Le 6 novembre 2019, la privatisation de la FDJ faisait l’ouverture des journaux télévisés. L’État et la FDJ venaient de lancer cette vente d’actions en masse. Vous faites partie du demi-million de Français ayant sauté sur l’occasion ? Un an après le bilan est flatteur, mais restez vigilants…

« J’ai souscrit lors de l’introduction pour 50 titres [soit 975 euros, NDLR] juste pour ‘‘le fun’’ et voilà un bel investissement que je vais garder. » Cet investisseur membre du forum de MoneyVox illustre bien le sentiment général des néo-actionnaires FDJ : une grande satisfaction. « Je regrette de ne pas en avoir acheté », répond un autre forumeur. Et pour cause : ceux qui ont misé sur l'action FDJ à 19,50 euros, le prix « investisseur particulier », ont à ce jour réalisé une plus-value tutoyant les 80% ! La valeur de l’action navigue en effet à près de 35 euros en ce début novembre. Mais le constat se limite-t-il à cette photographie flatteuse ?

Cours en bourse : une envolée au-delà des espérances

« En un an, le titre FDJ a largement surperformé le CAC 40 (+80% contre -16%) », observe Fréderic Garcia, responsable de la salle des marchés de Bourse Direct. Sur ce point, l’action FDJ a donc largement dépassé les espérances, puisque l’action était jugée chère quand le prix a été fixé.

12 premiers mois animés

  • 6 novembre 2019 – La fourchette est annoncée : l’action FDJ se vendra « entre 16,50 et 19,90 € ».
  • 20 novembre 2019 – Le prix est fixé au plus haut, à 19,90 € (19,50 € pour les particuliers), à la veille de la première cotation.
  • 21 novembre 2019 – Le titre bondit à 23,95 € dès l’ouverture, et termine la journée à 22,70 €.
  • 31 décembre 2019 – L’action FDJ clôt l’année à 23,83 €.
  • 21 février 2020 – L’action grimpe en flèche en l’espace de 10 jours, jusqu’à 30,35 €.
  • 19 mars 2020 – La crise économique accompagnant le premier confinement fait plonger l’action à 18,50 €.
  • 30 juin 2020 – Le rebond n’a pas tardé : 27,46 € à la fin du 1er semestre 2020.
  • 30 juillet 2020 – Au lendemain de la publication des résultats financiers du 1er semestre, l’action monte à 31,92 €.
  • 5 novembre 2020 – A l’approche de son 1er anniversaire, le titre FDJ a bouclé la séance à 34,71 €.
Cours FDJ
Cours FDJ - Française des jeux, sur 12 mois. Source Euronext

« En 2020, la performance de la FDJ a finalement été volatile, observe Jocelyn Jovène, rédacteur en chef de Morningstar France, société de recherche financière indépendante. La FDJ a su rassurer rapidement les marchés. Comme d’autres valeurs, elle a été victime d’un mouvement de panique générale. » Le 20 mars, quelques jours après l’annonce d’un confinement qui restreint fortement l’accès aux points de vente FDJ et suspend les compétitions sportives (matière première du site Parions Sport du groupe), la FDJ publie un communiqué insistant sur sa situation financière « extrêmement solide », même si la PDG Stéphane Pallez reconnaît que la crise « va peser » sur l’activité.

Finalement, dans ses résultats trimestriels publiés mi-octobre, la FDJ affiche des chiffres en baisse par rapport à 2019 mais avec une nette hausse suite au déconfinement de mai-juin : « Le rebond de l’action FDJ s’explique par de bons résultats, malgré la crise sanitaire, sur les paris ces derniers mois, en particulier les paris sportifs en croissance dès la reprise des compétitions », poursuit Jocelyn Jovène, de Morningstar.

L’action FDJ serait-elle désormais trop chère ? « Il faut raisonner à long terme, coupe Jocelyn Jovène. Oui le titre FDJ est désormais un peu cher mais sans être excessif : sa valorisation est raisonnable à la vue des résultats de l’entreprise attendus dans les prochaines années. » Même son de cloche du côté de Fréderic Garcia, de Bourse Direct : « A 35 ou 36 euros l’action désormais, on peut considérer que le titre est à son prix… Les différents ratios d'évaluation, dont le PER [price earning ratio (1), NDLR] notamment, ont atteint des niveaux corrects mais il demeure une marge d’appréciation au regard des concurrents étrangers. »

A la vue de son niveau actuel, Charles-Henri d’Auvigny, président de la Fédération des investisseurs individuels et des clubs d’investissement (F2iC), considère surtout que l’action FDJ est devenue une « valeur refuge », car « l’entreprise est profitable, elle continue de verser des dividendes… »

Dividendes : plus faibles que prévu, mais…

La rentabilité d’un investissement en bourse ne se limite pas à l’évolution de son cours. Le versement – ou non – de dividendes constitue l’autre pan de la rémunération boursière. Lors de la première assemblée générale des actionnaires de la FDJ, en juin dernier, le montant du dividende par titre a finalement été fixé à 0,45 euro par action, contre 0,64 euro initialement prévu. « Le dividende a été revu à la baisse, certes, mais il est maintenu !, réagit Charles-Henri d’Auvigny, de la F2iC. D’autant que cette baisse a plus été décidée pour des raisons politiques qu’économiques : à la fin du printemps, l’Etat – toujours au capital de la FDJ - venait de demander aux entreprises de ne pas verser de dividendes face à la crise sanitaire. »

Frédéric Garcia, du courtier en ligne Bourse Direct, écarte lui aussi l’idée de coup dur pour les « petits » actionnaires : « La plupart des entreprises du CAC 40 ont annulé leur dividende, ou l’ont fortement réduit. Pour FDJ, la baisse n’est que d’un tiers et [le rendement par action au cours actuel] s’établit à 1,20%. » Le rendement brut par rapport à la mise de départ de 19,50 euros par action grimpe même à 2,30%.

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Ce qui vous attend en 2021, et ensuite...

La prochaine échéance majeure pour le demi-million de Français actionnaires de FDJ se situe en mai 2021. La FDJ et Bercy avaient promis 1 action gratuite pour 10 achetées à condition de maintenir cet investissement pendant une durée minimale de 18 mois.

« Les deux tiers des clients [du courtier en ligne Bourse Direct] ayant investi ont conservé leurs titres », constate Frédéric Garcia. Dans le groupe bancaire BNP Paribas, qui revendique 30 000 actionnaires particuliers et professionnels, « 80% des titres souscrits sont encore détenus dans les portefeuilles des clients BNP Paribas et Hello bank ». Étant donné la bonne tenue de l’action, la plupart des investisseurs FDJ de la première heure risquent a minima de maintenir leur investissement pendant encore 6 mois, afin d’encaisser ces actions gratuites. Passé le printemps 2021, « on peut anticiper des ventes d’actions, analyse Frédéric Garcia, et éventuellement une baisse ponctuelle du cours si l'État français se désengageait et réduisait sa participation, aujourd’hui de 22%, au moment de la distribution des actions gratuites. »

La commercialisation ayant visé le grand public, les 500 000 actionnaires individuels FDJ n’ont pas tous un profil de boursicoteur. Est-ce pertinent de conserver une action FDJ pendant 5 ans, par exemple, si vous avez ouvert un plan d’épargne en actions (PEA) à cette occasion ? « C’est cohérent, répond Frédéric Garcia. C’est une valeur défensive, à l’image de Sanofi et du secteur de la distribution (Carrefour et Casino) par exemple. Ce sont des valeurs qui résistent même en temps de crise, à la différence de sociétés de l’énergie, de l’industrie ou des banques, plus cycliques. La volatilité du titre est certes moins élevée mais sa progression est régulière. »

Impossible de prévoir l’avenir de cette action, surtout face à la crise sanitaire mondiale. Mais avoir de la FDJ en portefeuille semble loin d’être la stratégie la plus risquée. A condition de diversifier vos avoirs : « Il ne faut pas investir sur une seule valeur ! », rappelle Charles-Henri d’Auvigny, président de la F2iC, à ceux qui ont découvert la bourse en 2019 avec cette privatisation. « Il faut au minimum investir dans 4 ou 5 entreprises qui vous correspondent, et ce dans 4 ou 5 secteurs différents. » Sans oublier de garder un œil attentif sur l’évolution du cours FDJ. En 2005, les 5 millions d’actionnaires d’EDF se sont d’abord frotté les mains, jusqu’en 2008, avant de déchanter par la suite…

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Relancer « l’actionnariat populaire » : mission accomplie ?

C’était l’un des objectifs affichés par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire avec cette privatisation : relancer l’actionnariat populaire ! Fréderic Garcia, responsable de la salle des marchés de Bourse Direct, se remémore « une énorme période d’activité » : « Pendant 2 semaines, nous avons eu un flux de souscriptions phénoménal, aussi bien de la part de clients que de nouveaux inscrits. » Au Crédit Agricole, une large majorité d'investisseurs FDJ avaient déjà un pied en bourse : seuls 20% des clients ayant acheté des actions FDJ ont ouvert un PEA ou un compte-titres pour l'occasion.

« Bruno Le Maire considère que 500 000 investisseurs particuliers, c’est un succès. Mais EDF c’était 5 millions, France Télécom 2 millions… », tempère Charles-Henri d’Auvigny, dont l’association F2iC promeut justement l’actionnariat populaire. « Je considère surtout que c’est une occasion manquée au niveau de la pédagogie financière. Et parce que cela aurait dû s’accompagner d’une augmentation de capital de la FDJ pour montrer aux Français le rôle de la bourse qui est d’apporter des capitaux aux entreprises. » Charles-Henri d’Auvigny concède tout de même que « la progression du cours » constitue « une excellente publicité pour la bourse ». Une illustration parmi d’autres du manque de pédagogie : une large part (impossible à quantifier) d’actionnaires FDJ sont passés par les grandes banques. Lesquelles pratiquent des frais bien supérieurs aux courtiers en ligne.

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(1) Le PER représente la valeur du cours de l’action en bourse par rapport au bénéfice net par action. Il permet donc d’analyser le coût d’un titre par rapport aux résultats financiers d’une entreprise.