Dans un entretien à La Tribune Dimanche, le prix Nobel d'économie décrit une économie française « morose », marquée par une « croissance atone », un chômage en hausse, une dette plus coûteuse à financer et des investissements « freinés par l'incertitude géopolitique et domestique ».

Il considère comme une priorité l'adoption « d'un budget crédible » pour 2027, estimant que les personnalités politiques qui feraient échouer les discussions budgétaires « seraient (perçues) à juste titre comme les auteurs d'une catastrophe ».

Pour lui, la majorité des candidats « semblent opter pour une attitude raisonnable ».

Mais Marine Le Pen « fait semblant d'être raisonnable », car il est « contradictoire » d'annoncer à la fois vouloir inscrire la règle d'or budgétaire dans la Constitution et de maintenir l'âge de départ à la retraite à 62 ans, « voire le baisser à 60 ».

Sur la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'effacer 20% de la dette française détenue par la Banque centrale européenne, Philippe Aghion remarque que « c'est techniquement possible », mais qu'une telle annulation ferait fuir les acheteurs de dette française, « ce qui nous conduirait tout droit à la banqueroute et à l'éclatement de la zone euro ».

« La multiplication des fake news sur ce sujet fondamental s'apparente au foisonnement de mensonges propagés pendant la pandémie. L'annulation de la dette, c'est l'équivalent de l'hydroxychloroquine vantée par le Pr Raoult comme traitement miracle du Covid ! », ironise l'économiste.

Il estime qu'on ne peut pas parler « de crise de la dette » en France, mais il note un possible « effet boule de neige » si la dette augmente plus vite que la richesse nationale créée, entraînant le départ des investisseurs institutionnels. « Notre économie serait paralysée », prévient-il.

Philippe Aghion estime qu'une désindexation des pensions de retraite les plus élevées « est un moyen très rapide et puissant pour freiner la dépense », mais « qu'à terme nous n'échapperons pas à un décalage de l'âge de départ effectif à la retraite », à condition selon lui « de respecter une certaine flexibilité plutôt que de fixer un âge obligatoire ».