Reculer l’âge de départ à 64 ans, en attendant une réforme d’ampleur ? Ou non ? Ou l’esquisse d’une plus vaste transformation ? Une annonce sur le calendrier de la réforme des retraites « version 2 » du gouvernement Macron est attendue cette semaine. Le point.

Ce qui a été annoncé

« A un moment donné, la question du financement des retraites sera posé à la Nation. » Cette phrase, c’est le président de la République Emmanuel Macron qui l’a prononcée le 3 juin, retournant d’un coup les regards sur cette réforme trop vite catégorisée comme placée au placard jusqu’à l’élection présidentielle. Mais Emmanuel Macron a prévenu : « Je ne pense pas que la réforme qui était initialement envisagée puisse être reprise en l'état (…) Elle était très ambitieuse, extrêmement complexe et, du coup, était porteuse d'inquiétude. »

Le lourd projet de réforme des retraites « version 1 » porté sous le gouvernement d’Edouard Philippe a été éclipsé puis enterré par la crise sanitaire. Son premier objectif : simplifier le mécanisme global en mettant fin aux 42 régimes spéciaux pour créer un « système universel de retraite ». Cela passait par une bascule vers la logique du « 10 euros cotisés = un point quelle que soit la profession », même si des exceptions et adaptations étaient envisagées. Mais les débats ont vite porté sur l’âge de départ, avec l’idée d’un « âge pivot » ou « âge d’équilibre » autour de 64 ans… idée ensuite écartée. En débat au Parlement puis adoptée au forcing en première lecture avant le premier confinement, le projet de réforme des retraites a été suspendu dès la mi-mars 2020, pour ne jamais être relancé en l’état.

Cette réforme « version 1 » ne va plus réapparaître. A quoi ressemblera la « version 2 » ? Pour l’heure, les conseillers de l’Elysee et les cabinets ministériels font filtrer quelques pistes en « off », et les ministres se contentent de renvoyer la balle du chef de l’Etat à l’image de Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances : « Ce sera au président de la République de fixer le calendrier », a-t-il déclaré hier sur LCI.

Quand faut-il guetter une annonce ?

Première étape : demain matin, mardi 6 juillet, Emmanuel Macron reçoit les principales organisations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC) et patronales (Medef, CPME et U2P), en présence du Premier ministre Jean Castex, de Bruno Le Maire et de la ministre du Travail Élisabeth Borne. La réforme des retraites ne sera pas le seul dossier sur la table de ce « sommet social », mais il sera un dossier ô combien important…

C’est suite à cet échange que le président de la République doit s’exprimer sur le calendrier. « Il y aura une réforme des retraites, avait déclaré dans Les Echos la semaine passée le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal. La question n'est pas si, mais quand, à savoir à l'automne ou l'année prochaine. »

L’annonce d’Emmanuel Macron, qui pourrait se faire lors d’une interview télévisée – selon BFM TV – « entre le [mercredi] 6 et le [lundi] 12 juillet », ou avant « le 14 juillet » selon Libération et Les Echos, deux quotidiens qui citent l’entourage d’Emmanuel Macron. Une prise de parole d’ici la fin de la semaine serait privilégiée. N’attendez pas une annonce détaillée sur cette réforme « version 2 » : le chef de l’Etat est attendu pour fixer les grandes lignes et le calendrier.

Ce qui serait sur la table

Une réforme en deux temps. Premier temps… Les déclarations récentes des ministres– et le « off » filtrant avec insistance dans de multiples médias – pointent une priorité : relever l’âge de départ à 64 ans, peut-être dès l’automne 2021, même s’il resterait à établir à quel rythme ce relèvement se concrétise pour ceux qui approchent de l’âge de la retraite.

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Second temps… Une réforme plus large, « structurelle », du système des retraites, à l’image de la « version 1 », attendrait elle un éventuel prochain quinquennat d’Emmanuel Macron selon BFM TV.

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Mais attention : « [Emmanuel Macron] envisage toutes les hypothèses » a prévenu François Bayrou, le président du Modem, dimanche sur RTL. Une véritable réforme des retraites serait une « excellente première réforme de deuxième quinquennat », insiste Richard Ferrand, le président (LREM) de l’Assemblée nationale, dans le JDD : « Se précipiter serait folie à mes yeux ». Rien n’est joué…

Ce qu’en disent les ministres, partis, syndicats…

Seuls 11% des Français considèrent que la future réforme des retraites « va améliorer le niveau des pensions du régime général » selon un sondage Happydemics-Aviva (1). Un sondage où les Français interrogés expliquent aussi souhaiter partir en retraite à 58 ans…

« La réforme des retraites, on la fera sous réserve que nous ayons une forme de consensus dans la société française sur ce qu’il faut faire en matière d’équité entre les générations », explique la ministre du Logement Emmanuelle Wargon au micro d’Europe 1. Même au sein du gouvernement, le débat fait rage. D’un côté : les partisans d’un recul rapide de l’âge de départ à 64 ans, ligne dont Bruno Le Maire est le principal porte-parole, tout comme le secrétaire général de l’Elysée Alexis Kolher, selon Le Monde. De l’autre côté : les partisans d’un débat renvoyé dans sa globalité à l’élection présidentielle. Le toujours très influent (auprès de l’Elysée) François Bayrou fait partie de ce dernier camp.

Côté syndicat, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a récemment prévenu qu’engager cette réforme avant l'élection présidentielle de 2022 serait une « folie ». La CGT refuse aussi évidemment toute mesure prise à la va-vite.

En quelques semaines, une simple déclaration du chef de l’Etat a suffi à rallumer la mèche… Toute réforme des retraites est un dossier hautement inflammable, comme en témoigne les débats parlementaires houleux début 2020 à l’Assemblée nationale. Faut-il s’attendre à des grèves d’ampleur ? S’agira-t-il du dossier explosif de l’élection présidentielle ? A suivre.

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(1) « Étude réalisée sur un échantillon de Français interrogés par Internet du 08 juin au 15 juin 2021. La collecte des répondants a été réalisée via des Demand Supply Plateform (outil d’achat média en temps réel). Échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus en genre et en âge » (en retirant ensuite les moins de 24 ans).