Les Français sintéressent de plus en plus à la finance responsable : selon un récent sondage (1), ils sont 63% en 2018, contre 48% un an auparavant à accorder de limportance aux impacts environnementaux et sociaux de leurs décisions de placement. Ça tombe bien ! Il existe un produit dépargne largement diffusé, simple daccès, décemment rémunéré et défiscalisé, qui cadre avec cet objectif : le Livret de développement durable et solidaire, ou LDDS.
Le successeur du Codevi - Compte pour le développement industriel, créé en 1983 - a, à deux reprises au cours de son histoire, failli redevenir un livret destiné à financer le développement de lindustrie française : en 2010, sous Nicolas Sarkozy, puis en 2012, au début du quinquennat Hollande. Finalement, il a conservé jusquà aujourdhui lorientation qui lui a été donnée depuis sa création en 2007 : contribuer au financement de la rénovation énergétique des bâtiments anciens.
LDDS, mode demploi
Livret dépargne réglementée, le LDDS est rémunéré au même taux que le Livret A (0,75%) et, comme ce dernier, totalement défiscalisé. Son plafond de dépôts, qui a été doublé en octobre 2012, est désormais de 12 000 euros. Il est réservé aux particuliers soumis à limpôt sur le revenu, dans la limite dun par contribuable et de deux par foyer fiscal.
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Au service du développement durable ?
Comment, concrètement, largent déposé par les Français sur leur LDDS contribue-t'il à cet effort en faveur de la modération énergétique ? Pour commencer, il faut rappeler que, comme pour le Livret A, une partie seulement de lépargne placée sur les LDDS est conservée par les banques qui lont collectée. Le reste (59,5% en moyenne en 2017 pour le Livret A et le LDDS) est confié à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), bras financier de lEtat. Nous y reviendrons.
Sur la partie conservée par les banques, celles-ci ont - depuis 2010 - lobligation d'y consacrer au moins 10% au financement des travaux déconomie dénergie dans les bâtiments anciens. Le font-elles vraiment ? Difficile à dire précisément. LObservatoire de lépargne réglementée (OER), chargé au sein de la Banque de France de suivre le sujet, confesse dans son rapport 2017 quil « est impossible de mesurer précisément le financement direct ou indirect des travaux déconomie dénergie puisque les crédits à lhabitat ancien concernent le plus souvent de façon indifférenciée et fongible plusieurs types de travaux ». Pour la Banque de France, qui a mis en place une méthode destimation (2), « les obligations des banques ( ) seraient [toutefois] globalement respectées (15 milliards deuros dencours estimés sur 152 milliards deuros de livrets A et LDDS [conservés par les banques fin 2017]) ».
Le LDDS ne « mérite pas son appellation »
Peu importe pour les Amis de la Terre : lorganisation non gouvernementale (ONG) spécialisée dans les questions environnementales estime, dans un guide publié en 2010 (3), que le LDDS ne « mérite pas son appellation », en raison de ce ratio de 10%, considérée comme trop faible. « Le reste est investi dans des prêts aux PME, sans considérations environnementales », déplore lONG. En 2017, les banques ont ainsi attribué, selon lOER, 86,7 milliards deuros de prêts nouveaux aux PME.
Pas de critères dexclusion à la CDC
Voilà pour la partie de lépargne du LDDS décentralisée dans les banques. Quen est-il des 60% restants, confiés à la Caisse des Dépôts et Consignations ? Dans son rapport 2017, lOER rappelle que le « le gouvernement a annoncé en décembre 2017 une réforme visant à ce que lintégralité des versements sur ces livrets centralisés ( ) soient désormais employés au financement de projets contribuant à la transition énergétique ou à la réduction de lempreinte climatique. » Pour lOER, la CDC « respecte ce nouveau critère en 2017 : les prêts verts financés sur épargne réglementée (3,1 milliards deuros) dépassent la collecte nette ( ) du LDDS centralisée à la CDC (1,7 milliard deuros) ». On ne parle toutefois ici que du flux dépargne centralisé lan dernier, et pas du stock déjà détenu par la CDC
« Le LDDS fait partie dun système qui marche sur la tête »
Concernant ce stock justement, les ONG sont plutôt sévères. « Le LDDS fait partie dun système qui marche sur la tête », estime ainsi Nicolas Haeringer, porte-parole de 350.org, qui lutte contre lexploitation des énergies fossiles polluantes. Selon lui, le Fonds dépargne de la CDC, qui centralise indifféremment largent du Livret A et du LDDS, place environ 80 milliards deuros sur les marchés, sans critères dexclusion. « Cet argent sert ainsi à financer des entreprises parmi les plus polluantes au monde. Résultat : on estime quen termes démissions indirectes, placer 5000 euros sur des livrets dépargne réglementée revient à utiliser au quotidien un 4x4 pour aller travailler ». 350.org et dautres ONG demandent ainsi à la CDC dexclure clairement tout investissement du Fonds dépargne dans les entreprises les plus polluantes.
Au final, le LDDS, plus quun produit dédié spécifiquement au développement durable, apparaît surtout comme un petit Livret A bis. Certes, il participe au financement de la rénovation énergétique des bâtiments, mais seulement à la marge. La majeure partie de ses encours, systématiquement confondus avec ceux du Livret A, se répartissent entre placements sur les marchés (80 milliards deuros environ fin 2017 selon lOER) et financement du logement social et de la politique de la ville (159 milliards deuros).
Un livret pas vraiment solidaire
Depuis décembre 2016 et la publication de la loi Sapin II, le LDD a gagné un S, somme solidaire. Objectif de cette évolution : permettre aux épargnants daffecter tout au partie des intérêts perçus au financement de léconomie sociale et solidaire. Pourtant, près de deux ans plus tard, cela reste à létat de vu pieux : les décrets dapplication, indispensables à la mise en uvre effective de cette dimension solidaire, nont en effet toujours pas été publiés.
Lire aussi : Le LDDS n'est toujours pas solidaire
(1) 9e enquête Ifop pour Vigeo Eiris et le FIR, conduite en ligne du 24 au 28 août 2018 auprès de 1 002 Français. (2) La méthode retenue consiste, selon lOER, « à utiliser les résultats de recherche par mots clés via Google trends pour étalonner un niveau de flux et dencours consacré à différentes utilisations (économie dénergie, achat de voiture). La pertinence des résultats a été validée en les croisant avec des sources alternatives (données de lAgence de lenvironnement et de la maîtrise de lénergie ADEME et de lObservatoire des crédits aux ménages). » (3) « Environnement : comment choisir mon épargne ? »



















