Dans son rapport sur l'épargne réglementée, la Cour des comptes relativise les critiques contre le Livret A, ressource parfois jugée trop chère par les banques.

C'est une petite musique qui revient à l'approche de chaque revalorisation du taux du Livret A : le produit d'épargne le plus détenu en France (et de loin) coûterait trop cher aux banques. Une critique fondée sur sa rémunération, jugée déconnectée des taux du marché, qui en ferait une ressource coûteuse pour les établissements financiers, contraints de surrémunérer l'épargne de précaution de leurs clients. Une mauvaise affaire, en somme.

Ce point de vue, la Cour des comptes le relativise dans son rapport sur l'épargne réglementée, dévoilé le lundi 5 septembre 2022. Voici ses arguments.

Le taux du Livret A n'est plus indexé sur l'inflation

Depuis 2018, le taux du Livret A ne s'aligne plus, a minima, sur l'inflation hors tabac. La réforme de sa formule de calcul donne désormais un poids équivalent à l'€ster, un taux de référence utilisé pour les banques pour s'échanger de l'argent à court terme. Résultat : il est aujourd'hui bien inférieur à l'indice des prix à la consommation : 2%, contre 5,8% attendu par l'Insee en août. Les « critiques académiques », qui « considèrent que l'épargne réglementée joue un rôle néfaste en économie ouverte et dans la transmission des signaux de la politique monétaire », doivent donc être relativisées, selon la Cour des Comptes.

Le Livret A rapporte aussi de l'argent aux banques

Le Livret A ne rapporte pas qu'aux épargnants, mais aussi aux banques. 850 millions d'euros, précisément, en 2020. 60% environ de l'argent collecté est, en effet, transféré au fonds d'épargne de la Caisse des dépôts, qui l'utilise notamment pour accorder des prêts aux bailleurs sociaux. En échange de cet effort de centralisation, les banques perçoivent une commission, fixée à 0,30% des sommes transférées. Pour la Cour des comptes, cette rémunération « atténue en bonne partie le coût de la ressource ».

Notre dossier sur la face cachée du Livret A

Le Livret A se « vend » tout seul

Autre source d'économies pour les banques, le Livret A, et plus généralement les produits d'épargne réglementée, se « vendent » tout seul. Ils « sont tellement connus qu'ils nécessitent un faible effort commercial [...] », note la Cour des comptes.

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Le Livret A solidifie la relation avec les clients

Les atouts du Livret A sont également symboliques. Produit incontournable, détenu par plus de 8 Français sur 10, il constitue, rappelle la Cour des comptes, une « première brique », sur laquelle les banques peuvent s'appuyer pour accompagner leurs clients dans leur stratégie d'épargne à plus long terme. Ce qui permet de faciliter « une relation de confiance et de fidélité », conclut la Cour des Comptes

La Cour des comptes pas favorable à une nouvelle réforme du Livret A et du LDDS

Fiscalisation des intérêts, fusion entre le Livret A et le LDDS, baisse des plafonds : voici trois pistes de réforme destinées à limiter l'effet d'aubaine de l'épargne réglementée, qui s'apparente à une niche fiscale ne profitant qu'à une minorité d'épargnants : fin 2020, seuls 7% des détenteurs pouvaient se permettre de mettre leur Livret A au plafond.

Des pistes qui ne convainquent pas la Cour des comptes, qui craint de fragiliser le modèle de l'épargne réglementée. L'institution demande en revanche que soit parachevée « l'action contre la multidétention et les livrets inactifs ». Aujourd'hui, seule l'ouverture d'un Livret A entraine un contrôle systématique de l'absence de doublons.

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