Les marchés : la Chine plombe le CAC

Les marchés entament la semaine sans grande conviction, en plein creux estival. À Paris, le CAC 40 cède 0,66% à 8 580 points, plombé par de nouvelles déceptions venues de Chine. Les ventes au détail n'ont progressé que de 0,6% sur un an en juillet, contre 1,5% attendu, tandis que les investissements ont chuté de 6,7%, leur plus forte baisse depuis la pandémie. Une demande intérieure toujours fragile donc, qui contraste avec la solidité persistante de l'économie américaine : l'indice manufacturier de la région de New York a largement dépassé les attentes en août, atteignant un plus haut de plus de quatre ans.

Wall Street évolue pourtant sans réelle direction après les récents records du S&P 500 et du Nasdaq. Dans un marché estival peu animé, les investisseurs ajustent surtout leurs paris sur les taux américains. La probabilité d'une nouvelle hausse dès septembre est retombée autour de 30% aujourd'hui, contre plus de 50% il y a une semaine. Le compte-rendu de la Fed, attendu mercredi soir, sera particulièrement surveillé : ce sera l'un des grands temps forts de la semaine. Côté valeurs, STMicroelectronics tire son épingle du jeu ce lundi avec un gain de 5,1%, tandis que Kering abandonne 4,3%. Bonne lecture à tous !

Les valeurs

Danone

Danone recule de 2,97% à 65,24 euros et figure parmi les plus fortes baisses du CAC 40 ce soir. Le groupe agroalimentaire est pénalisé par la banque d'investissement américaine Jefferies (voir lexique), qui maintient son avis négatif sur le titre avec un objectif de cours de 62 euros. Jefferies s'inquiète surtout d'une croissance qui pourrait devenir moins rentable. En Chine, les ventes de lait infantile ralentissent en effet nettement : leur croissance est tombée à 4,5% au deuxième trimestre, contre 13% en moyenne lors des cinq trimestres précédents. Danone doit également s'adapter à l'évolution de la demande chinoise vers des produits locaux, un marché sur lequel ses marques sont moins dominantes.

Même prudence aux États-Unis. Danone cherche à relancer ses ventes de produits laitiers, notamment avec sa marque Oikos, mais devra investir davantage en publicité et en développement pour gagner des parts de marché face à des concurrents locaux. Pour Jefferies, Danone continue donc de croître, mais cette croissance pourrait désormais coûter plus cher et générer moins de bénéfices, ce qui explique la prudence de la banque et la pression sur le titre aujourd'hui. Depuis le début de l'année, le titre Danone cède 15% à la Bourse de Paris.

Ferrari

Le mythe continue de faire monter les prix ! Ferrari accélère de 1,01% à 360,40 euros à la Bourse de Milan, portée par une nouvelle démonstration de la puissance de sa marque. Lors des prestigieuses ventes aux enchères de Monterey, plusieurs modèles récents du constructeur italien se sont vendus en moyenne 58% au-dessus des estimations, notamment les mythiques Enzo, F40 et F50. Mais la vedette a été la Luce, première Ferrari 100% électrique. Son exemplaire unique « Châssis 0 » a été adjugé 40 millions de dollars, un record mondial pour une voiture neuve vendue aux enchères. Une opération certes exceptionnelle, dont les bénéfices seront reversés à la Fondation Ferrari, mais qui illustre l'engouement toujours très fort des collectionneurs pour la marque.

Et c'est précisément ce que retient Jefferies. Pour la banque américaine, Ferrari dispose d'un pouvoir exceptionnel pour augmenter ses prix sans faire fuir sa clientèle, ce qui lui permet de faire progresser ses revenus au-delà de la simple hausse du nombre de voitures vendues. Les séries limitées, les modèles personnalisés et les véhicules de collection constituent ainsi une source de croissance particulièrement rentable. Jefferies reste donc à l'achat sur l'action Ferrari et vise 400 euros. Le titre progresse de 13,5% depuis le début de l'année et figure dans notre portefeuille international.

Le coin des smalls : Atari

L'éditeur de jeux vidéo tente de remettre de l'ordre dans ses finances. Le groupe va transformer 15,9 millions d'euros de dettes en actions et récupérer 3,8 millions d'euros d'argent frais auprès de ses dirigeants et investisseurs. Au total, l'opération représente près de 20 millions d'euros. Elle permet surtout à Atari de réduire une partie de sa dette et d'économiser des intérêts qui pouvaient atteindre 15% par an...

Mais le chantier reste important. Atari doit encore environ 63 millions d'euros à la holding de son PDG, Wade Rosen, et cherche toujours des solutions pour alléger le reste de sa dette. Autre conséquence, le nombre d'actions en circulation va augmenter, ce qui dilue mécaniquement les actionnaires actuels. À l'issue de l'opération, la holding de Wade Rosen détiendra 42,6% du capital d'Atari. Une étape positive pour assainir les finances d'Atari, mais le niveau encore élevé de la dette invite à rester prudent. Le titre éligible au PEA-PME reste stable à la clôture (+0,05% à 21,60 euros) mais cède 10% depuis le début de l'année.

Le monde d'après : le gros pari de Berkshire

Berkshire Hathaway repasse à l'achat. Après plusieurs années de prudence, la société d'investissement longtemps dirigée par Warren Buffett a acheté au deuxième trimestre davantage d'actions qu'elle n'en a vendu. Une première depuis plus de trois ans. Sa trésorerie reste colossale, à 365,5 milliards de dollars fin juin, mais elle a reculé depuis mars : Berkshire recommence progressivement à remettre son capital au travail.

Le mouvement le plus spectaculaire concerne Alphabet, maison mère de Google et YouTube. Berkshire a quasiment doublé sa participation en achetant 57,8 millions d'actions supplémentaires. Le groupe détient désormais 106 millions de titres, valorisés autour de 36,8 milliards de dollars. Alphabet devient ainsi sa troisième plus grosse ligne, derrière Apple et American Express.

Le symbole est fort. Warren Buffett avait lui-même reconnu avoir regretté de ne pas avoir investi plus tôt dans Google. Berkshire semble désormais vouloir rattraper le train. Alphabet peut toujours compter sur la puissance de Google et YouTube, la croissance du cloud et ses ambitions dans l'intelligence artificielle avec Gemini et ses puces spécialisées. Malgré la forte hausse du titre sur un an (+70%), Berkshire estime ainsi que le potentiel de la tech américaine est loin d'être épuisé. Affaire à suivre.

L'agenda : une semaine calme ?

Cette semaine s'annonce comme un nouveau test pour la solidité de l'économie américaine et la trajectoire des taux. Le premier verdict viendra des géants américains de la grande consommation : Home Depot publiera ses résultats trimestriels mardi, Target et Lowe's mercredi, puis Walmart jeudi. Après le recul inattendu des ventes au détail américaines en juillet, leurs résultats et surtout leurs perspectives permettront de mesurer si les ménages commencent réellement à lever le pied. Mais le rendez-vous le plus sensible arrivera mercredi avec le compte rendu de la dernière réunion de la Fed.

Les marchés chercheront à mesurer jusqu'où la Banque centrale reste prête à relever ses taux alors que les derniers chiffres d'inflation et de consommation ont calmé ces anticipations. La séance de vendredi sera également chargée, avec une salve d'indices sur l'activité économique d'août aux États-Unis, en zone euro et au Royaume-Uni. Enfin, le pétrole restera l'autre juge de paix. Toute nouvelle escalade entre Washington et Téhéran pourrait raviver les craintes inflationnistes et remettre brutalement les taux au centre du jeu. On en reparle vite !

Demain à la une : la FED en embuscade

En plus des résultats d'Home Depot, Wall Street surveillera demain les mises en chantier, les permis de construire et la production industrielle américaine de juillet. De faibles résultats conforteraient les marchés dans l'idée que la Réserve fédérale peut maintenir ses taux actuels. À l'inverse, une activité plus solide que prévu pourrait jouer à la hausse sur les rendements obligataires. L'indice ZEW sera également publié en Allemagne : très suivi par les investisseurs européens, il mesure chaque mois le niveau de confiance des investisseurs et analystes financiers dans les perspectives de l'économie allemande.

Le lexique : les avis des banques

Les avis publiés par des banques d'investissement comme Jefferies, Goldman Sachs ou UBS, ainsi que par des bureaux d'études spécialisés, peuvent provoquer de fortes variations en Bourse car ils influencent directement les anticipations des investisseurs. Lorsqu'un analyste relève sa recommandation, par exemple de « neutre » à « acheter », ou augmente fortement son objectif de cours, le marché peut y voir le signe que les perspectives de l'entreprise s'améliorent.

À l'inverse, une dégradation d'avis peut déclencher des ventes. Ces études sont particulièrement suivies car elles reposent généralement sur des analyses détaillées des résultats, de la valorisation, des perspectives et du secteur. Leur impact est encore plus marqué lorsqu'elles proviennent d'établissements très reconnus ou qu'elles modifient nettement le consensus du marché. Elles ne prédisent toutefois pas l'évolution future du titre : elles constituent une opinion susceptible d'être révisée et ne doivent pas être confondues avec une certitude.