Usurpation d’identité, attaques gratuites, utilisation de photos sans consentement, revenge porn... les réseaux sociaux sont une jungle hostile où naviguent les jeunes générations souvent loin du regard de leurs parents. Néanmoins, face à la multiplication des cyberviolences, les assureurs sensibilisent les parents et proposent des protections dédiées, souvent dans le cadre des assurances scolaires.

C’est devenu la hantise des parents qui offrent un mobile à leurs enfants et leur permettent l’accès aux réseaux sociaux en vogue, comme Snapchat ou TikTok. Usurpation d’identité, attaques gratuites, utilisation de photos envoyées volontairement ou non, revenge porn, les risques sont nombreux malgré les campagnes de sensibilisation, menées dans le milieu scolaire.

Un exemple parmi d’autres : pendant le confinement de mars 2020, l'Association e-Enfance a enregistré une hausse de 57% des cyberviolences sur les réseaux sociaux alors que les premiers comptes Facebook ont débarqué en France vers 2006. Les 15-17 ans sont principalement concernés car « les adolescents se sont retrouvés enfermés chez leurs parents, ce qui est un peu l'enfer pour eux. Ils ont eu besoin de se retrouver entre pairs sur ces plateformes », explique Justine Atlan, directrice de cette association.

Le risque zéro n’existe pas et l’engrenage du harcèlement s’enclenche sans prévenir, souvent de façon insidieuse et anonyme. Si on peut télécharger des applications mobiles pour calibrer les messages que l’on souhaite recevoir et configurer avec attention ses profils, les compagnies d’assurance proposent de compléter sa protection avec des assurances e-réputation. Ces produits sont en fait des extensions des protections juridiques - envoi de courriers, de mise en demeure - vendues depuis de longues années mais qui se développent avec l’essor des usages numériques.

Interrogée par MoneyVox, la Maif conseille avant tout de questionner ces pratiques, si possible en famille. « Qui sont vos followers ? Quand et combien de temps utilisez-vous les réseaux sociaux ? Voici une sélection de photos et de vidéos... Pensez-vous qu’elles donnent une bonne image de vous ? ». Pour s’informer, l’assureur mutualiste propose un guide, des quiz et des datas réalisés avec l’agence numérique ReputationSquad. Ainsi, selon les experts, « 39% des mineurs estiment connaître moins d'un 'ami' Facebook sur quatre ou 25% des 19-30 ans n'assumeraient pas leurs photos postées en ligne si elles étaient affichées en public. » Au moindre écart, les messages, publics comme privés, de moqueries ou de menaces peuvent en effet affluer.

Cyberharcèlement et soutien psychologique

De plus en plus, ces produits d'assurance e-réputation sont proposés comme option dans les assurances scolaires pour un surplus financier anecdotique de 1 ou 2% par rapport à la prime classique comprise entre 10 et 33 euros par an chez des acteurs comme la MMA ou la MAE. Le cyberharcèlement rejoint ainsi dans la liste des risques le racket, le vol d’affaires scolaires, les dommages causés aux instruments de musique, à un vélo ou à un scooter. Selon une étude de l’association de prévention scolaire MAE, le soutien psychologique pour des cas de racket, harcèlement ou cyberharcèlement a progressé de 40% en 2017-2018. Concrètement en cas de problème ou d'attaque, l’assurance va utiliser les services d'agences externes spécialisées. « Ce type d’assurance peut nettoyer et supprimer les contenus litigieux, en lien toujours avec les hébergeurs et si besoin initier des recours juridiques. Elle peut également proposer des services de soutien psychologique à la victime », détaille Christophe Bescond du comparateur AcommeAssure.

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Le soutien psychologique se matérialise par des consultations avec des professionnels de santé mais en nombre limité (entre 3 et 5) pour un plafond de remboursement compris entre 38 et 52 euros. Ensuite, les compagnies d'assurance recommandent de contacter les numéros de soutien par téléphone comme le numéro vert et gratuit 3020. L’association e-Enfance, relayée par d'autres assureurs, propose le 0 800 200 000 pour libérer la parole.

« On parle d’assurances garantissant l’e-réputation mais on peut étendre cette réflexion à tous les risques liés à l’usage d'Internet pour sa vie quotidienne, ses réseaux sociaux ou même l’achat en ligne, confirme Christophe Bescond. Ces produits sont à destination des particuliers, comme des professionnels. » Et « au-delà de la saisine de l'expert spécialisé, le juriste peut directement engager une action amiable voire judiciaire à l'encontre du tiers s'il est identifié », précise de son côté Axa à MoneyVox.

Dédiés à la e-réputation et à l'ensemble de la vie numérique, ces contrats sont plus réactifs et plus couvrants que ceux évoqués plus haut. La Maif et Axa proposent ces services quasi professionnels pour un coût mensuel d’environ 40 euros, toutes options incluses, sans donner le nombre de contrats souscrits. La Macif, la GMF, FloaBank ou Carrefour Assurance sont aussi positionnés sur le créneau et focntionne aussi avec des options. Cette dernière s’est décidée pendant la crise sanitaire de la Covid à intégrer la e-réputation à son offre. De quoi rassurer les parents ? Les assureurs s'adaptent à la vie quotidienne mais un « nettoyeur » interrogé par MoneyVox admet un défaut majeur au procédé, pour les lycéens comme pour les autres : aussi efficace que soit l'intervention, elle n'a lieu qu'a posteriori.

L'avis client, le problème majeur d'e-réputation pour les professionnels

Commerçants et restaurateurs angoissent aussi à l’idée que le prestige de leur établissement soit ruiné par des commentaires malveillants laissés librement sur des plateformes comme Google, Trip Advisor ou même sur leur propre page Facebook ou Instagram. « Pour 9 entreprises sur 10, l'avis client est le problème majeur d'e-réputation. Un avis client négatif ou un faux avis client génère de nombreux problèmes comme le dénigrement, la concurrence déloyale, la publicité mensongère. (...) Les avis clients peuvent avoir de lourdes conséquences financières », souligne Ludovic Broyer, fondateur d'iProtego, entreprise spécialisée dans la protection des données et de l'e-réputation.

Longtemps ce type d’assurance est resté un produit de haut de gamme, réservé aux grandes entreprises mais en 2021, « on sent émerger une prise de conscience du risque chez les professionnels mais pas de demande forte », pointe François-Xavier Combe de chez EasyBlue, spécialisé dans les assurances pour les PME. A partir de 15 euros par mois, les contrats qu’il propose avec ses partenaires mettent à disposition une équipe d’experts en cas d’attaque du client. La médiatisation des attaques, les risques liés au paiement en ligne ou à la sécurisation des cartes bancaires, suscite des inquiétudes.