil, transformation numérique et services informatiques, ce qui explique cette réaction en chaîne. Surtout, les résultats d'Accenture montrent que l'IA peut aussi devenir un puissant moteur de commandes : les entreprises ont besoin d'accompagnement pour intégrer, sécuriser et contrôler ces nouvelles technologies. Une bouffée d'air pour Capgemini, même si le titre reste en baisse de 21% depuis le début de l'année.
Sanofi
Le laboratoire français accélère dans les anticorps de nouvelle génération en élargissant son alliance historique avec l'américain Regeneron, une annonce bien accueillie en Bourse avec un gain de 0,63% à 73,10 euros. Les deux groupes vont co-développer quatre nouveaux traitements à action prolongée. L'accord est d'envergure : Sanofi versera 1 milliard de dollars immédiatement à Regeneron, puis jusqu'à 7 milliards supplémentaires selon l'avancement des programmes et leur éventuelle commercialisation.
Les coûts et les futurs bénéfices seront partagés à parts égales, Regeneron pilotant la recherche et Sanofi la commercialisation mondiale. Pour la banque d'investissement Jefferies, cette opération marque une avancée importante pour renforcer le portefeuille de Sanofi à long terme, alors que le groupe devra progressivement faire face à l'expiration de plusieurs brevets majeurs, notamment autour de Dupixent. La banque reste positive sur le titre, avec un objectif de 100 euros, soit un potentiel théorique de 36% par rapport au cours actuel. En Bourse, Sanofi cède 11% depuis le début de l'année.
Le coin des smalls : Icape
Icape accélère et relève nettement ses ambitions ! Le spécialiste de la distribution de circuits imprimés, composants essentiels au fonctionnement des équipements électroniques, a réalisé 113,3 millions d'euros de chiffre d'affaires au premier semestre, en hausse de 12,5%. Sa croissance a surtout changé de rythme au deuxième trimestre, avec des ventes en hausse de 23%. Autre signal encourageant, le carnet de commandes atteint un record de 135 millions de dollars, plus du double de son niveau d'il y a un an.
Le groupe bénéficie notamment de la forte demande liée aux infrastructures et équipements nécessaires au développement de l'intelligence artificielle. Porté par cette dynamique, Icape relève sensiblement ses prévisions et vise désormais une croissance de son chiffre d'affaires d'au moins 18% en 2026, contre 12% auparavant. Une révision qui rassure sur la poursuite de la croissance au second semestre. Les investisseurs saluent ces nouvelles perspectives et le titre, éligible au PEA-PME, gagne 6,67% à 9,28 euros ce jeudi. Il progresse de plus de 53% depuis le début de l'année.
Le monde d'après : le marché noir de l'IA
L'accès illégal aux modèles d'intelligence artificielle et à la puissance de calcul devient l'un des nouveaux marchés noirs du cybercrime. Les pirates achètent désormais des identifiants volés, détournent des comptes IA ou piratent des serveurs cloud pour utiliser des modèles coûteux à moindre prix. Sur certains forums clandestins, des accès à des outils d'Anthropic, Google ou OpenAI seraient revendus avec des remises pouvant aller jusqu'à 97%, alors que les abonnements les plus avancés peuvent coûter jusqu'à 200$ par mois et par utilisateur.
L'intérêt est évident pour les cybercriminels : utiliser les mêmes outils que les entreprises, mais sans en payer le prix. Ces accès peuvent servir à automatiser des attaques, préparer des opérations d'extorsion, analyser des données volées ou accélérer des campagnes d'espionnage. Le risque ne concerne pas seulement les comptes individuels. Les entreprises qui hébergent leurs propres modèles d'IA sur leurs serveurs deviennent aussi des cibles, car ces infrastructures coûtent très cher et peuvent être détournées comme une ressource informatique gratuite.
Pour les marchés, cette tendance renforce encore le rôle stratégique de la cybersécurité. Plus les entreprises adoptent l'IA, plus elles doivent protéger leurs accès, leurs serveurs cloud, leurs données et leurs modèles internes. Les pirates cherchent à entrer tôt, au moment où les groupes déploient encore leurs outils et ne maîtrisent pas parfaitement leur consommation d'IA. Cette nouvelle vague de cybercriminalité pourrait donc soutenir durablement la demande pour les spécialistes de l'identité numérique, de la sécurité cloud, de la détection d'intrusions et de la protection des infrastructures IA.
Demain à la une : l'emploi US, juge de paix
C'est le rendez-vous économique le plus important de la semaine. Vendredi à 14h30, le département américain du Travail publiera son rapport officiel sur l'emploi de septembre. Les économistes interrogés par Reuters anticipent environ 90 000 créations d'emplois, avec un taux de chômage attendu autour de 4,1%.
Après le solide indice manufacturier publié ce jeudi et la nouvelle poussée des taux obligataires, le marché surveillera particulièrement les salaires et la vigueur des créations d'emplois. Un marché du travail très résistant alimenterait les craintes de nouvelles hausses de taux de la Fed en octobre. À l'inverse, un ralentissement marqué renforcerait les espoirs de statu quo.
Autre rendez-vous : Nike publiera ses résultats ce jeudi soir après la clôture américaine. Le groupe traverse une période délicate, notamment en Chine, et son action évolue autour de ses plus bas depuis plus de dix ans. Sa publication donnera demain un nouvel aperçu de la santé de la consommation mondiale.
Le lexique : taux courts, taux longs
Les taux courts sont les taux d'intérêt appliqués aux échéances de quelques jours à environ deux ans. Ils sont fortement influencés par les décisions des banques centrales, comme la BCE ou la Fed. Les taux longs concernent plutôt les emprunts à plusieurs années, notamment les obligations d'État à 10 ans, véritables références sur le marché. Ils dépendent davantage des anticipations d'inflation, de croissance, de politique monétaire et du risque perçu par les investisseurs.
Pour la Bourse, les deux sont essentiels. Des taux courts élevés renchérissent le crédit et peuvent freiner la consommation et l'investissement des entreprises. Des taux longs élevés augmentent aussi le coût de financement et rendent les obligations plus attractives face aux actions. Ils pèsent particulièrement sur les valeurs de croissance, dont les bénéfices futurs sont alors davantage décotés dans les modèles de valorisation. À l'inverse, une détente des taux peut soutenir les valorisations boursières. C'est pourquoi leur évolution est suivie de très près par les investisseurs actions.











