« Nous souhaitons déposer un budget dans lequel il n'y aura pas de hausse d'impôts », avait souligné mercredi le ministre de l'Economie Roland Lescure sur BFMTV. Mais « pour l'éviter, il faut que tout le monde fasse des efforts ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu l'avait déjà dit la semaine dernière, puis à nouveau mardi à l'Assemblée nationale : « refuser toute forme d'augmentation d'impôts sera, à mon avis, la seule boussole ». Le dernier budget du quinquennat d'Emmanuel Macron s'annonce à nouveau épineux, avec la guerre au Moyen-Orient qui pèse sur l'économie et en l'absence de majorité à l'Assemblée.
Pour nourrir le débat, le ministre des Comptes publics David Amiel a annoncé en début de semaine le lancement d'une mission sur les finances publiques confiée à quatre économistes. Ils devront notamment plancher sur des scénarios de redressement dès 2027, pour ne pas « aller en somnambules vers le débat budgétaire pour 2027 ».
Outre « des cibles souhaitables de déficit public », ils devront préciser « les efforts nécessaires correspondants » et « fournir le détail d'une répartition de ces efforts », a détaillé le cabinet du ministre. Pour le gouvernement, il s'agit d'essayer de déminer le terrain, pour éviter les difficiles négociations de l'an dernier.
David Amiel avait déjà annoncé début mai le lancement d'une mission de l'Inspection générale des finances (IGF) sur les conséquences économiques d'une loi spéciale prolongée, qui reconduirait les recettes de l'année précédente jusqu'à la présidentielle en l'absence d'accord sur le budget. Il souhaite ainsi dissuader les parlementaires d'opter pour une loi spéciale, car cela « serait une grave mise en danger du pays » selon lui.
Des baisses attendues dans tous les ministères, sauf celui de la Défense
Favorable à un compromis politique, le ministre doit présenter en juillet les arbitrages du gouvernement sur les dépenses globales de chaque ministère. D'ici là, il commencera la semaine du 8 juin des négociations de trois semaines avec les différents ministres, selon son cabinet.
Les ministères ont d'ores et déjà été appelés à « diminuer » leurs dépenses pour le budget 2027, sauf celui de la Défense, et à « maîtriser leurs effectifs ».
Point d'étape important : un « comité d'alerte des finances publiques » aura lieu ensuite courant juin, après celui d'avril où le gouvernement avait annoncé 6 milliards d'euros d'économies pour compenser la guerre, sous forme de gels ou d'annulations de crédits.
Depuis, le gouvernement a revu ce coût à la hausse, « sans aucun doute au-delà des 6 milliards », selon David Amiel.
Possible « baisse de la fiscalité sur l'électricité »
Parmi les pistes lancées pour les débats de la nouvelle loi de finances, Sébastien Lecornu a évoqué ces derniers jours une possible « baisse de la fiscalité sur l'électricité ». « Commencer à distinguer (...) une fiscalité sur l'énergie produite sur le sol français, d'une fiscalité sur une énergie produite en dehors du territoire national me semble être un début de débat, y compris pour les réflexions pour le PLF », a-t-il dit.
Roland Lescure, lui, n'a pas écarté l'idée d'une contribution exceptionnelle du géant de pétrolier TotalEnergies. Mais ce « n'est pas ça qui va remplir les caisses », a-t-il prévenu.
Car pour le gouvernement, un principe doit avant tout guider ce budget : la réduction du déficit public, qu'il veut ramener à 5% du PIB en 2026, puis sous les 3% en 2029. « On entre en mêlée, si je puis dire, avec une mise de jeu à laquelle on croit : un déficit qui sera en réduction, je l'espère », a affirmé Roland Lescure. Mais « le diable se loge au Parlement », a-t-il dit, prévoyant de nouvelles batailles en son sein.
Avant les élections sénatoriales en septembre, « je vois bien » les sénateurs « qui me disent “ah, on ne touche pas aux collectivités locales“ » tandis qu'« un certain nombre de défenseurs du modèle social (...) disent “il ne faut pas toucher aux dépenses de santé“ », a-t-il explicité.















