À quelques jours de l'ouverture de la déclaration de revenus, prévue le 9 avril, les détenteurs de cryptomonnaies devraient avoir une mauvaise surprise en remplissant leur déclaration. Et pour cause : dans le budget de la Sécurité Sociale pour 2026, un amendement validait une hausse de la CSG de 9,2% à 10,6%. Cette dernière a mécaniquement pour effet d'augmenter la flat tax à 31,4%... et surtout d'augmenter les cotisations sociales de 17,2% à 18,6%.
Une hausse rétroactive sur les gains de 2025
Et cette hausse devrait, pour certains revenus du patrimoine, dont les actifs numériques, s'appliquer rétroactivement aux plus-values réalisées en 2025. Une évolution qui devrait se matérialiser dans la brochure officielle, dont la publication est attendue dans les prochains jours.
Aujourd'hui, les gains issus des cryptomonnaies sont soumis, au-delà de 305 euros de cessions annuelles, soit au prélèvement forfaitaire unique (PFU), soit au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Dans le cas du PFU, la taxation repose sur un taux global de 30%, comprenant 12,8% d'impôt et 17,2% de prélèvements sociaux. Et pour ceux qui optent pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu, une option parfois avantageuse pour les ménages peu imposés, les prélèvements sociaux restent dus à 17,2%.
« La CSG augmente de 1,4 point. Pour les contribuables au PFU, cela fait passer la taxation globale à 31,4% et même au barème, les contribuables devront payer des prélèvements sociaux plus élevés »
Mais avec la hausse attendue de la CSG, le montant de l'impôt va donc évoluer. « La CSG augmente de 1,4 point. Pour les contribuables au PFU, cela fait passer la taxation globale à 31,4%, explique Sébastien Defrance, CEO de DéclarAid, une plateforme visant à simplifier la déclaration d'impôts des investisseurs. Et même au barème, les contribuables devront payer des prélèvements sociaux plus élevés. »
Concrètement, un investisseur ayant vendu ses cryptos en 2025 pourrait donc voir sa facture fiscale alourdie, sans avoir pu anticiper ce changement au moment de ses arbitrages. « Comme on déclare en 2026 les revenus de 2025, toutes les plus-values réalisées l'an dernier seraient concernées », précise Sébastien Defrance. Une situation d'autant plus sensible que les cryptomonnaies restent des actifs volatils, parfois gérés avec une logique d'opportunité à court terme.
Une déclaration toujours aussi complexe
Si la fiscalité évolue, les règles déclaratives, elles, ne changent pas fondamentalement cette année. Les contribuables doivent toujours :
- déclarer leurs comptes ouverts à l'étranger via le formulaire 3916-3916 bis,
- calculer leurs plus-values avec le formulaire 2086,
- reporter le résultat sur la déclaration principale.
Mais derrière cette apparente stabilité se cache une réalité plus technique. « Le calcul est très complexe, car il faut reconstituer la valeur globale du portefeuille à chaque cession. Sans outil automatisé, c'est quasiment impossible à faire correctement », souligne Sébastien Defrance.
Impôt 2026 : pour bien déclarer ses cryptos, attention à ces pièges
Un point loin d'être anodin, alors que l'administration fiscale dispose de plus en plus d'informations sur les comptes détenus à l'étranger. En effet, avec l'entrée en vigueur progressive de la directive européenne DAC8 depuis 1er janvier 2026, les plateformes d'échange de cryptomonnaies ont de nouvelles obligations.
Concrètement, cette réglementation prévoit que les plateformes devront transmettre automatiquement aux administrations fiscales des États membres les informations relatives aux comptes détenus par leurs utilisateurs, ainsi que leurs transactions. « À partir de 2027, chaque plateforme devra télétransmettre aux États européens les données concernant leurs ressortissants. Par exemple, une plateforme comme Coinbase devra envoyer au fisc français les informations sur les comptes et les opérations réalisées par les utilisateurs français », explique Sébastien Defrance.
De nouvelles informations pour le fisc
Un tournant majeur, qui permettra à l'administration fiscale de disposer d'une vision beaucoup plus complète des avoirs et des mouvements des contribuables.
Pour autant, cette transparence accrue ne signifie pas que la déclaration sera préremplie ou simplifiée. « Ces informations ne seront pas exploitées à court terme pour remplir automatiquement la déclaration. Elles serviront surtout en cas de contrôle, pour vérifier la cohérence entre ce que déclare le contribuable et les données transmises par les plateformes », précise le CEO de DéclarAID.
Autrement dit, la responsabilité déclarative reste entièrement entre les mains des particuliers, mais avec un risque de contrôle nettement renforcé. Dès aujourd'hui, cette logique est déjà à l'uvre pour les plateformes disposant d'une présence en France, qui transmettent certaines informations à l'administration.
Et les conséquences peuvent être lourdes en cas d'oubli : « Le fisc pourra facilement vérifier si les comptes ont été déclarés. Pour un compte non déclaré, l'amende peut atteindre 750 euros par an », rappelle Sébastien Defrance. Un montant qui peut rapidement grimper en cas d'omissions sur plusieurs années, alors même que de nombreux investisseurs ont multiplié les plateformes ces dernières années.

















