Zéro pointé ou presque. Les livrets bancaires classiques proposés par les banques offrent pour la plupart des rémunérations ridiculement faibles. Et ce, au moment où le Livret A voit son taux passer à 1%. Pourquoi un tel écart ? Pourquoi tant de particuliers misent encore sur le livret bancaire ?

Rien ou presque. Le rendement moyen d'un livret bancaire est de seulement 0,09% selon le dernier relevé de la Banque de France publié ce jeudi. Comme les intérêts annuels sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30% » (17,2% de cotisations sociales et 12,8% d'impôt sur le revenu), il ne rapporte que 0,063% net d'impôt. C'est 15 fois moins que le Livret A ou son cousin le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), des livrets défiscalisé, dont le taux vient de passer à 1% au 1er février.

1 000 euros placés sur l'un d'eux rapporteront 10 euros d'intérêt sur un an contre 63 centimes d'euro sur un livret bancaire. Avec une inflation à 2,9% en janvier sur un an, dans tous les cas, les épargnants perdent du pouvoir d'achat en y plaçant leurs économies. Mais encore plus dans le cas du livret bancaire. Pourtant, ce dernier placement, appelé aussi compte sur livret, attire. A la fin 2021, il avait concentré en tout 234 milliards d'euros : c'est bien plus que les 126,4 milliards d'euros déposés sur les LDDS, mais moins que les 343,3 milliards d'euros mis sur les Livrets A. Mais pourquoi les livrets bancaires sont-ils aussi mal rémunérés par rapport au Livret A et pourquoi drainent-ils autant d'argent ?

Le Livret A, un produit très politique

Pour répondre, il faut revenir à la spécificité du Livret A, un produit d'épargne réglementée dont le taux est fixé par l'Etat. Sa rémunération qui vient donc de passer à 1% est le fruit d'une décision politique pour soutenir l'épargne des ménages face à la hausse des prix. « Mais cette décision coûte cher. Pour garantir la disponibilité de cet argent pour les épargnants, la Caisse des dépôts (CDC) qui gère 60% des encours du Livret A achète des titres monétaires dont la rémunération est négative, autour de -0,5%. Quand l'écart s'accroît avec la rémunération servie sur le Livret A, soit les taux des crédits au logement social sont plus élevés, soit cela coûte cher à la CDC, bras armé de l'Etat, donc in fine cela coûte aux contribuables, d'autant plus que l'épargne réglementée est défiscalisée », explique Cyril Blesson, économiste, associé au sein du cabinet spécialisé PAIR Conseil.

Hausse du Livret A : combien ça va vous coûter ?

La hausse du taux du Livret A est aussi une mauvaise affaire pour les banques qui assurent la gestion de 40% des encours. Elle devrait entraîner pour celles-ci un surcoût de près d'un milliard d'euros par an selon les calculs d'Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management.

Des livrets au plancher

A l'inverse du Livret A, les livrets bancaires ont un taux fixé librement par chacune des banques qui le commercialisent. Et ils sont, sauf exceptions, au plus bas. Chez BNP Paribas par exemple, le taux du compte épargne vient de passer de 0,02% à 0,01% brut ! Il rejoint le Livret Orange d'ING, jusqu'ici le pire livret bancaire du marché. Et dire que ce dernier rapportait du 5% d'intérêt lors de son lancement en 2000 !

Ce niveau très faible de rémunération ne doit rien au hasard. Il est notamment lié à la faiblesse des taux d'intérêt sur les marchés monétaires. En effet, comme pour le Livret A, quand l'argent est déposé sur un livret bancaire, la banque va le placer en partie sur des produits de court terme pour assurer la disponibilité du produit mais dont la rémunération actuelle est négative : autour de -0,5%. Pour éviter de perdre de l'argent sur les livrets bancaire, les banques utilisent aussi une partie de cette ressource pour faire des crédits à plus long terme aux ménages et aux entreprises, ce qui leur rapporte un peu plus.

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« Autre explication de la faiblesse de rémunération des livrets bancaires : les banques ont suffisamment de ressources disponibles gratuitement sans avoir besoin d'en obtenir beaucoup plus grâce aux livrets bancaires. En effet, à la fin 2021, 588 milliards d'euros étaient placés sur les comptes courants non rémunérés des particuliers », rappelle Cyril Blesson. Autant de liquidités dont les banques peuvent profiter en partie pour faire des prêts et investir.

Quelques offres spéciales

Seuls les établissements spécialisés, filiales bancaires de constructeurs automobiles principalement, sont prêts à payer plus cher les dépôts des clients pour avoir des fonds disponibles. C'est le cas de PSA Banque et RCI Bank, qui appartient à Renault. Elles ont en effet besoin de ressources pour octroyer des crédits aux particuliers achetant une voiture chez eux. Leurs Livrets Distingo et Zesto offrent un taux de 0,5%, soit 0,35% net d'impôt. Le mieux disant aujourd'hui est le compte sur livret Cashbee qui promet un taux brut de 0,6% boosté à 2% les 4 premiers mois. Mais même ces offres bonifiées ne peuvent pas rivaliser avec le taux du Livret A et du LDDS.

Alors pourquoi y placer ses économies ? C'est très simple. Les livrets bancaires sont un produit de niche souscrit par les ménages aisés. Selon une étude de l'Insee publiée en 2018, le taux de détention au sein de la population française des livrets soumis à l'impôt est de 6% contre 80% pour le Livret A ! « Le livret bancaire est généralement ouvert par une personne qui a déjà rempli son Livret A et son LDDS. Alors que le patrimoine financier médian est de 11 000 euros, le Livret A, dont le plafond est de 22 950 euros, est nettement suffisant pour la majorité des particuliers. Aujourd'hui, les banques souhaitent plutôt que leurs clients aisés ayant des livrets bancaires investissent sur des produits à plus long terme et plus rémunérateurs comme l'assurance vie, le plan d'épargne retraite ou encore le PEA. Pour toutes ces raisons le livret bancaire ne devrait pas voir sa rémunération augmenter, sauf si la BCE se décidait à remonter ses taux directeurs », explique Cyril Blesson.

Le comparatif des offres d'assurance vie

La hausse du taux du Livret A, souvent vu comme le taux directeur du marché de l'épargne en France, ne devrait donc rien changer cette fois-ci. De quoi inciter, peut-être, les titulaires d'un livret bancaire à chercher des alternatives pour faire fructifier leurs économies ou à trouver un livret plus rémunérateur. Un conseil qui s'adresse, par exemple, à Emmanuel Macron. Selon la déclaration de situation patrimoniale, publiée début décembre, le chef de l'Etat a mis plus de 108 000 euros sur le livret fidélité du Crédit Mutuel qui affiche une rémunération de seulement 0,1% brut avant impôts ! Idem pour Roselyne Bachelot. Dans sa déclaration diffusée en novembre 2020, la ministre de la Culture déclarait avoir 925 595 euros sur le compte d'épargne BNP Paribas dont le rendement est aujourd'hui de... 0,01%.

Prêt immobilier, assurance vie, Livret A... Pourquoi Macron ne gère pas très bien son argent