Les marchés : le paradoxe boursier

En ce moment, les mauvaises nouvelles économiques sont de bonnes nouvelles pour la Bourse. Le CAC 40 gagne 0,79% à 7 897 points ce soir, porté notamment par STMicroelectronics (+6,5%), Schneider Electric (+3,5%) et Legrand (+3,4%). Sur la semaine, il cède toutefois 2,2%.

Pourtant, l'inflation européenne a réservé une mauvaise surprise : les prix ont augmenté de 3,8% sur un an en septembre, contre 3,6% attendu et 3,2% en août. De quoi maintenir la pression sur la BCE. Mais les investisseurs préfèrent retenir deux signaux plus favorables. D'abord, le recul du pétrole, alors que l'Europe envisage de puiser dans ses réserves stratégiques. Et bien sûr la détente des taux obligataires après les sommets atteints ces derniers jours.

Le véritable soulagement vient surtout des États-Unis. Seulement 29 000 emplois ont été créés en septembre, très loin des 85 000 à 90 000 attendus, tandis que les chiffres des deux mois précédents ont été révisés à la baisse. Mauvaise nouvelle pour l'économie donc, mais bonne nouvelle pour les marchés. Avec un marché du travail qui ralentit, la Fed a moins de raisons de relever une nouvelle fois ses taux en octobre. Les rendements obligataires américains reculent dans la foulée et Wall Street accélère : le S&P 500 gagne pour le moment 0,6% et le Nasdaq 1%.

La technologie profite particulièrement de cette détente. Tesla gagne plus de 5% à Wall Street, ASML plus de 3% en Europe et STMicroelectronics bondit de 6,5% à Paris. Après plusieurs séances sous pression, les marchés respirent enfin ! Mais le paradoxe demeure : l'emploi américain ralentit au moment même où l'inflation européenne accélère. Un répit pour les marchés, pas encore pour les banques centrales ?

Les valeurs

Stellantis

Enfin du vert pour Stellantis ! Le constructeur gagne 0,94% à 3,88 euros, signant l'une des meilleures performances du CAC 40. Le groupe profite notamment de bons chiffres commerciaux en Italie. En septembre, ses immatriculations ont progressé de 12,6%, contre +9,9% pour l'ensemble du marché. Sa part de marché remonte ainsi à 27,8%. Sur les neuf premiers mois de l'année, les volumes progressent même de 13,9%. Le signal est encourageant pour un groupe qui cherche encore à convaincre sur son redressement.

Mais une bonne performance commerciale sur un marché ne suffit évidemment pas à effacer les difficultés du constructeur : pression sur les marges, concurrence chinoise et faiblesse persistante du titre restent au cœur des préoccupations. Le rebond du jour ressemble donc surtout à une bouffée d'oxygène. Depuis le début de l'année, Stellantis cède toujours 59% à la Bourse de Paris.

Legrand

Legrand accélère de 3,43% à 144,55 euros, soutenu par Evercore ISI. La banque d'investissement américaine conseille désormais l'achat de l'action et vise 175 euros, soit un potentiel de hausse de plus de 20%. Elle relève par ailleurs de 3% à 7% ses principales prévisions financières après la récente journée investisseurs du groupe. Le principal moteur de cette embellie reste l'explosion des besoins liés aux centres de données et à l'intelligence artificielle.

Nous vous en parlions ces derniers jours, Legrand vise désormais une croissance organique moyenne de 6% à 8% par an entre 2027 et 2030, contre 3% à 5% auparavant, avec une marge opérationnelle attendue entre 21% et 22%. Les centres de données devraient déjà représenter plus de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2026. Le spécialiste français des infrastructures électriques s'impose ainsi comme l'un des grands bénéficiaires européens de la course mondiale à l'IA. Depuis le début de l'année, son action progresse de 13%.

Le coin des smalls : Stif

Coup de tonnerre pour Stif, qui s'effondre de 58,36% à 18,99 euros ! Le spécialiste français des systèmes de protection contre les explosions pour batteries industrielles va perdre Tesla, son principal client, à partir de 2027. Le constructeur américain a en effet choisi de ne pas retenir ses équipements de sécurité pour la nouvelle génération de ses systèmes de stockage Megapack. Le choc est majeur : Tesla représentait environ 20% du chiffre d'affaires de Stif et constituait l'un des principaux moteurs de sa croissance depuis son introduction en Bourse fin 2023.

Conséquence immédiate, Stif revoit nettement ses ambitions. Le groupe vise désormais environ 170 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2030, contre 200 millions auparavant. Un sérieux coup de frein alors que l'activité progressait encore de plus de 50% au premier semestre. Stif conserve néanmoins plusieurs clients importants dans le stockage d'énergie, notamment les Chinois CATL et BYD, l'Américain Fluence et le Finlandais Wärtsilä. Le défi est désormais de prouver qu'ils peuvent prendre le relais et compenser une partie des revenus perdus avec Tesla. Après l'effondrement de ce vendredi, l'action éligible au PEA-PME chute désormais de 65% en 2026.

Le monde d'après : +275% depuis janvier !

Wall Street tient un nouveau champion de l'IA. Moins connu que Nvidia, Micron pèse pourtant 1 210 milliards de dollars en Bourse et profite à plein de la pénurie de puces mémoire, indispensables aux data centers. Résultat, son action s'envole de 275% depuis le début de l'année, après avoir plus que triplé en 2025.

Microsoft, Amazon, Meta, Alphabet ou encore Oracle investissent des sommes colossales dans les infrastructures d'IA, mettant l'offre de puces sous forte tension. Le prix de certaines mémoires, comme la DRAM, a ainsi bondi de plus de 400% depuis 2024. Micron, comme les Coréens Samsung et SK Hynix, évolue désormais sur un marché où la demande dépasse largement les capacités de production.

Et cette pénurie pourrait durer. Micron estime que les tensions se prolongeront encore en 2027 et 2028. Pour suivre la demande, le groupe accélère : nouvelles usines, 25 milliards de dollars d'investissements supplémentaires dans les prochains mois et 26 contrats de long terme sécurisés pour 32 milliards de dollars jusqu'en 2031. Pour les investisseurs, derrière les modèles d'IA et les data centers, une autre bataille stratégique se joue : celle des puces mémoire. Affaire à suivre !

L'agenda : le bilan !

Septembre est terminé, l'heure du bilan a sonné pour les marchés. Quelles sont les performances marquantes du mois et de l'année ?

Europe

Euro Stoxx 50 : -2,3% en septembre, +8% en 2026

CAC 40 : -4,4% et -2,8%

DAX 40, Berlin : -4% et +3,2%

États-Unis

Russell 2000, voir lexique : -5,4% et +14,8%

Nasdaq : +1,9% et +17,6%

S&P 500 : -0,5% et +13,1%

Asie

Kospi, Séoul : +0,3% et +66,2%

Nikkei, Tokyo : +0,7% et +35,7%

Shanghai Composite : -3,6% et -3,2%

Matières premières

Pétrole Brent : +7,9% et +64,4%

Or : -6,5% et -3,5%

Argent : -9,1% et -14,8%

Devises et crypto

EUR / USD : -2,5% et -3,9%

USD / JPY : -1,5% et +0,5%

Bitcoin : +6,3% et -1,8%

Le contraste est saisissant. En 2026, la performance se concentre surtout en Asie, avec l'envolée du Kospi et du Nikkei, mais aussi aux États-Unis, où le Nasdaq reste très solide. À l'inverse, l'Europe marque le pas et le CAC 40 décroche nettement. Côté matières premières, le pétrole écrase la concurrence, tandis que l'or et surtout l'argent traversent une année difficile. Un millésime 2026 très dispersé, où la diversification géographique et sectorielle fait toute la différence.

Le lexique : Russell 2000

Le Russell 2000 est un indice boursier américain qui regroupe environ 2 000 petites entreprises cotées aux États-Unis. Il est souvent utilisé pour mesurer la santé des petites capitalisations américaines, plus sensibles à l'économie locale que les grands groupes comme Apple, Microsoft ou Nvidia.