A huit mois de l'élection présidentielle et en pleine primaire de la gauche, l'équation est bien différente de celle de l'an dernier, lorsque les députés socialistes avaient permis l'adoption du budget 2026 en ne votant pas les motions de censure contre le gouvernement en échange notamment de la suspension de la réforme des retraites.
Le premier secrétaire du PS Olivier Faure a récemment laissé entendre qu'il y aurait « censure » du gouvernement sur le projet de budget 2027 et le chef des députés socialistes Boris Vallaud a affirmé dimanche à la fête de l'Humanité qu'il était « vraisemblable » que son groupe la vote.
Mercredi, toutefois, les députés socialistes se sont montrés moins catégoriques, lors d'une conférence de presse.
« On reste ouverts à la discussion », a tempéré la députée Estelle Mercier, cheffe de file sur le budget de l'Etat.
« Tout est possible, rien n'est interdit », a abondé sa camarade Sandrine Runel sur le budget de la Sécurité sociale. Avant d'ajouter : « on verra comment le gouvernement se saisit de nos mesures ».
Les socialistes mettent en avant une proposition forte : une hausse du pouvoir d'achat financée par une taxation sur les gros héritages.
« Aujourd'hui, en France, on gagne moins par son travail que par son patrimoine. Il nous semble donc légitime de revoir totalement la question de l'héritage », estime Mme Mercier.
Le groupe propose d'alléger la Contribution sociale généralisée (CSG) de 21 millions de travailleurs gagnant jusqu'à 2.700 euros net par mois grâce à la mise en place d'un barème progressif.
Pour une personne au Smic, le taux passerait ainsi de 9,2 % à 0,55 %, soit un gain de 130 euros net par mois pour un célibataire sans enfant. Pour un couple avec un enfant gagnant chacun 2.000 EUR net par mois, le taux passerait à 1%, soit 235 euros net supplémentaires par mois.
Les baisses d'impôts pour les classes moyennes seraient surtout financées par une refonte du système des droits de succession, les socialistes proposant de taxer les héritages en fonction du total reçu par chaque héritier au cours de sa vie, et non plus transmission par transmission.
Seraient concernées, selon Mme Mercier, les 10% de personnes recevant le plus d'héritage en France, soit plus de 500.000 euros.
- Nouvelle taxe Gafam-
En tout, les députés socialistes proposent 39,5 milliards d'euros de recettes fiscales nouvelles, et notamment 15 mds via la taxe Zucman, l'imposition sur les très hauts patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros qui devrait faire son grand retour dans le débat budgétaire.
En outre, les socialistes proposent une taxe sur les géants du numérique, censée rapporter 10 mds d'euros.
Côté dépenses, ils proposent 22 mds d'euros supplémentaires, notamment 10 mds d'euros pour lutter contre le réchauffement climatique et l'adaptation à ses conséquences ou encore 3 milliards d'euros pour financer la loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, examinée en cette rentrée à l'Assemblée.
Ils estiment avec ces propositions la réduction du déficit de 24 mds d'euros, avec une cible à 4,9% du PIB pour 2027, et prévoient de dégager 17,5 mds d'euros grâce à des mesures d'économies et de lutte contre la fraude.
Mais ils préviennent que seule l'augmentation des recettes fiscales pourra rétablir les comptes, dénonçant les « cadeaux fiscaux aux plus riches » de ces dernières années.
Réduire le déficit par de seules économies serait une « hérésie », selon Mme Mercier, tout comme une mise à contribution des retraités, même les plus aisés, réagissant aux premières annonces du gouvernement, qui cherche au moins 30 mds d'économies.
« On pense que l'argent est ailleurs », a lancé Mme Runel. « Il faut aller le chercher et arrêter de stigmatiser les personnes qui ont des retraites les plus élevées ».



















